Sacré, hier soir, au terme d'un final à suspense, le décathlonien calaisien a offert à la région un premier titre de champion d'Europe. Une performance exceptionnelle, assortie d'un nouveau record personnel (8 453 pts), amplement méritée pour un garçon au grand coeur. Un homme en or, dans tous les sens du terme.
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À BARCELONE, PAR DAVID DELPORTE
sports@lavoixdunord.fr PHOTO AFP
La fête pour son trentième anniversaire, dimanche, s'annonce grandiose. Romain Barras n'a eu besoin de personne pour s'offrir le plus beau des cadeaux d'anniversaire : un titre de champion d'Europe ! Le premier d'un Français en décathlon depuis celui d'Alain Blondel en 1994. Et surtout la première médaille d'or européenne de l'histoire pour un athlète nordiste.
« Je ne sais pas quoi dire, c'est énorme. Champion d'Europe, ce n'est pas rien, s'exclama-t-il. C'est l'aboutissement de quelque chose. On ne sait pas ce qui se passera à l'avenir mais ça, on ne pourra plus jamais me l'enlever. » Deuxième performeur européen de la saison, deuxième du prestigieux meeting de Götzis, vainqueur de la Coupe d'Europe d'épreuves combinées avec un nouveau record personnel à 8 313 points, le Calaisien était arrivé à Barcelone avec un statut de candidat sérieux à la médaille. Il n'a pas déçu.
Proche de ses records personnels dans de nombreuses disciplines (disque, perche et javelot), il a finalement pris les commandes avant l'ultime épreuve : le 1 500 m avec cinq petits points d'avance sur le Néerlandais Sintnicolaas, champion d'Europe espoirs en titre.
Soit l'équivalent de moins de huit dixièmes d'écart sur 1 500 m. Une misère. La dernière course fut tactique mais Romain ne se laissa jamais piéger plaçant une attaque décisive, en deux temps, dans les trois cents derniers mètres. ému à l'arrivée, il fondit en larmes dans les bras de son père, lui aussi en train de pleurer de joie.
Cette médaille d'or sonne comme une consécration pour un athlète, qui partage depuis son plus jeune âge le goût des épreuves combinées avec son frère cadet Guillaume, médaillé de bronze aux championnats de France élite en 2006, sa soeur Diane, cinquième du grand rendez-vous national cet été et, bien sûr, son papa, Pascal qui fut son entraîneur jusqu'en 2002. Une famille qu'il revient voir dans le Nord dès que possible depuis qu'il s'est installé, il y a quelques années, au pôle France de Montpellier.
Un nouveau cap
Champion du monde universitaire en 2003, vainqueur des Jeux méditerranéens et de la francophonie en 2005, le Calaisien a toujours pris l'habitude dans les grands championnats d'effectuer de folles remontées. Après une première journée souvent en demi-teinte, il grignotait progressivement son retard pour quasiment toujours décrocher une place de finaliste à l'image des Jeux olympiques de Pékin où il est passé de la dix-septième à la cinquième place.
Septième aux Mondiaux d'Helsinki en 2005 et d'Osaka 2007, il était passé un peu à côté (12e) à ceux de Berlin l'an passé en raison d'une blessure, le Calaisien a souvent payé un manque de confiance assez étonnant pour un garçon sympathique, beau gosse et intelligent, qui a donc tout pour lui.
Son travail psychologique et, plus récemment, une attention encore plus minutieuse à son hygiène de vie lui ont permis de franchir un nouveau cap cette saison. Se définissant lui-même comme « un athlète plus besogneux que doué », le protégé de Jean-Yves Cochand touche ainsi la récompense de ses nombreuses années d'investissement. « Je me suis prouvé que je pouvais y arriver », se réjouissait-il. Mais cette médaille ne constitue qu'une étape sur le chemin qui le mène à Londres en 2012 pour des Jeux olympiques où il rêve de se hisser une fois encore au sommet.