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La Voix des Sports - 20 mars 2006
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« Pour battre Brest, il faudra une détermination supérieure à la norme »
Sylvain Jore

 Sylvain Jore s’apprête à vivre son premier huitième de finale de Coupe de France. Dès demain, les Calaisiens seront au vert près de Boulogne-sur-Mer, pour ne pas manquer le rendez-vous de la semaine. CRUFC - Brest est programmé mercredi (20 h) au stade de la Libération et Sylvain Jore ne veut pas manquer le premier huitième de finale de Coupe de France de sa carrière. À 30 ans, l’entraîneur calaisien n’est qu’à l’aube d’une longue carrière d’éducateur, mais il apprend très vite… – Sylvain, dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques jours de ce huitième de finale ?
« Le groupe va bien. Il est animé de revanchards et on le voit, que ce soit en Coupe ou en championnat. Il y a toutefois un vrai paradoxe dans la préparation de ce match contre Brest. Autant, j’ai eu beaucoup de temps pour le préparer puisque l’on a connu le tirage au sort le 12 février, autant j’en ai très peu pour faire passer mon message aux joueurs. Il n’y a que quatre jours entre le match contre Dunkerque et celui de Brest. » – Comment allez-vous vous organiser jusque mercredi ?
« Je ne vais pas faire de longs discours. Après un entraînement dimanche matin (hier), on fera une autre séance lundi soir (ce soir). On va partir mardi après-midi pour une séance à Boulogne le soir. Mercredi matin, on fera un petit réveil musculaire et le match arrivera très vite. Je vais partir avec un groupe de 19 joueurs, dont trois gardiens. »

– Quel est le grand piège à éviter mercredi soir ?
« Il ne faut pas tomber dans le travers de croire que ça va être facile parce que l’on a éliminé Troyes. Un match ne ressemble jamais à un autre.
Troyes, c’est du passé. Sainte-Geneviève aussi. Au départ, il faut se dire que Brest est une équipe professionnelle et qu’elle est automatiquement supérieure à nous. Si on veut battre les Bretons, il faudra une détermination supérieure à la norme. »

– Vous n’avez pas l’intention de les regarder jouer tout de même… « C’est ce qui s’était passé la saison dernière contre Auxerre, où l’on avait été très admiratif dès le tirage au sort. On a retenu la leçon, mais on n’oublie pas non plus qu’au septième tour, on a failli passer à la trappe à Issy-les-Moulineaux. On perdait 2-0 à vingt minutes de la fin avant de se qualifier dans le temps réglementaire. Il faut simplement que l’on se concentre sur nous, sur notre jeu. »

– Qu’avez-vous retenu des matchs de Brest que vous avez supervisés ?
« C’est une équipe de Ligue 2 très difficile à bouger, qui laisse moins d’espaces qu’une équipe de Ligue 1. Sur ce que j’ai vu, elle a aussi manqué de réussite. C’est aussi une équipe très athlétique avec un ou deux éléments capables de faire la différence à tout moment. Je crois qu’il ne faut pas tenir compte de son classement car après ce 8e de finale, il n’y a plus que deux matchs avant le Stade de France, un lieu où tous les joueurs rêvent d’aller. » « Je pense qu’il faut tirer un coup de chapeau à la formation française. »

– Pensez-vous qu’on reverra un club amateur en finale un jour ?
« C’est possible, mais ce sera difficile. »

– Où étiez-vous lors de l’épopée de 2000 ?
« Le jour de la finale, j’étais dans les tribunes du Stade de France. Mais je garde aussi un souvenir particulier de la demi-finale contre Bordeaux. Avec Gérard Sergent, CTD, on encadrait notre sélection régionale féminine des 16 ans en coupe nationale à La Pommeraie. Avec nous, il y avait la sélection d’Aquitaine. On avait regardé le match tous ensemble et forcément, nous avions le sourire. »

– Pourquoi, selon vous, la Coupe de France réussit-elle si bien aux clubs amateurs ?
« Je crois que c’est tout simplement dû à la qualité de la formation en France. Le système est de plus en plus performant et en CFA, ou en National, on récupère des joueurs revanchards. Sur des événements comme cela, ça permet de rivaliser. Je pense qu’il faut donc tirer un coup de chapeau à la formation française. »

– Le CRUFC est-il dans ce cas de figure ?
« Bien sûr, on a un groupe de compétiteurs. Cette saison, on a la chance de récupérer deux anciens professionnels, Djezon Boutoille et Yohan Bouzin, qui ont un statut, une expérience et qui ont encore de l’envie. Il y a aussi Christophe Rollet qui sort du centre de formation d’Amiens, et Samuel Marque qui revient à Calais après une saison en National. Je pourrai tous les citer car il y a aussi les joueurs du cru. Tous possèdent une qualité technique et tactique. »

– Il y a aussi ce public qui vous pousse tout le temps… « C’est évident. La saison dernière, on a joué le maintien contre Châlons devant 3 000 personnes. Pour moi, Julien-Denis est un petit chaudron.
On a régulièrement 1 500 à 2 000 spectateurs. D’ailleurs, on aura un nouveau stade dans deux ou trois ans. C’est un projet pour l’avenir, tout en sachant qu’il y a encore beaucoup de travail à effectuer. »

– Sur les jeunes notamment ?
« Il y a vraiment un potentiel dans ce club. Il faut être patient et se construire une base solide avec nos structures de jeunes. Petit à petit, on avance. Cette saison, nos 14 ans sont en Nationaux, nos 18 ans ont été éliminés en seizièmes de finale de la Gambardella. Il faut aussi continuer à travailler avec les clubs alentours. En tant qu’éducateur, mon objectif est d’amener tout le monde au plus haut niveau possible. Et dans cette ville de 80  000 habitants, il y a un vivier extraordinaire. » « Contre Troyes, mes joueurs ont fait preuve d’une sérénité déconcertante. »

– Vous avez vraiment envie de vous investir dans la durée au CRUFC ?
« Je suis très attaché au club, mais je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. C’est un club très familial avec des gens dévoués, ce qui rend encore plus travailleur. En plus, en ce moment avec la Coupe, il y a une telle communion entre les dirigeants, les joueurs et le public, c’est extraordinaire. Je n’avais jamais connu une telle expérience. »

– Y a-t-il une image qui vous revient en tête sur votre parcours jusqu’ici ?
« Issy-les-Moulineaux reste un match très particulier. On est mené 2-0 et Fabrice Baron passe en attaque. Il marque le premier but, donne le second. Et puis, Diakhité part marquer le troisième. Je vois encore des dirigeants avec des larmes plein les yeux. »

– La qualification contre Troyes n’était pas aussi forte émotionnellement ?
« Si, si. Ce soir-là, il y a eu une communion énorme avec le public, mais ces deux matchs, même s’ils se ressemblent, sont d’un niveau différent.
Contre Troyes, mes joueurs ont fait preuve d’une sérénité déconcertante. On le voit sur la vidéo. Juste avant la prolongation, ça plaisantait, ça rigolait.
Je vois encore Fabrice Baron en train d’arroser le docteur avec une bouteille d’eau. Et puis, Jérôme Dutitre rentre et il marque. C’est tout un groupe qui va dans le même sens. »

Propos recueillis par Olivier FOSSEUX
Photo Jean-Pierre BRUNET
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