La Course

LA COURSE

En coup de vent et sans l'ombre d'un doute...

lundi 14.04.2008, 10:39
En coup de vent et sans l'ombre d'un doute... Frédéric Guesdon n'a rien pu faire face à la démonstration de puissance du trio : frustrant ! - Photo Patrick DELECROIX

On aurait pu prendre ça pour de la suffisance, voire de l'arrogance. Depuis quinze jours, Tom Boonen n'a pas manqué de rappeler qu'il se préparait spécialement pour le double rendez-vous du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix. Quitte à ne pas s'attendrir sur le menu fretin… Son équipier Stijn Devolder ayant finalement accompli le boulot par anticipation une semaine plus tôt, à Meerbeke, l'Anversois avait alors reporté sa motivation sur l'Enfer du Nord. Le couteau entre les dents. Dès le lendemain, il avait annoncé « un grand numéro » sur les pavés.

Comme quoi, les prévisions d'un champion sont plus fiables que celles des services de Météo France.
«  Et pourtant, j'ai bien vu dans les regards que personne ne le croyait, ruminait encore Patrick Lefevere qui coche une neuvième victoire par coureur interposé à Roubaix. Je sentais bien qu'on préparait les phrases assassines, qu'on s'interrogeait sur ses capacités à encore gagner une grande classique. Mais voilà, Tom Boonen a gagné et les autres doivent se taire » Mieux que ça, le Belge a tenu Paris-Roubaix à sa main, dans une irrésistible remontée en coup de vent vers le vélodrome, à une allure infernale, sur des pavés parfaitement secs, au point de signer hier après-midi la meilleure moyenne de l'histoire moderne de la course (en gros celle qui passe désormais par le Valenciennois et la Trouée de Wallers-Arenberg : 43,406 km/h !
Celle-ci joua parfaitement son rôle en dégageant un groupe de trente-deux unités (dont Boonen, Cancellara, O'Grady, Eisel, Hincapie, Devolder, Ballan, Hoste, Guesdon et Mengin) après deux premières heures avalées à près de 50 km/h. Nuyens, gêné, était sorti quelques secondes plus tard. Flecha et Pozzato, pris dans une chute à la sortie de Haveluy, avaient déjà hypothéqués une bonne partie de leurs forces.
Le deuxième grand tournant de la course se situe entre Bersée et Templeuve sur une nouvelle accélération brutale pour emmener définitivement l'élite (Boonen, Hoste, Devolder, Cancellara, O'Grady, Ballan, Maaskant, Van Summeren) vers la tête de la course à l'entrée de Mons-en-Pévèle.

«  Là, on savait que les costauds étaient devant, souffle Christophe Mengin. On était un peu en retrait, on n'avait pas l'impression que ça roulait vite, mais cette accélération nous a surpris si loin de l'arrivée. Il n'en manquait pas un leader qui avait traversé Arenberg sans encombre. Notre seule chance, c'était qu'ils se regardent. Ça n'a pas été le cas. » Boonen était trop pressé de filer prendre son deuxième pavé : le premier a longtemps traîné dans ses cartons après son déménagement à Monaco. Malgré les coups tactiques de Devolder et O'Grady, le Belge a maîtrisé parfaitement sa fin de course pour la conduire à sa guise, réduisant ses deux derniers compagnons à une inéluctable soumission après Templeuve. Handicapé par des douleurs au bras, Ballan pouvait s'estimer heureux d'être encore là. Cancellara tenta un coup pour la forme sur le secteur de l'Arbre (il sortit symboliquement en tête mais ça n'a pas suffit) avant de se résigner au sprint, victime de crampes. Dans ces conditions, l'arrivée sur le vélodrome n'a même pas offert une once de suspense. Bonnen s'est facilement dégagé au sprint à 200 mètres du but. Le Belge était tout simplement trop fort.

Frédéric RETSIN

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