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La Voix des Sports - 10/04/2006
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« Je ne serai plus jamais l’entraîneur du CRUFC... »
Ladislas Lozano

Photo Jean-Pierre BRUNETLadislas LOZANO sera toujours associé à l’histoire de Calais en Coupe de France. Comment pourrait-il en être autrement pour celui qui a écrit la plus belle page du livre d’or du football amateur français en emmenant une « modeste » équipe amateur de quatrième niveau jusqu’à la finale de l’épreuve reine ?
Depuis ce fabuleux exploit, l’emblématique entraîneur a fait un bon bout de chemin. Parfois chaotique, mais avec cette certitude qu’il reviendra s’établir dans la région calaisienne.

– Vous vivez une deuxième expérience au Qatar, en quoi ce pays vous plaît-il ?
« J’y suis venu une première fois, il y a trois ans. J’ai permis au club d’Al-Khor de signer, dans l’élite nationale, sa meilleure performance des trente dernières années. Lorsque j’ai démissionné de Reims après avoir été touché dans mon honneur par une poignée d’excités, je n’ai pas hésité à retourner au Qatar. Cette fois pour m’occuper de l’équipe d’Al-Sailya.
Dans ce pays du Golfe arabique, j’ai trouvé à chaque fois un accueil chaleureux, ainsi que le calme et la sérénité. Je travaille dans un cadre de tolérance.
Ce qui n’est pas toujours le cas en France. »

– Le football qatari, malheureusement, passe pour être de faible niveau… « C’est dommage, car le niveau ne cesse de progresser depuis trois ans. Grâce, entre autres, aux joueurs et entraîneurs étrangers. Grâce aussi à la formation qui est devenue une priorité. À telle enseigne que de nombreux adolescents du Golfe persique et d’Afrique viennent ici, au sein d’une académie qui a été instituée il y a peu. Nombre de recruteurs européens viennent d’ailleurs maintenant au Qatar pour trouver la perle rare… »

– Certains, compte tenu de vos nombreuses pérégrinations, ont fait de vous un mercenaire du ballon rond… « C’est lamentable que l’on pense cela de moi ! Si je gagne très bien ma vie au Qatar, l’argent n’a jamais été le moteur de ma vie. D’ailleurs, c’est toujours moi qui suis parti de mon propre chef des différents clubs où j’ai entraîné. Je n’ai jamais été un procédurier susceptible de m’accrocher aux branches pour une poignée d’euros ou de dollars. Si j’ai beaucoup voyagé, c’est parce que je n’ai jamais supporté l’idée d’être inactif. Le travail pour moi est essentiel. »

– Comment votre avenir se profile-t-il ?
« Je pars de mon propre gré du Qatar pour revenir en France le mois prochain. Mon investissement de ces dernières années dans le football m’a beaucoup pénalisé sur le plan du stress. J’ai eu dernièrement un problème de santé et j’ai besoin de me reposer.
À mon retour en France, je resterai ouvert à toute proposition, mais je suis convaincu que ma fin de carrière arrive. Je ne vais pas porter un survêtement jusqu’à 65 ans. J’ai toujours cherché des choses nouvelles et sur ce plan, j’ai trouvé la plénitude. Je pense avoir fait pratiquement le tour de la question. Et comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas du style à m’accrocher… »

– Un retour à Calais ?
« À Ardres, plus exactement où j’ai fait bâtir une maison. Mais, il est probable que je reprenne dans un premier temps mon poste à la ville de Calais. Un poste que la ville m’a laissé en disponibilité, ce dont je la remercie. Ce qui est acquis, c’est que je ne serai plus jamais l’entraîneur du CRUFC. Personne ne le comprendrait, à commencer par moi-même. De toute façon, Sylvain Jore fait de l’excellent travail ! »

– Hormis Reims et Créteil pour une pige de quelques semaines, le football professionnel français ne vous a pas donné votre chance. Avez-vous du ressentiment ?
« C’est certain que je ne suis pas sorti indemne de la Coupe de France avec Calais en 2000 par rapport à mes propos sur le milieu professionnel.
Le retour de ce dernier m’a été forcément négatif. J’avais donc besoin de prendre du recul et de sortir de ce football français. D’où mon départ pour le Maroc.
Maintenant, au regard de ma carrière, j’ai quand même eu la chance de diriger des équipes françaises à pratiquement tous les niveaux. C’est vrai qu’il me manque une expérience en Ligue 1. Si l’occasion m’était offerte, j’en serais le plus heureux.
Il y a eu, au début, une certaine aigreur de ma part du fait que l’on ne m’a pas donné ma chance au sein de l’élite nationale. Désormais, je n’ai plus de ressentiment. C’est du passé. Depuis, j’ai pu me rendre compte de la dure réalité du haut niveau. Alors, aujourd’hui, c’est tout simplement un regret. Et puis, je n’ai peut-être pas les compétences ! »

– Vous aimez donc le football français ?
« Bien sûr et je suis même très fier, de par mes diplômes, de me sentir un pur produit du football français. Un élève, en quelque sorte, de Georges Boulogne qui a été l’initiateur de la formation qui régit à présent ce football français. J’ai pu constater, au travers de mes voyages, de l’aura qui entoure notre football. Un football très respecté pour ses résultats et la qualité de son enseignement. »

– On imagine que vous vous félicitez du parcours actuel du CRUFC en Coupe de France… « Évidemment, mais également du fait que le club calaisien a su rebondir après les déboires qui ont suivi l’exploit de 2000. Sylvain Jore, pour être de la région, a su, au contraire de Manu Abreu, s’imprégner des valeurs du club pour relancer la machine. À savoir, entre autres, s’entourer de joueurs du cru concernés par l’avenir calaisien. Le parcours du CRUFC est d’autant plus magnifique qu’il est toujours difficile de réécrire une belle histoire. »

– Le CRUFC est-il susceptible de rééditer l’épopée de 2000 ?
« Si je suis de tout coeur avec les Calaisiens, je suis convaincu qu’ils n’iront pas au Stade de France. Il y a eu une prise de conscience du football professionnel. L’atmosphère a changé au sein de ce dernier. Le monde pro n’entend plus revivre ce qu’il a vécu en 2000 à cause de Calais… Il prend, désormais, les amateurs très au sérieux. Surtout au stade des quarts de finale.
Ce qu’a fait Calais, il y a six ans, ne se reproduira pas avant plusieurs décennies. Je ne veux surtout pas être irrespectueux avec la formation de Sylvain Jore, mais il y a, à présent, trop d’intérêts en jeu pour que des amateurs arrivent au bout de leur rêve… »

Propos recueillis par Yves-Marie CHOPART
 Photos Jean-Pierre BRUNET

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