Stéphane Antiga : « Une médaille nous ferait du bien »
lundi 31.08.2009, 14:12 - La Voix des Sports
| RENCONTRE Qualification pour le Mondial 2010 en poche, les volleyeurs de l'équipe de France ont préparé, toute la semaine dernière à Calais, l'Euro qui débute jeudi |
- Le Nord - Pas-de-Calais est la résidence secondaire des Bleus cet été ?
« C'est nouveau pour nous.« Oui. Le volley a repris un essor important depuis trois ou quatre ans. Mais ça a toujours été un pays de volley. Les gamins à l'école y jouent tous les jours. Moi en France, je n'en ai pas fait souvent. Voilà pourquoi il y a autant de monde dans les salles, de 1500 à 6000 personnes. J'ai parfois joué à Paris devant 20 personnes. En Italie, peut-être 70 et en Espagne, 50. Évidemment, pour la finale, le gros match de coupe d'Europe, ça se remplit. Et encore, quand on en attirait 2000 à Paris, c'était un exploit. » - C'est ce que vous êtes allé chercher à Belchatov ?
« Oui. J'avais envie de connaître cet engouement, avoir vraiment le sentiment de gagner pour quelqu'un d'autre, pas seulement pour l'équipe, le club. Un car se déplace derrière nous partout en Pologne et en Europe. On se sent obligé de donner un peu plus encore. Il y a plus de moyens, les clubs sont mieux structurés. À Palma, il y avait le président et une secrétaire. Là, 7 ou 8 personnes travaillent à temps plein. Après, c'est sûr que la ville est petite. C'est au centre... de rien, entre Varsovie et Cracovie, mais loin des deux. C'est une ville minière, récente, mais on y vit bien. Les gens sont adorables. » - Cet exil n'est pas trop difficile ?
« Si. C'est toujours dur pour la famille. En Italie, en Espagne, ça se passait très bien. Ici, c'est plus dur, mais ce n'est pas toute l'année.
Les enfants sont encore jeunes (1 et 3 ans), mais ça leur donnera une faculté d'adaptation. Le premier comprend déjà un peu le polonais, dit quelques mots en espagnol. J'espère juste qu'il ne sera pas déstabilisé par ces changements de culture et de langage comme beaucoup d'enfants de sportifs. » - La sélection a encore été remaniée depuis votre qualification au Mondial 2010 mi-août. Qu'est-ce qui est le plus compliqué à gérer ?
« Retrouver les automatismes parce qu'on a changé les deux passeurs (Pujol blessé, Le Marrec en retraite internationale ). Le passeur doit trouver les automatismes avec chaque attaquant en fonction de chaque situation. C'est beaucoup de travail, or on dispose de très peu de temps avec des joueurs (Bazin, Takaniko) qui ont fait très peu de stages. La priorité, c'est de trouver une cohésion avec les passeurs. La consigne, c'est de jouer simple et efficace. » - En trois mois, il y a eu la Ligue mondiale, la qualification au Mondial et maintenant l'Euro : comment enchaîne-t-on les objectifs ?
« En équipe de France, on est habitués à beaucoup jouer. Sur une année, ça ressemble à la NBA, avec beaucoup de voyages, de matchs. Mais on ne va pas se mettre à en boycotter ! » - La qualification mondiale était l'objectif majeur de la campagne... « Elle était primordiale pour l'avenir de l'équipe de France, ça aurait été une catastrophe de ne pas se qualifier. On fonctionne par olympiade. Si sur les quatre ans, on n'y va pas, on perd énormément en expérience et en visibilité. » - Qu'espérez-vous à l'Euro ?
« Même si une cinquième place serait satisfaisante, ce serait nul de viser ça. On va chercher le podium, même si ce sera dur. Pendant nos belles années, trois équipes dominaient, avec nous juste derrière. Maintenant, il y a en cinq ou six autour, très proches. Donc, beaucoup pouvant prétendre au podium. On en fait partie, mais ça se joue sur des détails.
Pour accéder aux demi-finales, il faudra battre l'Espagne, l'Allemagne, la Pologne, au moins deux des trois, et être régulier sur les autres matchs un peu plus faciles.
Une médaille nous ferait du bien. Ça fait trois ans qu'on est dans une période de flottement, on enchaîne les blessures, le groupe est toujours incomplet.
C'est frustrant. Il y a un renouveau aussi. On a beaucoup de joueurs talentueux qui ne sont pas loin d'arriver à maturité. C'est le moment pour franchir un cap. » - Quel est le rôle d'un ancien dans ce contexte ?
« On est de moins en moins ! Avec Oliver Kieffer, Hubert Henno et moi, on est trois trentenaires. On est là par rapport à ce qu'on fait en championnat et pour montrer la voie à suivre simplement, sans grands discours, ni donner des leçons. On était là quand on a gagné, on fonctionne bien en club, on a des méthodes d'entraînement, une rigueur, une préparation de match, une hygiène de vie. Moi, en passant réceptionneur, j'avais suivi l'exemple de Laurent Tillie. J'ai regardé beaucoup, vu sa volonté, son exigence. J'ai appris énormément, Après, certains fonctionneront différemment. Voyez Bolt qui a révolutionné l'approche du 100 m. Ils sont tous agressifs, concentrés, lui est détendu, il rigole. Il faut trouver son mode. » - Êtes-vous un relais privilégié du coach, Philippe Blain, ancien réceptionneur lui aussi ?
« Avec lui, c'est particulier. En arrivant (en 2001), il a choisi de me mettre sur le terrain.
L'entraîneur précédent (Pierre Laborie) n'avait pas misé sur moi. Rapidement, on a eu des résultats. Pour moi, il y avait une reconnaissance, pour lui peut-être une petite fierté. Et on s'entend très bien en dehors. Je suis content de continuer aussi parce qu'il est là. »- Quel est le moteur à 33 ans ?
« On n'est pas allés au Jeux de Pékin. Je n'avais pas envie de m'arrêter sur un échec. Les championnats du monde en Italie, c'est beau. J'ai de bons souvenirs de 2002. J'essaie de pousser jusqu'en 2010 parce que je prends énormément de plaisir à jouer, tout simplement. Il y a des choses moins plaisantes.
La muscu, ça ne m'amuse pas, mais je sais pourquoi je la fais. Et j'en ai marre de passer des heures dans les avions. Je suis complètement lassé de ce genre de trucs, mais les bons moments à l'entraînement, les matchs gagnés sont plus forts. Il y a eu des moments de doute, on pèse le pour et le contre et au final, on continue. » - Jusqu'au bout du cycle en 2012 ?
« Non, pour moi, c'est 2010. Enfin, on verra, ça dépend des pépins. J'ai souvent été blessé, ça aussi c'est lassant de passer sur le billard, avoir mal même si c'est la vie d'un sportif. En club, ça se passe très bien, à un moment ça me suffira. »
PROPOS RECUEILLIS PAR SANDRINE ARRESTIER vds@lavoixdunord.fr PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET














