Jackson Richardson : « Je fonctionne comme un oiseau migrateur » (2/2)
lundi 06.02.2012, 16:35 - PAR SANDRINE ARRESTIER
Le Réunionnais a marqué toute une génération d'amoureux du sport. - PHOTO JEAN-CHARLES BAYON
Jackson Richardson, « Jack » pour tous, avait pronostiqué une victoire dunkerquoise contre Chambéry mercredi, lors de la soirée des partenaires de l'USDK. Il ne croyait pas si bien dire. L'idole du hand a assisté à un désossage en règle le lendemain (30-18) et a pris le temps de se raconter.
- Jackson, expliquez-nous vos liens avec Dunkerque qui remontent à votre arrivée en métropole, en 1988.
« J'ai appris à connaître géographiquement Dunkerque avec Franck Deheunynck au bataillon de Joinville et avec Jean-Pierre Lepointe (alors entraîneur). Ensuite, je suis venu plusieurs fois avec l'OM-Vitrolles. De bons souvenirs car, pour moi, c'étaient les premiers clubs où il y avait vraiment de l'ambiance de la première à la soixantième minute, avec les fanfares qui transcendent le collectif. Quand on parlait de Dunkerque, on parlait d'abord de ça. On montait ici, on n'était pas sûrs d'en revenir avec une victoire même avec une équipe comme on avait à ce moment-là. Ensuite, j'ai passé un an avec Arnaud Calbry (ancien joueur devenu adjoint) à Pampelune, en Espagne. On partageait notre chambre. Je n'arrêtais pas de le taquiner sur son accent et sur les coutumes du Nord. J'ai plein d'attaches ici. Après, il y a "Papat" (Cazal) évidemment. »
- Réunionnais, comme vous, parrain de votre fils, quelle est votre relation avec le coach de l'USDK?
« C'est un ami, comme un petit frère. Si on a quelque chose à se dire, on n'ira pas par quatre chemins. On n'a même pas besoin de se parler pour se comprendre. C'est instinctif, et sans calculs. Les choses se passent avec facilité. On a aussi passé toutes ces années en équipe de France. Il sait comment je l'ai fait galérer quand il n'arrivait pas à trouver le sommeil... »
- Vous l'imaginiez entraîneur ?
« J'ai toujours observé son évolution. Avant qu'il ne devienne entraîneur numéro un à Dunkerque, j'ai eu la chance de de le voir manager une sélection de la Réunion sur des exhibitions, et là, j'ai senti qu'il avait cette âme, cette fibre pour devenir entraîneur. Il était à l'aise. Il n'y a pas meilleur moyen de transmettre son savoir que quand on a été sportif de haut niveau et surtout qu'on a évolué à l'étranger. L'étranger, ça apporte énormément car on apprend à s'adapter. Et on découvre une autre culture de jeu qui enrichit le savoir-faire. »
- Et vous, entraîneur, ça ne vous a jamais tenté ?
« Non. Je ne me suis jamais projeté en tant qu'entraîneur. Je n'avais pas envie de retrouver les mêmes automatismes que quand j'étais joueur. J'avais envie d'une certaine liberté, de pouvoir être à ma place partir sans hésitation à la Réunion quand j'en ai envie. Quand je vois toutes les démarches, les stages et autres, ça freine tout de suite mon choix. En plus, je n'ai pas forcément l'âme d'un entraîneur n°1. Si je devais vraiment jouer un rôle d'accompagnement d'une équipe, je serais peut-être le second. Ce n'est pas un manque de confiance. Un adjoint est quand même très important dans la transition entre l'entraîneur et les joueurs.
- Vous êtes pourtant devenu conseiller de Monaco en début de saison, quel est votre rôle ?
« Si je peux me rapprocher de la mer, je ne vais pas cracher dessus (rires) ! Monaco, c'est le premier club qui m'a sollicité et m'a donné l'opportunité d'accompagner un club. C'est un moyen, je ne m'en cache pas, de me projeter dans le retour dans le handball. »
- Ça vous manque ?
« Non, mais ça me fait envie parce que je pars du principe que j'ai un devoir : transmettre ce que j'ai eu. Et le fait de commencer en N3, la cinquième division, me facilite l'apprentissage du fonctionnement d'un club, du rôle d'un dirigeant même s'il Il y a une certaine pression, de vouloir monter.
- Vous gérez de l'immobilier à la Réunion, êtes consultant pour le groupe l'Equipe... Votre vie ressemble à quoi ?
« J'ai du mal à la suivre ma vie, parfois ! Je fonctionne comme un oiseau migrateur. C'est ce que j'ai toujours voulu pour l'après haut-niveau. Je me suis dit que j'organiserais plus mon emploi du temps pour moi. C'est un privilège, un luxe. Sans foutre les "glandes" aux gens, je vais aller à la Réunion bientôt mais je n'ai pas encore calculé la date (rires)... »
- Vous passez du temps à promouvoir le hand, comme à Dunkerque pour la soirée annuelle des partenaires, alors que vous ne jouez plus, pourquoi ?
« Ça fait partie de mes devoirs de faire la promotion de mon sport car c'est lui qui m'a permis d'être là aujourd'hui, d'avoir vécu toutes ces aventures humaines, de grandir. Je vais souvent dans les clubs parce que la reconnaissance de notre sport passe aussi par avoir un maximum de grands clubs en France, pas que Montpellier et Chambéry. »
- Vous rendez-vous compte que vous restez plus connu que certains internationaux encore en activité, peut-être même un Karabatic. Quand on demande un nom de handballeur, c'est souvent le vôtre qui revient.
« C'est mon côté Denzel Washington... Sérieusement, je crois que ça vient de la longévité. J'ai eu la chance de jouer avant que le handball français ne connaisse les médailles, de connaître aussi plusieurs générations. »


























