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Domenech face à ses juges

jeudi 03.07.2008, 04:57
Domenech face à ses juges

L'avenir du sélectionneur, contesté ou soutenu selon les tendances, va se jouer aujourd'hui, à Paris, devant les vingt et un membres du conseil fédéral. On saura alors si Raymond Domenech demeure à son poste ou s'il s'efface. Pour l'heure, on miserait plutôt pour un statu quo mais sous certaines conditions...

Le sujet est forcément sensible car il intègre des données essentielles quant à la vie future des Bleus. Il induit aussi une analyse franche et sans concession d'une situation pas valorisante du tout pour le football français. Enfin, il s'attache à un homme, Raymond Domenech, dont l'image autant que la personnalité divisent.

> Contre Domenech. - Raymond Domenech n'a pas su générer au sein de son groupe les forces nécessaires à la conduite d'un projet cohérent. Tant dans le choix des hommes (certains étaient blessés ou en manque de compétition, d'autres affichaient de sérieuses lacunes) que dans ses options de jeu, le sélectionneur ne fut pas à la hauteur. Le dernier match contre l'Italie, avec le remodelage improvisé d'un axe défensif jusque-là défaillant (association Gallas - Abidal jamais testée en amont), témoigne de la faiblesse de Domenech.

Son coaching (entrée en jeu, notamment, d'un Gomis très friable contre les Pays-Bas) ne fut pas fameux non plus. Mais c'est surtout dans sa communication que le sélectionneur eut l'attitude la plus équivoque. « L'image de l'équipe de France n'est pas bonne. Elle est même déplorable auprès du public », déclarait récemment Michel Platini. « Ce n'est pas au sélectionneur de décider de l'image que doit donner l'équipe de France. Il a un devoir de représentation. » Un exemple : la perception des Bleus par la population de Vevey, où les Bleus logèrent pendant l'Euro, fut désastreuse, la paranoïa de Domenech concernant le verrouillage de l'hôtel Mirador, et sa mauvaise foi caractérisée après coup - « L'implantation en cul-de-sac de l'établissement renforçait le sentiment d'isolement... », déclara-t-il au lendemain de l'élimination, alors qu'il n'avait cessé de prôner une coupure radicale avec le monde extérieur - ont provoqué l'incompréhension de toute une région.

> Pour Domenech. - S'il reproche à Raymond Domenech d'avoir discrédité la vitrine « France » par ses attitudes de rupture, son refus d'expliquer les choses, sa forte propension à n'en faire qu'à sa tête, le président de l'UEFA estime cependant qu'il reste pour le moment l'homme de la situation. « Domenech, on ne le juge pas sur le fond mais sur la forme qui est catastrophique. Casser maintenant ce qui a été fait serait dangereux. » Platini pense évidemment au vécu du sélectionneur au sein de la sélection espoirs, donc de sa capacité à assurer la transition qu'il avait d'ailleurs plutôt bien ébauchée en donnant leur chance à Lassana Diarra, Nasri, Benzema, dans l'optique de 2010. En clair, comme Jean-Pierre Escalettes, le numéro un de la FFF, Aimé Jacquet, Jean-Michel Aulas, président de Lyon, et certains joueurs qui comptent (Sagnol, Vieira, Ribéry), l'ancien meneur de jeu des Bleus penche plutôt pour un aménagement technique et des mesures d'accompagnement (nouveau staff, cellule de tutelle) plutôt que pour une révolution quitte à changer de cap ultérieurement si d'aventure les premiers matchs des éliminatoires de la Coupe du monde (Autriche, Serbie, Roumanie) n'émettent pas un signal fort.

Reste à savoir si les vingt et un membres du conseil fédéral, parmi lesquels le Nordiste Fernand Duchaussoy, président de la Ligue du football amateur, peuvent parler d'une seule voix sur la base du rapport présenté par Jean-Pierre Escalettes. Rien n'est moins sûr. Une majorité favorable au maintien de Domenech semble se dégager mais le principe même du vote à bulletin secret, s'il est retenu, laisse une porte ouverte pour une éventuelle surprise. •

PAR PIERRE DIÉVAL - PHOTO ARCHIVES MAX ROSEREAU
Qu'est-ce que le conseil fédéral ?

 

Le conseil fédéral de la FFF est une sorte de « gouvernement » du football par sa capacité à prendre les grandes décisions.

En 2002, c'est lui qui, par exemple, avait donné mandat au président Claude Simonet, pour « liquider » Roger Lemerre, au sortir d'un Mondial calamiteux.

Il comprend vingt et un membres, dont un président, un vice-président délégué et cinq vice-présidents. Fernand Duchaussoy, l'ancien président de la ligue du Nord - Pas-de-Calais, aujourd'hui en charge de l'ensemble du football amateur, y siège au titre de vice-président de la FFF. Comme le président de la Ligue du football professionnel, Frédéric Thiriez, Noël Le Graët, Carlo Molinari (représentants du football professionnel), Bernard Saules (arbitres), René Charrier (joueurs professionnels) et... Michel Platini, au titre de vice-président de la FFF (mais ce dernier ne participe plus à ses travaux depuis son élection à l'UEFA). Le DTN, Gérard Houllier qui est membre de droit, a un rôle consultatif.

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