« Spartacus » les a bernés !
lundi 12.04.2010, 05:09 - La Voix des Sports
Lancé vers le succès, Fabian Cancellara ne se retournera sur aucun de ses adversaires. Le voilà maintenant avec deux pavés sur la cheminée...
| LE VAINQUEUR |
Il avait vaincu en solitaire en 2006. À la pédale. À la force des cuisses et des jarrets. Au mental, aussi. Après avoir démarré dans l'Arbre et profité d'un « fait de course ».
PAR DIDIER PARSY vds@lavoixdunord.fr PHOTO PATRICK DELECROIX Cette fois, Fabian Cancellara n'a pas eu besoin d'un train de marchandises pour stopper la poursuite des Juan Antonio Flecha, Thor Hushovd et Tom Boonen, contraints de suivre la locomotive bernoise de loin, de très loin même. Si loin qu'on crut un instant qu'il allait ranger l'écart record de l'épreuve aux oubliettes. Mais les 5'21'' de Merckx sur De Vlaeminck en 1970 ont la vie dure.
Il faudra un autre Cancellara pour boucher le fossé de référence, entre un vainqueur et son dauphin, sur Paris-Roubaix. On imagine le tableau de ce « Spartacus », comme on le surnomme, lancé à... soixante-dix kilomètres de l'arrivée pour s'offrir le plus beau contre-la-montre de sa carrière !
Il n'empêche que le Suisse a épaté son monde, ses adversaires et ceux qui croyaient peut-être que l'Alémanique allait simplement se contenter du « Ronde », au nez et à la barbe de Boonen. Un champion de Belgique pour qui il n'eut aucun regard, lorsqu'il se fit la belle. Car le Flamand se restaurait en queue de peloton à la fin du secteur de Mons-en-Pévèle. Le Bernois bernait Boonen. Il restait alors 48,5 km avant le vélodrome.
« J'avais auparavant remarqué que Boonen attaquait beaucoup. J'ai été tenté d'entrer dans son jeu. Mais ma voiture me conseilla de me calmer, de ne pas stresser, de rester tranquille, qu'il valait mieux ne pas travailler. J'ai pris dix mètres tout de suite. J'ai pensé que j'étais fou, mais je devais faire ma course en regardant devant et pas derrière. » Une bonne trentaine de kilomètres plus tôt, après Wandignies-Hamage, « Spartacus » avait changé de vélo. « J'avais cassé un rayon dans la trouée d'Arenberg. Mais j'ai changé pour le même type de bicyclette. C'était dangereux de courir avec des roues en carbone ; je sais qu'on ne gagne pas avec ça. Il faut pourtant savoir prendre des risques. Aujourd'hui, c'était un grand jour pour moi... et pour le matériel. » Fabian Cancellara, lancé seul vers un deuxième succès dans la plus belle des classiques d'un jour, reléguant du même coup celui qui rêvait d'égaler le record de quatre victoires de « Monsieur Paris-Roubaix ». Mais la motivation n'était pas celle de faire capoter le ténébreux Anversois. « Seule la motivation d'arriver seul à Roubaix, comme Franco Ballerini, comme les anciens, m'animait. En fait, c'est la tête qui commande. Donner d'abord, faire le maximum ensuite. Franchement, ce fut un contre-la-montre vraiment dur ! »
Le combat n'a pas eu lieu
Un chrono de près de cinquante « bornes ». Sur les pavés et le macadam, entouré de supporters flamands très déçus dont il avait déjà estourbi les espoirs de victoire, une semaine plus tôt, en « Flahutie » profonde.
« Avec ma forme du moment, dès que j'ai pris dix mètres dans Mons-en-Pévèle, j'ai pensé que cela pouvait être bon. Derrière, je savais qu'ils allaient avoir peur. Mais nous nous sommes vite rendus compte que les poursuivants étaient fatigués. Le fait qu'ils jouent ensuite pour la deuxième place a rapidement favorisé mes desseins. » La bataille tant annoncée entre « Spartacus » et Tom Boonen n'eut donc pas lieu. Mais le premier eut conscience que le leader de Quick Step n'était peut-être pas au sommet de son art.
« Bien sûr que nous nous sommes regardés, confie-t-il. Mais on m'a dit que je ne devais pas faire sa course, mais ma course.
Et j'ai finalement retrouvé confiance pour ce rendez-vous. Maintenant, je sais qu'entrer dans l'Histoire du cyclisme de cette manière, c'est grand. Je voulais faire quelque chose de spécial. Je n'avais pas les mêmes forces qu'au Tour des Flandres où je suis arrivé à 200 %, mais j'étais tout de même dans un grand jour. » Ses yeux se perdent dans le vide, sa voix se pose, il réfléchit... « Ouais, conclut-il, un grand jour. » « Spartacus » a mis tout le monde à terre.























