Jackson Richardson : « Je crois en l'équipe de France » (1/2)
lundi 06.02.2012, 05:31 - PAR SANDRINE ARRESTIER
Jackson Richardson: le regard éclairé d'un ancien de la «maison» sur les Bleus, après l'échec de l'Euro 2012.
| RENCONTRE |
L'idole du hand français était l'invité d'honneur de la soirée des partenaires de l'USDK, mercredi à Dunkerque. Faillite des Bleus à l'Euro, JO, porte-drapeau : regard d'un témoin privilégié.
- Comment analysez-vous l'Euro de l'équipe de France ?
« Il a manqué une cohésion collective dans l'ambition d'atteindre l'objectif. Chacun voulait sauver le bateau. Dès la préparation et les deux matchs contre la Norvège, je n'ai pas eu la sensation que le groupe était vraiment lancé. Ça s'est vu dans les deux, trois premiers matchs de l'Euro. Après, c'est difficile de retrouver la confiance. Je pense aussi que l'équipe était dans l'optique de préparer le premier match, contre l'Espagne, et a un peu négligé la Hongrie. Cette défaite-là les a fait douter. »
- Ça se joue dans la tête, le jeu ?
« Avoir trop confiance tue la confiance. Quand tu es sur une vague de réussite, tu te projettes sur pas mal de choses autour, comme faire la promotion du handball. Tu te dis que c'est le moment idéal. Mais à certains moments, il faut oublier la promotion du handball, la promotion personnelle, redescendre un peu sur terre, mettre tout ça de côté, pour faire la chose qu'on sait le mieux faire, jouer au hand. »
- Ils l'ont oublié ?
« Non. Ils étaient bien dans l'objectif de garder leur titre, mais ils ne l'ont pas fait tous ensemble au même moment. Pour moi, ça ne date pas d'aujourd'hui. Ils ont été champions d'Europe, champions olympiques, champions du monde, c'était l'arbre qui cachait la forêt. La réussite masque les problèmes. Si on regarde bien, il y a toujours eu trois ou quatre joueurs par match pour faire la différence. On dit que collectivement, ils n'étaient pas ensemble, on pointe les performances individuelles négatives, mais ç'a toujours été le cas : on a toujours joué sur la réussite individuelle. On l'oublie, car la victoire était au bout. »
- Comment rebondir ?
« La plupart des équipes savent désormais comment l'équipe de France joue. Elles ont énormément travaillé sur la façon de l'affronter, et ont réussi à gripper la machine. A eux de repartir de zéro, de reconstruire un jeu défensif et offensif. Mais j'ai confiance. Ces joueurs nous ont fait rêver. Ce n'est pas parce qu'ils ont fait une contre-performance qu'on va cracher sur leur parcours. Dans six mois, ce sera les Jeux, la compétition qui nous importe peut-être le plus dans la promotion du handball, j'ai envie de croire en eux. Ils sont talentueux, intelligents. Ils sont redescendus sur terre, ça peut être une prise de conscience de se dire qu'ils sont une équipe, pas des machines. »
- Les JO, c'est aussi un porte-drapeau, vous l'avez été en 2004, qui voyez-vous à Londres ?
« Plusieurs noms reviennent, ça dépend ce qu'on a envie de faire. Plein de choses entrent en ligne de compte. La plupart des sportifs voient Nikola Karabatic, il a été champion olympique et incarne bien cet esprit. Ou Jérôme Fernandez, le capitaine, qui a tous les arguments. Mais mettre à nouveau un handballeur peut être gênant. Et c'est assez lourd comme rôle. »
- C'est-à-dire ?
« Un porte-drapeau, c'est le capitaine de la délégation. Déjà, si ta compétition commence le lendemain, tu ne peux pas t'effacer de la cérémonie... Ensuite, le hand, comme le basket, c'est un tournoi long. Tu joues quasiment jusqu'au bout, tu vas chercher ton objectif, la médaille, le dernier jour. Il faut à la fois rester concentré sur son objectif, être attentif à son équipe, son sport, mais aussi se tenir au courant de ce que font les autres sportifs, les accompagner. C'est hyper intéressant, mais avec des contraintes qui pèsent énormément, des sollicitations supplémentaires. »
- Tony Parker a proposé ses services....
« Les gens du CNOSF aimeraient sans doute avoir une personne avec cette carrure, mondialement connue. Mais les sportifs ont aussi envie d'avoir un porte-drapeau avec l'esprit olympique, quelqu'un qui a déjà fait les Jeux. Et là, c'est un désavantage pour lui. Ce seront ses premiers Jeux, il sera toujours au village. Et sans critiquer Tony, il n'y a pas d'hôtel quatre ou cinq étoiles. Il faudra prendre le bus comme tout le monde, manger au réfectoire comme tout le monde, gérer les contraintes, les photos, parce qu'il est mondialement connu. Pourra-t-il assumer de vivre ce moment dans le village ? Être très proche des sportifs français tout en étant concentré sur l'ambition de faire une médaille ? Ce n'est pas évident. Je ne dis pas qu'il n'en est pas capable. Tu peux être prêt à le faire, mais à un moment, tu peux perdre le fil conducteur de ton objectif et de ta concentration. »
- Vous, pour qui penchez-vous ?
« Moi, je vois Laura Flessel. Ce seront ses cinquièmes Jeux olympiques, c'est rare, ça fait vingt ans... Elle a été médaillée (cinq, dont deux d'or) et après sa désillusion de 2008, ça pourrait être bien. C'est une femme, il y a longtemps qu'il n'y en a pas eu. L'escrime, ça ne dure qu'une semaine. Comme le judo. On peut dire aussi Teddy Riner, mais il est encore jeune et a, comme Nikola, la possibilité d'être porte-drapeau au Brésil. Il n'a jamais été champion olympique, ce serait plus facile de le laisser tranquille pour aller chercher ce titre à Londres. Mais franchement, je ne sais pas. Tout le monde donne son avis et le choix est hyper difficile.


























