Les grands battus
Cancellara et Ballan déçus... mais pas trop
lundi 14.04.2008, 11:33
Photo Patrick DELECROIX
Cela fait quelques minutes que Paris-Roubaix a livré son verdict implacable, et sous la tente qui abrite les trois élus du podium protocolaire, Fabian Cancellara retrouve le sourire, alors que son soigneur lui donne un coup de gant de toilette réparateur et l'aide à enfiler un maillot propre.
Il y a deux minutes, il est tombé dans les bras d'Alessandro Ballan. Une étreinte chaleureuse, qui a eu le don de redonner le sourire au Suisse et à l'Italien, tous deux ayant de toute façon le sentiment d'avoir été battus par plus fort.
On demande immédiatement à Ballan pourquoi il n'a pas tenté quelque chose dans le final, sachant qu'il serait compliqué d'aller chercher Boonen au sprint.
La réponse fuse : « Je ne pouvais pas faire mieux ! Dans les quinze derniers kilomètres, j'ai souffert de crampes. Je suis allé au bout de moi-même et j'étais déjà content de pouvoir suivre. Cette troisième place me conforte à l'idée que je peux gagner cette course un jour » Devant la caméra de la RAI, le coureur de la Lampre (la seule équipe pro qu'il ait connue) ne semble pas trop marqué par la déception, expliquant qu'il est « heureux » de cette troisième place. « Elle a beaucoup de valeur à mes yeux, parce qu'en 2006, on avait sous-estimé ma troisième place. » Rappelez-vous : il avait dû sa place sur le podium au déclassement de Hoste, Gusev et Van Petegem, après l'affaire du passage à niveau de Chéreng. On comprend donc qu'il ait envie de positiver, sur la pelouse du Vélodrome. « Je suis sorti de la tranchée de Wallers-Arenberg en cinquième, sixième place, et j'ai toujours été devant. J'ai juste eu peur quand O'Grady et Devolder ont attaqué. » A deux pas de là, Cancellara n'en finit pas de donner des interviews, en suisse alémanique, en italien, en français ou en anglais. Frais et dispos, ne semblant pas plus éprouvé par la débauche d'efforts que ses camarades de podium. « Nous étions les plus forts et sûrs qu'aucun de nous trois n'allait laisser partir l'autre dans le final. Je suis content, car l'équipe (CSC) a montré qu'elle était forte. L'attaque de Stuart O'Grady, c'était notre jeu : faire travailler les Silence-Lotto, user Hoste, et cela a bien marché. » Rien à redire, les CSC ont pris leurs responsabilités. Et lui a été fidèle au rendez-vous, aussi Cancellara n'a-t-il pas trop de regrets. « Dans ma tête, gagner était possible, j'y ai cru jusqu'au bout. J'ai essayé d'attaquer, mais à la fin, je ne pouvais plus, je n'avais plus de puissance, et Tom était de toute façon difficile à battre. » Dans la semaine, Boonen lui avait mis un petit coup de griffe « il a dit que je serais moins fort à Paris-Roubaix ». Rien que des paroles : « c'est Tom qui avait la pression, parce qu'il n'avait encore rien gagné d'important cette saison. Moi j'étais au calme dans mon coin. » Parfait dans le rôle du gentil avait de quoi relativiser la défaite d'hier : « Tom est un grand champion. Bien sûr que je suis déçu, c'est normal, mais quand on finit deuxième de Paris-Roubaix, après avoir gagné Milan - San Remo, la satisfaction l'emporte : j'ai montré que j'étais l'un des meilleurs coureurs de cette première partie de saison. » Un dernier sourire enjôleur devant la caméra de l'ancien pro Paul Sherwen et le Bernois a rejoint l'état-major de la CSC. « Je vais prendre un peu de repos. »
Jean-Philippe MAILLIEZ