Il est satisfait : « Qui ne serait pas heureux d'être en tête de course du Paris-Roubaix pendant un moment, dans le secteur de Mons-en-Pévèle ? » C'est pour ces moments que Sébastien Hinault veut « aller plus loin, remonter sur selle le plus vite possible ». Il s'échappe à 50 km de l'arrivée, histoire de faire illusion. Il ne calcule pas et profite de tous les instants : « Même s'il y a les pavés, la fatigue, la folie aussi de partir d'aussi loin, l'ambiance est là. Alors on avance... » Il se retourne, il n'a plus de coéquipier. « Et puis il y a le départ de Fabian Cancellara qui me rattrape puis me laisse sur place. Il roulait 5 km/h plus vite que tout le monde quand il est parti. Je suis resté avec le groupe qui jouait la deuxième place, mais je n'avais plus les moyens de faire plus. » En ratant le deuxième ravitaillement, celui qui termine en neuvième position n'a plus de jus, plus rien dans les poches. « Je ne pouvais que suivre. Pendant 20 km, j'ai vu des étoiles, je n'étais pas bien. » Ce qui n'est pas le cas des autres Français, notamment chez Bbox Bouygues Telecom où les incidents et une mauvaise gestion d'équipe ont eu raison des bonnes ambitions. Cette déception s'affiche chez William Bonnet : « Je crève dans la trouée d'Arenberg. On ne me file pas de roue, je dois remonter tout seul et je perds trop de temps. » Tandis que devant, Yohann Gene explique « avoir fait la course qu'il a pu. Un de mes coéquipiers a attendu William, j'ai continué tant que j'ai pu ». Échappé un long moment avec les dix-neuf, Yohann Gene est rattrapé et termine dans le peloton. Quant à Steve Chainel, il cumule les problèmes techniques, les crevaisons : « C'est le Paris-Roubaix. Pour ce qui est de la malchance, j'ai été servi... » Jimmy Casper (Saur-Sojasun) a lui aussi crevé et a eu un problème de cadre : « On a bien vu le matin que tout le monde voulait se montrer.
La Saxo Bank a toujours accéléré. Après les Troisvilles, je sais que c'est terminé... » À la Française des Jeux, Frédéric Guesdon n'a « jamais eu les jambes », Yoann Offredo a manqué de rythme au début « et les deux crevaisons, surtout la deuxième sur le secteur Madiot m'a fait très mal... » Oui. Seul Sébastien Hinault chez les Tricolores a le sourire. « Je suis heureux de participer à cette course, pour son histoire, pour tout ce qu'elle représente et a représenté. Si on n'aime pas le Paris-Roubaix, si on ne fait pas le Paris-Roubaix, on ne peut pas aimer le vélo ! » Son classement explique en partie cela. Sa vision du cyclisme aussi.
LAURENT RENAULT
PHOTO STÉPHANE MORTAGNE