Sébastien Chabal, le géant barbu tendre et attachant
lundi 02.05.2011, 12:24 - PROPOS RECUEILLIS PAR RICHARD GOTTE
PHOTO AFP
| RUGBY |
on connaît bien Sébastien Chabal, le rugbyman surpuissant au plaquage dévastateur, devenu l'un des sportifs préférés des Français et de la publicité. On connaît moins le gentil géant barbu, père de famille tranquille et sans histoires, plongé bien malgré lui au cur d'une polémique. Rencontre avec un homme libre, modeste, drôle et heureux.
- Sébastien, pourquoi ce livre ?
« D'abord, je suis content qu'il soit sorti. Ça fait un an qu'on y travaille. On m'a poussé des deux mains et des deux pieds... Mais au final, il me plaît parce qu'il est sincère, il me ressemble. »
- Comprenez-vous la polémique actuelle (1) ?
« Avez-vous la sensation que ce livre est écrit pour la polémique ? Je ne le crois pas. Je n'avais aucun intérêt à me tirer une balle dans le pied. Je ne veux de conflit avec personne. Ma vie est belle. Je suis un privilégié. Je suis en colère contre Le Journal du Dimanche où des propos ont été sortis de leur contexte. Mais je confirme tous ceux du livre. Depuis que c'est sorti, je l'ai relu en me disant : "Ai-je été assez con pour dire ça ?" Non, je m'amuse juste à titiller. Le livre, je l'assume et je le porte. Il est honnête et franc, ne parle de rugby que pour 20 %. Le reste c'est moi. »
- Sur l'arbitrage, vous dites quand même tout haut ce que beaucoup pensent tout bas...
« Le rugby est important pour moi et je ne veux blesser personne. J'ai donné mon avis et je ne veux surtout pas être le porte-parole de qui que ce soit. »
- Le 11 mai sera dévoilée la liste des trente pour la Coupe du monde. Comment vivez-vous cette attente ?
« Je suis dans l'incertitude. J'ai connu un début d'année difficile, plutôt moins que plus, parfois même moins moins. Mais ça m'a toujours fait avancer de prendre des claques dans la gueule. Mon club m'a permis de revenir en forme. Voilà pourquoi cette polémique m'emmerde. J'ai envie de jouer, de disputer les phases finales et il y a cette histoire... »
- Où en êtes-vous physiquement ?
« Je suis très, très bien, magnifiquement bien. Depuis ma petite hernie il y a deux ans, on parle régulièrement de mon dos, parce que beaucoup de monde aime parler de moi, mais il va bien. »
- Revenons au livre. Pourquoi avoir accepté de vous confier ? Curieux pour un taiseux.
« On me l'a demandé et, sincèrement, je n'ai pas eu envie de faire du buzz avec ça. La maison d'édition s'est bagarrée avec moi pour la promotion, mais je n'ai accepté que quatre rendez-vous, alors que les demandes étaient très importantes. Après, je me suis pris au jeu et quand je le vois je me dis que j'aurais aimé en mettre plus. Peut-être y aura-t-il un second tome : après "Ma petite étoile", ce sera "Ma grosse comète"... »
- Qu'auriez-vous pu dire de plus ?
« Par exemple, je n'ai pas parlé de mes chats. J'en ai deux, bientôt trois. J'adore les chats et je les ai oubliés. Heureusement qu'ils ne lisent pas... »
- Comment avez-vous travaillé ?
« Avec un écrivain qui m'a accouché. Je me suis prêté à l'exercice en me disant que si ça ne me plaisait pas, je pouvais tout arrêter. Au début, ce fut douloureux. Ce n'est pas facile de parler de soi. Il a écrit, j'ai corrigé. Et je suis heureux car ce sont mes phrases. Je l'ai relu six fois, c'est moi. Et je n'en peux plus de ma vie (sourire)... Ce fut une belle expérience. Au départ, je ne pensais pas que j'allais parler de mon père, par pudeur. Et, en fait, j'en parle parce que je l'adore. Ce livre a un sens pour moi. »
- Y avait-il l'envie de faire des mises au point, par exemple sur les critiques concernant votre jeu ?
« Elles font mal parfois, d'autant que je sais bien que je ne suis pas le meilleur joueur du monde. J'ai des tas de lacunes techniques, car j'ai commencé sur le tard, je l'explique dans le livre. Mais je continue à travailler. Et je mets un point d'honneur à chercher à progresser à chaque séance et à mettre tout mon coeur, même mes tripes, sur le terrain. »
- Vous donnez du sens à l'honneur. Que pensez-vous de l'équipe de France de foot au Mondial ?
« Le bus ? J'ai été choqué comme tout le monde. Je ne suis pas un grand passionné de foot, mais je connais Grégory Coupet et je pense que tous les footballeurs ne se comportent pas comme ça. Et puis, je n'aime pas les clichés. Il faut respecter les gens. »
- Le rugby est-il à l'abri de ça ?
