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ANALYSE DE MARC MADIOT ET WALTER GODEFROOT

Bulldozers, mode d'emploi

samedi 12.04.2008, 05:37
Bulldozers, mode d'emploi En 2006, Cancellara, finalement vainqueur, ne quitte pas la roue de Boonen, lauréat en 2005. Depuis, les deux hommes font figure defavoris chaque année. PHOTO PATRICK DELECROIX.

Tom Boonen et Fabian Cancellara sont actuellement les meilleurs passeurs de pavés. Leur rivalité peut écraser la course ou profiter à la dizaine de prétendants qui pointent en deuxième ligne. Mais sur la force pure, le Belge et le Suisse sont largement au-dessus du lot.

Des costauds durs au mal et bâtis pour broyer le grès ou le granit... Deux années ont suffi pour les installer au sommet de Paris-Roubaix. L'Anversois s'est imposé sur le vélodrome en 2005, le Bernois l'a imité un an plus tard. L'an passé, les deux hommes avaient préféré s'enterrer dans un étroit marquage profitable à Stuart O'Grady.

Depuis un bon moment, on n'avait pas trouvé deux favoris aussi proches dans leur maîtrise de la course. Aujourd'hui, ils se jaugent, ils se valent et ils le savent. Et voilà qu'on se prend à rêver d'un retour aux belles années des confrontations entre Merckx et De Vlaeminck, entre Van Looy et Van Steenbergen.

Entre les deux, la bataille psychologique s'est installée dès Milan-San Remo (succès du Suisse) pour s'intensifier une semaine avant le Tour des Flandres.
Au Grand Prix de l'E3, leur sortie sur le Taaienberg fut de ces moments magiques et privilégiés qui nous rappellent les coups d'éclat plus que les grandes manoeuvres : accélération de Boonen, réaction de Cancellara, fin d'ascension au coude à coude.

« Ils en avaient fait une question de prestige, décryptait Walter Godefroot au matin du dernier Tour des Flandres. Ils n'étaient pas partis pour chercher la victoire mais seulement avec le but de tester l'autre. » Dans la même course, Cancellara en avait remis une couche sur le Tiegemberg après avoir refusé de rouler sur son équipier Arvesen. « Il était parti dans mon dos et ça ne m'avait pas plu, avait alors répliqué Boonen. Il fallait donc que j'aille le chercher. Dans la poursuite, je m'étais livré à fond. Lui, il n'était qu'à cinquante ou soixante pour cent. »

Pour d'anciens spécialistes comme Godefroot ou Marc Madiot, la différence entre les deux hommes est vraiment minime sur ce type d'épreuve. « Ce sont deux prototypes qui savent appuyer très fort pour avancer », note le Belge. Pour celui qui a débuté sa carrière professionnelle sur Cassel-Roubaix-Cassel, l'Anversois « a plus tendance à écraser son coup de pédale en tombant la jambe avec une force peu comparable. En ce sens, il me rappelle Marc Demeyer. »

« Cancellara a déjà beaucoup gagné »
De son côté, le Mayennais évoque plutôt « un compromis entre la force et la souplesse indispensable dans une course d'économie comme Paris-Roubaix. Boonen possède un mouvement plus naturel sur le pavé car c'est dans sa culture, poursuit-il. Mais Cancellara, qui est aussi très puissant, compense par une mobilité d'épaules lui permettant d'encaisser le choc des pavés sur le reste du corps. Et il est plus habitué à l'effort solitaire. Ce qui n'est pas négligeable au moment de se dégager sur le pavé de l'Arbre. »

Godefroot relève que « Quick Step n'a plus la même autorité », mais il ne doute pas des qualités morales de son compatriote. Comme Madiot, le lauréat de Paris-Roubaix 1969 note « la très forte personnalité » des deux candidats. « Mais attention, Cancellara a déjà remporté beaucoup de belles courses cette année, prévient Madiot. Le Suisse est en forme depuis un moment. Il peut avoir un coup de moins bien. Son état d'esprit risque d'être différent de celui de Boonen qui est un peu acculé, dos au mur. Au Tour des Flandres, on a bien vu que le Belge n'accusait pas le coup. Il est dedans. Et il a besoin d'aller chercher un résultat sous peine de voir rejaillir les critiques dès lundi matin. »

Une hypothèse que ce dernier n'envisage même pas : « Je suis prêt pour faire un numéro sur l'Enfer », rapporte-t-il. Hier, il a reconnu le parcours sur une zone entre la trouée de Wallers-Arenberg et le carrefour de l'Arbre. Cancellara avait préféré s'imprégner des pavés vingt-quatre heures plus tôt. Une bonne manière de s'éviter, de faire la course avant l'heure... •

PAR FRÉDÉRIC RETSIN

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