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La Voix des Sports - 10/07/2006
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La plus belle avenue du monde a pleuré
La finale vue de Paris
 La fête tant attendue n’a finalement pas eu lieu. Les Bleus ont perdu la finale et la désolation sur les Champs-Élysées fait peine à voir. Paris. – Elles ne sont pas nombreuses, sur les Champs-Élysées, les guinguettes où l’on peut apporter ses baisers. La générosité qu’a chantée Pierre Perret, c’est pour ailleurs, dans les quartiers de Paris où l’on s’installe à la bonne franquette devant l’écran, où l’on crie en trinquant, et même si on n’a pas, dans ses poches, de quoi se payer ce qu’il faudrait de bières pour étancher une soif comme celle d’hier soir… Ici, sur les Champs, il vaut mieux être introduit, si on veut profiter des grands écrans et des verres en cristal qui vont avec. Au Monte-Cristo ou chez Ladurrée, on s’est fait une réputation depuis bien longtemps, mais pas à force de philanthropie. Sur les Champs, on suit le match quand on réussit à fixer quelques instants un bout de lucarne à travers une vitre.
Pendant toute la rencontre, ils étaient donc nombreux à traîner leur peine, leurs drapeaux, leurs maillots bleus, déjà bien contents quand ils réussissaient à s’agglutiner devant la façade d’un restaurant qui n’avait pas baissé ses rideaux. Finalement, ils étaient plus nombreux à écouter ce France-Italie à la radio ou sur leurs téléphones portables…

En 1998, on chantait I will survive…

Et ils ont attendu là, tout au bout du bout de leur patience, confiants en ce qui se passerait après, si par bonheur… Et elle a été longue, leur attente. Chaude, chargée, et même qu’on se demande encore à quoi elle a bien pu servir, l’interdiction prise par les autorités de vendre de l’alcool à emporter. Parce qu’au fil du temps, on les a vu arriver, les commentaires un peu plus agressifs, les gestes un peu moins assurés, les allures un peu plus débraillées, en même temps que les dizaines de gendarmes mobiles qui se tenaient jusque-là dans les rues adjacentes.
La prolongation, la séance des tirs au but, tout cela devenait tendu, et les familles ont compris qu’il était l’heure d’aller mettre les enfants au lit. Où était-elle, la France black-blanc-beur de 1998, hilare et partageuse ? Celle d’hier soir, sur les Champs-Élysées, avait l’invective au bord des lèvres, et ce n’est pas le geste de Zinedine Zidane qui l’a calmée.
Fin du match, la France a perdu, les restaurants se vident et l’avenue s’emplit, les pétards claquent, les hurlements répondent aux gestes d’énervement, et l’on n’est plus très tranquille. La plus belle avenue du monde, outrageusement maquillée, a un petit air vulgaire et le rimmel qui coule.
À la station de métro Franklin D. Roosevelt, deux jeunes filles viennent se réfugier auprès des cars de la gendarmerie, en pleurs. Elles ne veulent pas dire ce qui les fait pleurer, elles veulent juste rentrer chez elles.
Derrière elles, elles laissent une avenue où le verre claque, où des moteurs hurlent et où des types mal assurés ne savent pas très bien où ils vont. Ils ont oublié qu’il y a huit ans, ici même, on chantait I will survive
Éric DUSSART
Photos AFP

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