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« Je suis à la recherche d'un président ! »

lundi 30.03.2009, 16:00 - La Voix des Sports

| RENCONTRE |

Neuf ans après avoir écrit la plus belle page du football amateur national avec le CRUFC, Ladislas Lozano, sans club depuis mai 2008, aspire toujours à prouver qu'il a sa place dans le milieu professionnel français. Un milieu qui, exceptions faites des clubs de Créteil et Reims, le boude toujours…

Ladislas Lozano, l’ancien entraîneur de Calais, est sans club depuis près d’un an - PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET Ladislas Lozano, l’ancien entraîneur de Calais, est sans club depuis près d’un an - PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET

Où en êtes-vous sur le plan professionnel ?

« Après mon retour du Qatar en mai 2008 et sept mois d'espérances déçues, j'ai repris mon activité de technicien territorial à la ville de Calais le 1er janvier. J'attends toujours une proposition vraiment intéressante émanant d'un club français. »

- Comment vivez-vous cette mise à l'écart ?

« J'ai eu pendant ces sept mois d'inactivité, un sentiment terrible d'inutilité que je ne connaissais pas depuis 27 ans. Je suis une personne hyper active, je n'ai pratiquement pas vu mes enfants grandir, et ne rien faire m'a procuré une frustration terrible. Durant ces sept mois, je me suis levé avec l'angoisse chevillée au corps.

Je suis un homme de projet et lorsque l'on m'a donné du temps dans les clubs où je suis passé, j'ai toujours réussi dans ma mission. C'était terrible de rester impuissant, alors que l'on a envie de s'investir, de se rendre utile. De reprendre mon emploi à la ville de Calais m'a déjà fait grand bien. »

- N'avez-vous pas le sentiment d'être allé trop loin quand, lors de l'épopée de Calais en Coupe de France, vous vous en êtes pris au milieu professionnel ?

« Probablement, je le reconnais. Avec le temps, j'ai pris conscience qu'il y a eu de l'exagération de ma part à cette époque-là. À ma décharge, j'avais de l'inexpérience. Un entraîneur de renom m'a dit un jour : "Ce que tu as vécu avant la finale de la Coupe de France 2000, je ne suis pas convaincu que beaucoup d'entraîneurs de Ligue 1 l'ont connu." La pression médiatique, avant le rendez-vous au Stade de France, a été énorme.

J'ai été sollicité de façon inhabituelle. Quand on connaît la valeur destructive d'un mot, on peut n'en retenir qu'un seul... Maintenant, cela a eu au moins le mérite d'avoir été dit tout en sachant que je n'ai insulté personne. Je tiens, d'ailleurs, à dire que j'ai un profond respect pour le football français et ses entraîneurs qui comptent parmi les meilleurs du monde. J'ai pu m'en apercevoir au gré de mes pérégrinations. Je suis conscient des erreurs commises. Aujourd'hui, avec l'expérience, je ne reproduirais pas ces erreurs. »

- Ressentez-vous une reconnaissance pour ce que vous avez fait ?

« Pas toujours quand je vois le désintérêt que les gens du CRUFC me portent actuellement. Je n'en ai pas de la part des gens qui ne me connaissent pas et qui ont eu de moi une image déformée lors de l'épopée calaisienne. Par contre, j'en ai auprès de tous ceux avec qui j'ai travaillé. J'espère donc que je suis un garçon qui gagne à être connu. D'ailleurs, aujourd'hui, plus qu'un club, je suis véritablement à la recherche d'un président, d'un homme qui me fera confiance et à qui je prouverai que je ne suis pas l'homme que l'on aime à présenter quelquefois. Je suis quelqu'un d'entier, mais je n'ai jamais agressé qui que ce soit et je n'ai jamais eu de retour négatif. C'est toujours avec les joueurs de talent que j'ai été le plus exigeant. Ce sont ces garçons, qui auraient pu me mettre au pilori, qui m'appellent encore aujourd'hui.

Un jour, alors que j'étais en poste à Reims, Dominique Casagrande, dans le cadre de son stage BE1, est venu pour assister à une séance que je dirigeais. Au terme de cette dernière, il m'a dit que l'idée qu'il se faisait de moi était totalement différente de celle qu'il avait après notre rencontre. Voilà bien où se situe le problème ! »

- Avez-vous de la rancoeur contre certaines personnes ?

« Franchement, non ! Des problèmes, j'en ai eu, mais je n'arrive pas à être rancunier. Je sais que je pourrai retravailler avec n'importe qui.

