Le boomerang Obraniak
lundi 13.02.2012, 05:30 - ANTOINE PLACER
Drôle de match pour Ludovic Obraniak, homme du match gêné d'avoir été le bourreau de son ancienne équipe. - PHOTO STÉPHANE MORTAGNE
| LILLE - BORDEAUX |
C'est une sorte de mécanique infernale à laquelle Lille n'a pu se soustraire. Céder l'un de ses jokers de luxe et le voir revenir, quelques jours plus tard, la rage au ventre. Lille l'a vu venir de loin mais l'a quand même pris en pleine poire. « Dans mes rêves, j'avais pensé à ça, mais la réalité peut parfois te rattraper rapidement », affirmait Obraniak après coup en évoquant le scénario de cette soirée surréaliste.
Le joueur a beau être poli et respectueux, assurer qu'il n'avait « rien à prouver à personne », son retour fracassant sur la pelouse du Stadium, avec un doublé dont le but de la victoire, a forcément comblé la frustration née de son départ de Lille, où on ne comptait plus suffisamment sur lui.
Son retour, escorté d'une polémique inutile sur sa participation au match (« beaucoup de bruit pour pas grand-chose »), puait le destin à plein nez. Et ça n'a pas raté. Double buteur, il avait contenu sa joie sur sa première réalisation et s'est contenté de s'écrouler sur le dos, les bras tendus, sur la deuxième, celle du succès. Ses nouveaux partenaires l'ont alors littéralement enseveli, fous de joie.
Au coup de sifflet final, Henrique est venu le soulever. Lui vivait alors un vrai moment paradoxal et ne touchait déjà plus terre. Sans le montrer. « Je l'ai jouée "soft". Enfin j'espère. Je ne voulais pas m'extasier, être irrespectueux. Par rapport à tout ce que le LOSC m'a apporté... J'ai quand même passé six ans ici et ce n'est pas rien. » Il ne faut pas chercher une quelconque marque de jubilation sur son visage, il n'y en a pas. À chaud, interrogé par les télévisions sur son efficacité du soir, que Rudi Garcia ne lui reconnaissait plus sur la fin, il a seulement lâché un « Tant pis pour lui » pas bien méchant, avant d'être avalé par le tunnel. Plus tard, il glissera, attachant, que « ça montre peut-être qu'on peut me faire confiance ». Voilà bien le noeud de l'histoire Obraniak, un joueur et un homme qui fonctionnent à l'affectif. Depuis qu'il est arrivé à Bordeaux, couvé par Francis Gillot, il revit. « Je suis content pour lui, souffla d'ailleurs son nouveau coach. Il en est déjà à trois buts, peut-être qu'on aurait dû le prendre avant (rires)... » Dans un environnement propice à son épanouissement, Ludovic Obraniak est en passe de réussir son pari, à quelques mois d'un Euro qui lui tient à coeur. « Je suis heureux du choix que j'ai fait. À Lille, ça devenait trop... » Compliqué.
Pourtant, il a laissé des amis et des gens qu'il aimait. Hier soir, au moment de quitter le stade, il avait d'ailleurs la banane. D'abord parce qu'il allait les retrouver pour manger un morceau, dans la nuit lilloise. « Je suis très heureux de pouvoir les revoir, parce que mine de rien, ils me manquent, a-t-il lâché, sincère. Je suis content de ce que j'ai fait ce soir, mais quelque part, ça m'embête de l'avoir fait contre Lille. »























