La Voix du Nord - 13/02/2007 |
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– Avez-vous savouré ce record ?
« J’ai un peu fêté ça hier (dimanche), on a bien fêté même, jusqu’à 4 heures du matin. Moi qui n’avais jamais bu d’alcool de ma vie, j’avais dit que j’en “prendrais une” si je gagnais le sixième ! C’était vraiment une bonne soirée, avec pas mal de pilotes, “Tim” ( Potisek), Yves (Deudon). »
– Parlez-nous de votre course, vous étiez derrière Tim Potisek… « Je ne sais pas pourquoi, mais cette fois, je savais. Je suis mal sorti. Les conditions étaient dantesques. Avec la pluie, le vent, on ne voyait pas grand-chose. Et puis j’ai été refroidi en voyant Jean-Claude (Moussé) passer par- dessus. Comme d’habitude, “Tim”a voulu attaquer du début à la fin. Moi je suis allé à mon rythme, je suis un peu diesel, mais plus le terrain se dégrade, mieux je suis. Je suis resté calme, j’ai attaqué au moment où il fallait. Je ne sais pas ce qui se serait passé si “Tim” n’avait pas abandonné, personne ne le sait. Il avait la pression du numéro un. C’était mon jour, le Bon Dieu était avec moi… »
– Avec une nuit de recul, comment appréciez-vous ce record ?
« Ça fait vraiment du bien ! C’est un gros soulagement, un gros poids qui s’en va de mes épaules. Je suis vraiment content. J’entre dans la légende du Touquet, ça me fait très plaisir. C’est un aboutissement. J’ai fait toute une carrière pour ce record, ça fait tellement longtemps que j’attendais ça. C’est un truc génial. Je crois que je ne réalise pas encore vraiment mais c’est le top ! Je ne vivais que pour ça, maintenant, une autre vie va commencer. »
– Comment l’imaginez-vous ?
« Je vais voir. J’ai un programme. Dans dix jours, je pars en Argentine pour une sorte de Touquet local. Ensuite, des vacances, puis la saison de motocross recommence rapidement. Ça risque d’être dur de s’y remettre… »
– Et le Dakar, ça vous tente ?
« Je n’ai aucune envie d’y aller à moto. J’ai été totalement refroidi par les décès qu’il y a eu notamment depuis deux ans, et celui d’Éric Aubijoux cette année. Ce n’est pas la peine. »
– Vous aviez dit que vous en finiriez avec Le Touquet une fois le record acquis... Alors ?
« Je ne sais pas. Là, j’ai juste envie de savourer, Peut-être que j’arrêterai sur cette sixième victoire, peut-être que je reviendrai l’an prochain, sans pression, rouler pour le plaisir. Je verrai à tête reposée, je dois en discuter avec Jean-Claude Olivier (patron de Yamaha Motor France qui l’engagea en 1992) et ma famille. »
– Comment vous est venue cette passion entêtante ?
« L’Enduro, je venais le voir gamin. À Dunkerque, c’est une tradition de rouler sur le sable. Quand on fait du motocross, c’est sur le sable. Les Potisek (Rudy, le père) et Lemeunier roulaient, j’ai commencé avec eux. Ça me faisait rêver. La première fois que j’ai participé, j’y ai pris goût. Ensuite, je suis entré chez Yamaha. C’est une course que j’adore. Elle a un peu changé mais ça reste Le Touquet. Cette année, le circuit était bien mieux, sympa, plus technique. »
– Quand avez vous commencé à penser au record ?
« Quand j’ai gagné trois fois en quatre ans (1995, 1996, 1998). Là “JCO” m’a dit : “Il faut en gagner six.” Ça a été long, mais c’était le but de ma carrière. »
– Avez-vous douté ?
« Cet hiver, j’ai eu un virus, genre mononucléose. Avant qu’on le découvre, je pensais "peut-être que je deviens vieux". Je mettais deux ou trois jours à me remettre d’une course. Quand tu ne gagnes pas les courses que tu gagnes d’habitude, c’est dur. J’ai eu de gros moments de doute mais une prise de sang il y a trois semaines m’a redonné un peu le goût. J’y croyais. Le Touquet, c’est le seul truc que je voulais dans ma carrière.
J’ai eu des hauts, des bas, de grosses déceptions, des joies, mais Yamaha et Jean-Claude Olivier m’ont toujours soutenu. Cet homme-là, c’est vraiment une personne géniale. Sans lui, je n’aurais jamais été là aujour- d’hui, il m’en a donné les moyens, Je pense aussi à mes mécaniciens, à ma famille. »
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– Qui voyez-vous comme relève ?
« “Tim” bien sûr, c’est un bon pilote, ça a été mon adversaire numéro un ces dernières années. De sa génération, il est un peu tout seul. Dimanche, il me disait : “Il faut que tu restes, tu me motives.” Si c’est trop facile, ce n’est pas pareil. On aime bien se battre, se donner à fond. Derrière, une bonne petite génération motivée arrive, quelques jeunes comme Axel Aletru (Seclinois de 17 ans, couvé par Yamaha) valent le coup. Je crois que je les ai fait rêver, je vais essayer de m’en occuper. Si je peux aider… Le motocross, c’est ma vie, j’aimerais y rester. »












