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Les patineurs de l'ombre ne manquent pas d'ambition

jeudi 11.02.2010, 05:07 - La Voix des Sports

 Pascal Briand, Mathilde Renou, Alexis Contin et leur ancien entraîneur Colin Coates. Pascal Briand, Mathilde Renou, Alexis Contin et leur ancien entraîneur Colin Coates.

|  JEUX OLYMPIQUESDÉCOUVERTE |

Aux Jeux olympiques, qui débutent demain à Vancouver, il n'y a pas que les stars et les paillettes. Avec seulement quatre licenciés, le patinage de vitesse longue piste a du mal à exister en France. Des obstacles structurels freinent la progression de cette discipline pourtant olympique. Rencontre avec des patineurs français qui sont livrés à eux-mêmes le reste de l'année.

PAR JULIEN MOMONT

sports@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »

Alexis Contin, Pascal Briand, Tristan Loy et Mathilde Renou. Ils ne sont que quatre à représenter la France sur la scène mondiale du patinage de vitesse longue piste. À des années-lumière des armadas néerlandaise ou canadienne, la délégation française est dotée de moyens dérisoires.

Jusqu'aux JO, le staff se limitait ainsi à un entraîneur, l'Australien Colin Coates, même pas payé par la Fédération française des sports de glace. « On n'a pas d'encadrement, regrette Pascal Briand, 33 ans, professeur d'éducation physique quand il déchausse les patins. C'est nous qui payons l'entraîneur, avec notre salaire, notre boulot. On doit être le pays avec le plus petit budget. Je ne vois pas un patineur qui a moins que nous. » À Vancouver, c'est Tristan Loy, athlète blessé, qui fera office d'entraîneur...

La médaille, un exploit

Alors il faut bricoler, aller chercher de l'aide auprès des autres nations. Alexis Contin est mieux loti : professionnel, il s'entraîne avec l'équipe d'Italie et profite de son encadrement. Depuis la fermeture de l'anneau de Grenoble, construit à l'occasion des JO de 1968, il n'y a plus de patinoire adaptée à la longue piste dans l'Hexagone.

Les patineurs français sont donc contraints de s'exiler à l'étranger pour s'entraîner. Aux Pays-Bas par exemple, où le patinage de vitesse est un véritable sport national. Tous issus du roller, dans lequel ils se sont construit un palmarès solide (huit titres de champion du monde pour Briand), les patineurs français ne sont passés sur la glace qu'il y a quelques années.

La transition n'est d'ailleurs pas aisée, les deux disciplines ayant des exigences totalement différentes. « Le roller est plus dynamique, donc il faut se ralentir, analyse Briand. En longue piste, le geste est plus lent. Le roller est plus cardio, le patinage est plus musculaire. » Aux difficultés des débuts, accentuées par l'absence de l'expertise d'un entraîneur, succèdent aujour-d'hui des performances en cons-tante amélioration.

À 23 ans, Alexis Contin figure dans le top dix mondial du 5 000 mètres, et enchaîne les records de France. Il visera une médaille olympique samedi à Vancouver, où il défendra les couleurs tricolores avec Pascal Briand.

Une médaille qui serait un exploit, tant l'absence d'accompagnement de la Fédération se fait sentir. « Elle ne coopère pas beaucoup, et il n'y a pas d'argent, observe Colin Coates, qui a participé à huit olympiades pour l'Australie. Ce sont de bons patineurs, la Fédération devrait être plus derrière eux. » Un semblant de soutien semble néanmoins voir le jour. Les Jeux de Vancouver devraient ainsi marquer le point de départ d'un programme sur quatre ans pour développer la discipline, en vue des JO de 2014 à Sotchi (Russie).

« Il y a un potentiel de trente-six médailles, détaille Pascal Briand. À Turin en 2006, les Néerlandais ont gagné autant de médailles en longue piste que la France dans toutes les disciplines. Il faut que le ministère des Sports et la Fédération se rendent compte de ce potentiel. » Une prise de conscience d'autant plus nécessaire que les patineurs français doivent consentir un investissement financier considérable. « Il y a beaucoup de pays avec de gros programmes, et des patineurs moins bons que nous, constate amèrement Alexis Contin. Il va falloir un changement dans les quatre prochaines années, pour avoir plus de patineurs et nous aider à continuer. » •

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