« Personne n'est à l'abri d'une dérive. Disons que le rugby réclame tellement de sacrifices et de valeurs collectives que je l'imagine mal. Nous, les anciens, avons connu le passage de l'amateurisme au professionnalisme. On remet les Gones (les jeunes) les pieds sur terre. »
- Que pensez-vous de l'afflux d'argent dans le rugby ?
« L'argent, ce n'était pas mon but et, pourtant, j'en gagne beaucoup. Je n'étais pas habitué à ça. Mes parents gagnent ce que gagne un Français moyen. Le salaire moyen dans le Top 14 est de 8 000 E, ce qui est beaucoup. Je ne pense pas que ça ira plus haut et un joueur doit réfléchir à l'après-carrière. Maintenant, les jeunes sont jetés dans le grand bain de plus en plus tôt, ils sacrifient leurs études. On n'a pas cinquante opportunités dans une carrière... Moi, quand on m'a proposé de passer de 1 500 F à l'usine à joueur de rugby à plein temps, je ne me suis pas posé la question longtemps. »
- Avez-vous peur parfois de blesser quelqu'un sur le terrain ?
« Non, car il n'y a jamais rien d'intentionnel. On le sait, on a signé pour en chier (sourire)... On n'a jamais peur de se blesser. Le plaquage, on est prêt pour ça. Le geste est répété à l'entraînement et c'est instinctif. »
- Pensez-vous que le rugby évolue dans le bon sens ?
« Je ne suis pas nostalgique. Les choses ont bien évolué, je trouve. Les joueurs sont pros, gagnent mieux leur vie. Après, la troisième mi-temps existe toujours, même si on fait peut-être plus attention car les athlètes sont mieux préparés. C'est plus rigoureux. Enfin, pour moi, c'est surtout parce que je vieillis. Quand je sors, il me faut quatre jours pour m'en remettre. Je ne suis plus habitué et, parfois, je suis surpris. La reprise de l'apéro, c'est comme la reprise de l'entraînement : ça pique aussi... »
- Comment vivez-vous votre médiatisation ?
« Bien. Il n'y a pas de super mauvais côté. Parfois, une photo volée sur ma famille, mais c'est rare. Ce sont surtout des signes amicaux. Les gens sont gentils avec moi, bienveillants. Et si on veut être tranquille, on peut toujours l'être. Par exemple, à Sale (en Angleterre, près de Manchester), j'étais tranquille. Il y a deux petits clubs de foot à côté... »
- Mais ce statut de star...
« Je ne l'ai pas voulu. Ce sont les hasards de la vie qui m'ont emmené où je suis, des rencontres, de la chance. Pourquoi ça a pris comme ça, je n'ai pas la réponse. »
- Que pensez-vous des grondements du stade quand vous entrez en jeu ?
« C'est étrange. Vous dire ce que je ressens, je ne peux pas. »
- Appréciez-vous vos surnoms, Seabass, Attila, l'Anesthésiste, Caveman,etc ?
« Je les vis bien. Mon préféré, c'est Seabass (gros poisson), le surnom qu'on me donnait en Angleterre. Ça vient de Sébastien. »
- Et la marionnette des Guignols ?
« Je l'aime bien. On est obligé d'en rire, à moins d'être con. »
- Avez-vous programmé votre fin de carrière ?
« Non. J'ai 33 ans. J'espère jouer encore un, deux ou trois ans, tant que le corps tiendra. Au Racing s'il veut toujours de moi. »
- Que ferez-vous après ?
« Pas entraîneur, en tout cas pas tout de suite. Je ne quitterai pas le rugby, mais je ne dis pas que ce sera mon travail. Je fais partie de ceux qui n'ont pas préparé grand-chose. Il va falloir que je travaille encore. »
- Et où vivrez-vous ?
« J'ai une maison familiale dans la Drôme, mais je pense qu'on restera sur Paris. On a une maison à Sceaux. On y est bien. En tout cas, je ne repartirai pas à l'étranger. On est trop bien ici en France. Déjà, on mange bien... »
- Et la barbe et les cheveux, les couperez-vous un jour ?
« Je n'en ai pas envie pour l'instant. Aujourd'hui, ça fait partie de l'image, même si c'est arrivé par hasard. Ma femme dit que je me suis laissé pousser la barbe pour me cacher et elle a sûrement raison. La Chabalmania, personne ne l'avait prévue ou ne l'avait imaginée. C'est le hasard. Maintenant, il y a le produit Chabal et c'est vrai, j'en profite et certains contrats pub m'interdisent de me raser... Enfin, le jour où j'en aurai envie, personne ne m'en empêchera. »
(1) Elle est surtout due à une interview parue dans le JDD. Dans son livre, Chabal égratigne gentiment l'arbitrage français et milite pour sa professionnalisation. Il laisse aussi entendre que Biarritz et Castres, dont les présidents ont dirigé ou dirigent la Ligue, ont pu être parfois avantagés, ce qui lui vaut d'être convoqué devant la commission de discipline le 12 mai. En attendant, le Racing l'a mis à pied à titre conservatoire pour le protéger.





























