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LE VAINQUEUR 2007

L'Australien O'Grady met la légende dans sa poche

vendredi 28.03.2008, 18:16
L'Australien O'Grady met la légende dans sa poche Stuart O'Grady, ou l'apothéose d'une vie de coureur.

En 2004, il s'était approprié l'or olympique à Athènes, au côté de son compatriote Graeme Brown. Stuart O'Grady avait ainsi réalisé un rêve, atteint l'Eden, obtenu le Graal, croyait-il, après avoir écumé d'autres anneaux en bois, à Barcelone (1992), puis à Atlanta (1996). Les campagnes, à l'époque, avaient été porteuses. Mais loin du plus beau métal, avec de l'argent et du bronze...


La dernière préparation de l'« Aussie » avait quelque peu plombé ses ambitions sur route. Revenu doré, Stuart O'Grady avait presque perdu la motivation qui l'avait auparavant propulsé dans le camp des « saignants ». Sprinteur chez Legeay, il en avait accroché quelques « belles ». Des étapes du Tour et des jours en jaune, une « Coupe du Monde » à Hambourg. Mais depuis son retour de Grèce, son palmarès restait désespérément vierge.

Son passage de Cofidis à CSC provoqua peut-être un déclic, même s'il laissa des regrets chez la première. « Stuart, confie Alain Deloeuil, son ancien directeur sportif, je n'en pense que du bien. C'est un charmant copain, un pote, l'un des coureurs les plus attachants du peloton, avec qui on ne peut pas avoir d'ennuis. Il vient d'obtenir l'apothéose de sa carrière, et c'est justice ! Il avait certes gagné Hambourg chez nous, mais ce n'est pas un monument comme ici. »

Cela faisait donc longtemps qu'il tournait autour. Mais « Stuart Little », petit bonhomme trapu qu'on rebaptiserait volontiers « Big Stuart », sut saisir sa chance dans la poussière nordiste, après avoir tardé à revenir au premier plan.

« Soulagement est le premier mot qui me vient à l'esprit. Je peux ensuite adresser un grand merci à l'équipe. Les dixhuit derniers mois furent particulièrement difficiles, mais les gens de CSC ont cru en moi. C'est le résultat d'une grande camaraderie au sein du groupe. »

L'Australien, à qui l'on prédisait une fin de carrière proche, est, d'un coup relancé. À presque 34 ans. « Après Athènes, j'ai eu du mal àme remotiver, mais CSC est une parfaite formation pour gagner à nouveau. » O'Grady dit ainsi avoir consenti de nombreux sacrifices. « Et je préfère remporter une classique comme celle-là, plutôt que dix petites courses »

Gamin, alors que l'Australie ne connaissait du cyclisme que le Tour, il avait posé les yeux sur une vidéo de Paris- Roubaix. Ensuite, « Tchmil, Ballerini, Van Petegem et Museeuw sont devenus mes héros. Aujourd'hui, la force et l'expérience m'ont permis d'entrer dans la légende. »

« Si j'avais gagné une médaille d'or olympique en 1992, poursuit-il, je n'aurais peutêtre plus retrouvé la motivation. » Aidé par la chaleur, prenant bien soin de boire pour éviter la déshydratation, O'Grady sut qu'il avait les jambes pour l'emporter, après deux cents kilomètres de course.

« J'ai vu revenir Cancellara et Ljungqvist dans Arenberg, après avoir crevé, roulé près d'un kilomètre sur la jante et perdu une minute. J'ai ensuite pris le temps de me restaurer dans le groupe des poursuivants. » Et quand le « kangourou » reprit des forces, il bondit à nouveau « Quand j'ai demandé à Cancellara si je pouvais attaquer, il m'a à peine répondu que j'avais déjà démarré ! »

À vingt-cinq kilomètres de l'arrivée, O'Grady construisit sa pelote. « J'étais parti, je ne me suis plus retourné. ». La légende était déjà en poche. Succès et pavé en prime.

Didier PARSY

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