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La Voix des Sports - 04/02/2008
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Une édition aussi épique que dramatique
La course
Du nuage de sable touquettois est sorti hier un duel qui fera date entre deux pilotes qui ont galvanisé l’épreuve. La bataille que se livrèrent Arnaud Demeester et Timoteï Potisek fut à la hauteur des espérances. Le suspense a servi de fil rouge à une course d’anthologie, mais qui restera malheureusement aussi marquée par le très grave accident d’un jeune pilote en début de course.
L’Enduropale version 2008 avait démarré très calmement samedi soir. Les joyeux drilles faisant pétarader leurs machines n’étaient pas franchement majoritaires dans la rue Saint-Jean, l’artère historique de la cité des Quatre Saisons. Mais si les fêtards sont moins nombreux le samedi, la foule est néanmoins toujours aussi impressionnante lendemain lorsqu’il s’agit d’applaudir la plus grande course de motos du monde. Deux cent mille personnes s’étaient massés sur les digues du Touquet, Stella Plage et Merlimont pour encourager les mille pilotes. Ils n’ont pas été déçus.
Le dossard numéro 39, porté par Mickael Kavaliauskas, fut le premier à chauffer la piste. A plus de deux cents kilomètres heures sur sa Honda 900, le pilote, qui est aussi cascadeur à Disneyland Paris, vira en tête au premier virage, s’adjugeant ainsi le « holeshot ». Les cubes étaient lancés, la grande bagarre pouvait commencer.
Après deux tours de circuit, le bras de fer entre Arnaud Demeester et Timoteï Potisek se dessina sérieusement. Sur sa Honda, le second nommé sembla un moment prendre le dessus, confirmant ainsi sa domination lors de toutes les courses sur sable cette saison. Mais, rendu fébrile par un état grippal qui l’avait fait grimper jusqu’à presque 40 de fièvre pendant la nuit, Tim Potisek partit à la faute et un vol plané lui coûta plus de deux minutes de retard.
Arnaud Demeester n’en demandait pas tant pour s’envoler en tête. Sur sa Yamaha, il était en effet dans un grand jour, effaçant d’un coup d’accélérateur les doutes qui pesaient sur son potentiel à déjouer les plans du team Potisek. Sur un circuit plus exigeant que ces dernières années, nombreux furent les outsiders à ne pas assister à l’empoignade finale que se livrèrent les deux cadors des bacs à sable. L’avance de Demeester finit en effet par fondre face aux assauts répétés de son cadet.
Les spectateurs assistèrent, incrédules, à la remontée de Timoteï Potisek, qui profita que la course se prolonge au delà des trois heures pour grignoter encore son retard. A quelques hectomètres de la ligne d’arrivée, le jeune pilote officiel Honda repassa en tête. Les clameurs couvrirent alors presque les moteurs lorsque le speaker officiel annonça la nouvelle. Le scénario était idéal, et le clap final allait être digne d’un vrai film d’action. Se sentant battu, Arnaud Demeester sortit de sa botte l’arme fatale, un « blockpass » comme disent les motards. Dans l’un des derniers virages, à la sortie d’un tunnel, il fit l’intérieur à Potisek, tapa sa roue avant et le propulsa dans les cordes. Dur, mais réglo.
Lorsque « Sandman » a un couteau entre les dents, il est impossible à battre. Abasourdie et incrédule, la foule vit donc le pilote Yamaha foncer vers sa septième victoire. Peut-être la plus belle. Cette course avait décidément été incroyable, malheureusement, personne n’eut finalement coeur à savourer ce fol après-midi touquettois. Car pendant que la bataille faisait rage, Benjamin Schots, un jeune et brillant pilote de 20 ans, luttait contre la mort après une chute ultra violente en début de course. Cette triste nouvelle posa une chape de plomb sur une fête qui, dès lors, n’en était plus une.

Stéphane CARPENTIER


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