Je suis entier, explosif, mais quand c'est dit, c'est dit, et je passe à autre chose. On ne peut pas agir autrement dans le football et dans la fonction d'entraîneur. Avec l'accélération des matches, il faut vite se reconcentrer sur ce qui suit.

Les non-dit, dans ce contexte, peuvent être lourds de conséquences. Il ne faut pas entretenir l'animosité. Aujourd'hui, je suis à l'aise dans toutes mes rencontres et j'ai donc la fierté de ne jamais changer de trottoir pour éviter quelqu'un. »

- Qu'est-ce qui vous pousse à vouloir encore entraîner un club ?

« Avant tout, la passion, ce quelque chose en moi qui s'appelle la vocation. Il y aura peut-être un jour une prise de conscience où je me dirai que je suis au bout. Ce moment-là n'est pas encore arrivé. J'ai encore beaucoup à donner, beaucoup de choses à transmettre. L'envie de partager ce que j'ai acquis avec, toujours, cette volonté de rester un homme libre de ses décisions.

Trois ou quatre fois, je me suis retrouvé dans une situation très confortable sur le plan financier, comme à Calais notamment, et c'est là, contre toute attente, que je suis parti. Je ne suis pas guidé par le matérialisme. Ce qui m'intéresse, ce sont les projets, le terrain. Tant que j'aurai cette flamme, je continuerai. Le jour où mon instinct m'indiquera qu'il est temps d'arrêter, j'arrêterai. »

- Comment vous occupez-vous pour rester dans le coup ?

« Je m'efforce le plus souvent possible d'aller dans les stades. Il y a également les matches à la télé, mais on n'a pas les mêmes sensations.

C'est vraiment au bord du terrain que se dégage l'atmosphère du football. On ressent les forces et les faiblesses en prise directe. Je vais régulièrement à Dunkerque, Saint-Omer, Boulogne ou Marck, et il m'arrive d'être consultant. Je reste également très attentif sur le football en France car c'est bien en France que je souhaite travailler et effectuer mon dernier parcours. Le district Côte d'Opale me sollicite quelquefois et je remercie toutes ces personnes qui me permettent de maintenir le contact. J'aime cette maxime qui dit que l'entraîneur est un homme seul face à ses responsabilités, mais qu'il doit tout faire pour éviter l'isolement... »

- Avez-vous eu des contacts ?

« Oui. Malheureusement, pas au niveau que je recherche en priorité, à savoir avec des clubs français de L 1, L 2 ou de National. Il y a quelques mois, on m'a sollicité pour prendre en charge les équipes nationales du Togo et du Soudan. Je sais aussi que je pourrais retourner au Maroc et au Qatar où je retrouverais de l'activité. Je ne le souhaite pas, j'ai décidé de rester en France. Il y a des projets que l'on me propose dans notre pays à un niveau inférieur au National. Des projets qui peuvent être intéressants. J'y réfléchis. »

- Et le CRUFC ?

« Ceux qui me connaissent vont être étonnés, mais je prends un joker. Mon rôle d'observateur pourrait me pousser à intervenir, mais je ne veux pas provoquer de nouveaux problèmes. Je ne veux pas que l'on déforme à nouveau mes propos. »

- A 57 ans, et après plusieurs expériences à l'étranger, Ladislas Lozano est donc toujours le même...
« Oui ! On m'a perdu de vue en France, mais je suis toujours passionné, motivé et décidé à m'investir et à donner. Avis aux amateurs ! » •

YVES-MARIE CHOPART

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Digest

Etat civil
Né le 24 juin 1952 à Valhermoso de la Fuente (Espagne).

Carrière d'entraîneur
Trouville-Deauville (1983-1986) ; Friville-Escarbotin (1986-1988) ; Saint-Omer (1988-1994) ; Calais (1995-2001) ; Wydad de Casablanca, Maroc (mai 2001 - mars 2002) ; Créteil (mars à juin 2002) ; Al Khor, Qatar (2002-2003) ; Reims (juin 2003 - avril 2005) ; Al Sailiya, Qatar (juin 2005 - mai 2006) ; Al Rayyan Club, Qatar (juillet 2006 - novembre 2006) ; Wydad de Casablanca, Maroc (février 2007 - mai 2007) ; Al Khor, Qatar (octobre 2007 - mai 2008).

Palmarès
Finaliste de la Coupe de France avec Calais en 2000 ; accession en National avec Calais en 2001 ; accession en Ligue avec Reims en 2004 ; vainqueur de la Coupe du Qatar avec Al Rayyan Club en 2006.
 

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