[VIDEO] Paris-Roubaix : quand Knaven sortit de l'Enfer
vendredi 09.04.2010, 14:30 - La Voix des Sports
Oui, c'est bien Servais Knaven derrière ce masque de boue. - PHOTO PATRICK DELECROIX
| RETRO |
En 2001, le Néerlandais Servais Knaven, lieutenant de Johan Museeuw chez Domo, sort vainqueur d'un Paris-Roubaix aux conditions dantesques.
Cliquez ici pour accéder au contenu
Wilfried Peeters et Ludo Dierckxsens se sont arrêtés devant la porte des douches, crottés de cette boue qui a déposé sur les coureurs une épaisse couche vert-de-gris.
Entre deux interviews, ils parlent de la journée qu'ils viennent de vivre, profondément humains sous ce masque grotesque, qui craquelle en séchant, accentuant les contours de la bouche et les yeux rougis. Les deux copains se consolent. Au bord des larmes. Ils ont le sentiment d'avoir laissé passer une chance unique de gagner Paris-Roubaix.
Dierckxsens aurait pu réussir cet exploit, s'il ne s'était retrouvé face à quatre « Domo ». Peeters, le fidèle équipier de Museeuw, a cru que son jour de gloire était arrivé. Envoyé en première ligne, dans la tranchée de Wallers-Arenberg, il a rendu les armes au carrefour de l'Arbre.
Dans la radio HF, Marc Sergeant, le général de la Domo, a dit à Museeuw : « Tu dois attaquer, il ne faut pas regarder à ton amitié pour Wilfried, il va être repris de toute façon. »
Tchmil n'a pas trahi
C'est de la même façon qu'à Chéreng, le directeur sportif belge enverra Servais Knaven au feu, achevant Hincapie et Dierckxsens, qui ne pourront répondre aux attaques successives. La clameur du vélodrome de Roubaix sera pour l'obscur Knaven. Peeters aurait pu être cet homme-là. Museeuw aussi, sans ses cinq crevaisons, qui lui ont valu d'être sacrifié à la course d'équipe.
Dimanche, chacun avait sa façon de raconter comment il était sorti de l'enfer.
Tandis que son soigneur, à l'aide d'un gant de toilette, enlevait de son visage la croûte de terre séchée, soulevant un petit nuage de poussière brune, George Hincapie avouait son impuissance. « Face à quatre "Domo", c'était impossible . » Quatrième, le New-Yorkais venait de battre d'une place le record d'un Américain à Paris - Roubaix, mais cela lui faisait une belle jambe.
Lavé, purifié par la douche réparatrice, Andrei Tchmil, l'un des grands battus, frappé deux jours plus tôt par le décès de sa belle-mère, disait comment, en ancien lauréat (1994), il avait juré fidélité à Paris - Roubaix.
« Si l'on prend le départ d'une course pareille, on ne peut pas l'abandonner. Ce serait comme trahir quelque chose. Et même si je suis tombé, je ne voulais pas trahir la course, ni les gens, ni moi-même. »
Pendant ce temps, dans un lit d'hôpital de Valenciennes, Philippe Gaumont, le fémur droit brisé, devait maudire le sort, cette chute qui a fracassé ses rêves sur les pavés de Wallers-Arenberg, comme Johan Museeuw trois ans plus tôt, alors qu'il avait les jambes pour gagner. A pleurer de rage.
Si éprouvant...
Apprenant à l'arrivée que l'épouse de Gaumont lui avait reproché, à la télévision, de ne pas s'être arrêté, Alain Deloeuil sortit de ses gonds. La course continuait, il avait encore deux hommes devant (Peers et Mattan), et puis on ne s'arrête pas comme ça dans le boyau étroit du bois d'Arenberg. « J'avais la meute derrière moi. Elle ne sait pas ce que c'est que Paris - Roubaix. C'était l'enfer. »
Une tension à la limite du supportable pour les directeurs sportifs. Paris - Roubaix, c'est dur pour tout le monde. Même pour ceux qui, dimanche, ont eu la chance d'en sortir sans une chute ni la moindre crevaison, comme Cédric Vasseur. « C'est une course exceptionnelle, mais c'était presque impraticable. Je n'avais jamais vu ça ! Ceux qui finissent sont des acrobates. »
Lui a abandonné, se disant définitivement qu'il n'est pas fait pour cette course. « On est un coureur de Paris - Roubaix ou on ne l'est pas. C'est une affaire de spécialistes. » Les « Domo » en sont presque tous.
Un spectacle unique
Comme tout le monde, Cédric Vasseur n'a pas été surpris : « L'équipe qui maîtrise la course a juste changé de nom (Patrick Lefevere a monté la Domo avec le meilleur de la Mapei en termes de classiques, dont Museeuw, Peeters et Sergeant). Quand on a quatre coureurs devant sur huit échappés, c'est royal. On n'a plus qu'à distribuer les cartes. »
La reine des classiques ne manque pas de prétendants. Mais elle broie autant ceux qui l'aiment que ceux qui la détestent. Dimanche, elle a encore réclamé son dû, et relancé le cliché de « l'Enfer du Nord ».
On a beau douter des performances en cette ère chimique, le cyclisme garde sa grandeur en quelques occasions.
Par sa démesure, le Paris - Roubaix en est une. Il fascine toujours autant les habitants de notre région, y compris ceux qui ne s'intéressent qu'à cette seule course dans l'année, pour ses pavés, son ambiance et son spectacle unique.
JEAN-PHILIPPE MAILLIEZ
























