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Raymond Domenech sous tutelle

vendredi 04.07.2008, 05:09
Raymond Domenech sous tutelle La salle de réunion, au sous-sol du nouveau siège de la Fédération française de football, boulevard de Grenelle, était pleine hier pour voter à main levée le maintien - ou non - de Raymond Domenech. PHOTO AFP.

La France du football le rejette à 52 %, les anciens de 1998, dans leur grande majorité, dénoncent ses méthodes, son style, ses idées ; l'opinion publique le trouve insupportable. Pourtant, Raymond Domenech a conservé, hier, la confiance du conseil fédéral de la FFF. Avec cependant des mesures d'encadrement strict, tant dans le domaine de la logistique que de la stratégie, un domaine où Gérard Houllier, le directeur technique national, voit par exemple son influence grandir...

La procédure était connue. Tout s'est passé comme prévu. À 10 h, le conseil fédéral a pris position dans la salle de réunion de la FFF. Un quart d'heure plus tard, après que Jean-Pierre Escalettes a ouvert la séance, Raymond Domenech a pris la parole, pour (dixit Noël Le Graët, l'un des vice-présidents de la FFF) reconnaître que l'Euro avait été décevant.

Michel Platini, le président de l'UEFA, n'était pas là et au moment du vote, un autre membre avait dû s'absenter. Il n'y eut donc que dix-neuf votants sur un effectif originel de vingt et un. Dix-huit membres s'exprimèrent en faveur du maintien du sélectionneur, un autre s'abstint.

Doit-on s'étonner d'un telle vague alors que le souvenir douloureux de l'Euro taraude encore les esprits ? Pas vraiment, dans la mesure où Jean-Pierre Escalettes avait bien ficelé le dossier à partir de multiples consultations et que de sa réflexion s'était dégagée une tendance essentielle visant à ne rien casser dans l'urgence.

« Du vinaigre sur une plaie »

À une révolution dure, comme le lui suggéraient les passions de la rue, le président de la FFF a préféré un statu quo « aménagé ». Il s'en explique : « Cette solution semble la moins risquée mais c'est un maintien sous conditions. Raymond Domenech a admis un certain nombre d'erreurs. Désormais, c'est à lui de montrer sa capacité à rebondir. Si nous étions allés chercher quelqu'un d'autre, il y aurait eu une période de tâtonnements. Or le temps presse. Les matchs contre l'Autriche, la Serbie et la Roumanie arrivent déjà (en septembre et octobre). » Jean-Pierre Escalettes n'entend pas être l'homme d'une situation qui s'enlise mais plutôt celui d'une renaissance « avec des jeunes que nous avons ».

Son discours est d'un réalisme extrême : « L'Euro a été un échec retentissant. La communication du sélectionneur a été désastreuse car trop personnalisée. Ce fut un peu comme du vinaigre que l'on met sur une plaie... L'isolement de l'équipe a été une erreur. Cette hyper-protection voulue par le sélectionneur nous a fait beaucoup de tort. Si on ne renvoie pas l'ascenseur aux gens, on se coupe du pays... Ce staff technique est triste aussi. Il faut qu'il change. Le syndrome de 2002 (l'idée de tout verrouiller autour des Bleus naquit après le Mondial asiatique), c'est fini.

L'équipe de France doit s'oxygéner. Tout le monde a compris qu'on ferait un nouveau bilan à la mi-octobre et qu'à partir de là, on peut imaginer plein de choses positives mais aussi le pire... Vouloir gommer toutes les aspérités d'un personnage de 56 ans, on sait que c'est un pari. Raymond Domenech a adhéré à notre projet de réorganisation. Mais je ne serais rassuré que le jour où on aura commencé de façon positive notre campagne mondiale... » Le noeud du problème est bien là. Domenech, homme à la personnalité affirmée et à la démarche exclusive, s'accommodera-t-il d'une mise sous tutelle aussi rigide ? Car si la formule n'a pas été employée, il est clair que le sélectionneur fera bien l'objet d'une surveillance rapprochée, voire d'un téléguidage soutenu. La réactivation d'un « conseil politique » appelé aussi « Club France 2010 » intégrant les deux vice-présidents de la FFF, Gérard Houllier, ainsi que des représentants du football pro, pour gérer la vie de l'équipe, cerner ses besoins et, le cas échéant, lui apporter du neuf ; les probables retouches apportées au staff technique et l'omniprésence de ce dernier dans la réflexion technique sont autant d'épines dans son espace de vie. Et quand on connaît les rapports tendus que Raymond Domenech et Gérard Houllier ont eus récemment... •

À PARIS, PAR PIERRE DIÉVAL

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