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Les 40 ans de Wallers - Arenberg

Comment une « Trouée » révolutionna la reine des classiques

lundi 07.04.2008, 09:36
Comment une « Trouée » révolutionna la reine des classiques Photo archives Chaumont

Tranchée ou Trouée, Wallers - Arenberg continue de fasciner, 40 ans après. Au lendemain du Paris-Roubaix 1967, remporté le 10 avril par Jan Janssen, Albert Bouvet, ancien champion cycliste et alors journaliste, est engagé au service des organisations de L'Equipe - Le Parisien Libéré, à l'initiative de Félix Levitan, son rédacteur en chef. A peine installé dans son bureau du Faubourg Montmartre, Jacques Goddet vient le saluer et le prie aussitôt de le suivre jusqu'à son bureau directorial, où il l'invite à s'asseoir…



– Jacques GODDET : « Albert, vous avez pu voir hier que Paris-Roubaix a perdu tout son caractère, avec une arrivée groupée. Le célèbre Pas Roland, que vous connaissiez, à Mons-en-Pévèle, n'est plus désormais qu'une montée macadamisée. Il n'y a quasiment plus de pavés dans le final ! Il faut désormais retrouver des secteurs pavés, sinon Paris-Roubaix est foutu ! »
– Albert BOUVET : « Mais Monsieur Goddet, c'est le résultat de la réfection des routes du Nord par les Services des Pont et Chaussées ! Après les Nationales, les Départementales deviennent macadamisées. »
– J. G. : « Mon vieux, aidez-nous à sauver Paris-Roubaix. Allez sur le terrain et dénichez-nous de nouveaux secteurs pavés ! » Après quelques heures de réflexion, Albert Bouvet prend la décision d'appeler son ami Jean Stablinski, qui lui confirme la totale disparition des pavés sur l'itinéraire classique d'alors.
– Jean STABLINSKI (au téléphone) : « Viens plutôt me voir à Valenciennes. Je vais en parler à Doudou (Edouard Delberghe, comme lui ancien coureur et devenu son employé de commerce). Nous te montrerons ce qui existe encore dans notre Valenciennois. Quelques-uns de ces chemins que tu as empruntés comme nous dans Paris-Valenciennes. » Après avoir rendu compte de sa conversation, à Jacques Goddet...
– J. G. : « Prenez une voiture et un chauffeur, et partez à la recherche de ces pavés qui nous font défaut à présent. Prenez des cartes d'état-major et le temps qu'il vous faut pour en dénicher. »

Jean Stablinski et Edouard Delberghe qui, comme lui, ne croient plus trop à une modification du parcours, guident alors Albert Bouvet à partir de Montry pour lui montrer ces chemins vers Neuvilly, Solesmes et Valenciennes, puis, la fameuse « Trouée d'Arenberg », près de la mine où l'ami Stab avait travaillé dans sa jeunesse. Ils l'emmènent ensuite aux abords de la frontière belge, avant de retrouver Orchies, avec ses fameux Chemin des Prières et Chemin des Abattoirs, eux aussi devenus célèbres depuis Pour ses reconnaissances, Albert Bouvet part avec un photographe et invite Jean Stablinski à reprendre son vélo, pour effectuer devant sa voiture la traversée de la fameuse « tranchée » d'Arenberg. Entre-temps, sa voiture part au fossé sur le chemin gluant conduisant à Aulnoy-lez-Valenciennes !
Il faut faire appel à un tracteur, en labour dans un champ voisin, pour la désembourber De retour à Paris à l'issue de ces reconnaissances épiques, Albert Bouvet montre la production du photographe à ses directeurs :
– J. G. : « Ah ! non Albert, pas cela ! Je vous ai demandé de nous trouver des pavés pas des fondrières ! »
– A. B. : « Mais, Monsieur Goddet, ces chemins sont actuellement gorgés d'eau par les pluies diluviennes de ces derniers jours. Je vous assure, en dessous, il y a des pavés. »
– J. G. : « Alors, s'il n'y a pas d'autre solution, il faut les prendre pour la prochaine édition, mon cher Albert. On vous fait confiance. »
Le mercredi précédant l'édition 1968, en conférence d'organisation
– J.G. : « Albert, vous m'avez l'air inquiet, vous revenez d'une dernière reconnaissance ? »
– A. B. : « Oui ! Et les chemins du Nord sont en mauvais état. Il a plu ces derniers jours. »
– J. G. : « Et alors vous êtes inquiet pourquoi ? »
– A. B. : « Parce que si le mauvais temps persiste, ce sera difficile. »
– J. G. : « Et alors ? »
– A. B. : « Ben, vous savez si jamais il ne devait y avoir aucun coureur à terminer dimanche »
– J. G. : « Allez Albert ! Restez optimiste. Et enfin, pourvu qu'il y en ait un ! »
Le dimanche à l'arrivée au Vélodrome de Roubaix
– J. G. (descendant de sa voiture) : « Merci Albert, nous avons vécu un Paris-Roubaix de légende !
 » Et, apercevant Eddy Merckx entrant seul sur le vélodrome, avec son maillot de champion du monde
– J. G. : « Regardez-le, Albert : il n'est même pas sale ! Quel beau vainqueur nous avons On ne pouvait pas rêver mieux ! »

Avec la collaboration d'Albert BOUVET
Photo Bruno FAVA

La Voix du Nord

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