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La Voix des Sports - 11/09/2006
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Le plus beau coup de fusil de Philippe Gilbert
Grand Prix de Fourmies - La Voix du Nord

 Philippe Gilbert, l’ange à la cicatrice sur le front, mène le bal devant Palomares et Albasini. Il n’a que 24 ans et pourtant sa carte de visite s’étoffe chaque saison de succès prestigieux. Pour ce seul exercice, Philippe Gilbert a aligné le Het Volk en mars, une étape du Dauphiné-Libéré en juin, une autre au Tour du Benelux au prix d’un déboulé dans la terrible bosse de Saint-Nicolas.
Hier, il a donné un coup de massue aux équipes de sprinters, qui se voyaient déjà trop bien lancées, en décrochant la classique avesnoise.

Notre pays n’a pas de garçon de ce calibre. Mais on se réjouit à l’idée que ce Wallon de Remouchamps, au pied de la côte de La Redoute, l’un des fameux lieux stratégiques de Liège-Bastogne-Liège, ait choisi La Française des Jeux, avec laquelle il est encore lié jusqu’en 2008, pour exercer son métier. Ne lui parlez surtout pas des Flamands qui lui font évidemment les yeux doux. « Je m’en méfie », répond-t-il. Et comme il a trouvé une parfaite connexion d’esprit avec Marc Madiot, il n’éprouve pas le besoin d’aller voir ailleurs.

C’est en tout cas une perle rare. La manière dont il s’est débarrassé des Davitamon a une nouvelle fois enthousiasmé les suiveurs. « L’équipe ne comprenait que six éléments. J’ai donc dit à Martial Gayant, mon directeur sportif, que nous n’avions pas les moyens de contrôler la course et qu’il me fallait dès lors m’embarquer dans tous les mouvements. » Ça n’a pas tardé. Dans le coup de flingue initial fort de vingt-sept éléments, il était parmi les premiers à avoir dégainé. Puis, la réaction du peloton eut raison du commando laissant alors un billet de sortie à Petilleau ainsi qu’au Canadien Parisien. « McEwen voulait refaire le coup de l’an passé. J’ai laissé faire et il a été contraint de mettre ses troupes au boulot. Pendant ce temps-là, je buvais du petit lait. Et quand nous avons rejoint les attaquants, j’ai contré, ce qui a éclairci les rangs et j’en ai remis une couche un peu plus loin, histoire d’étouffer les derniers résistants. »

Cela paraît simple. Mais quand la moyenne horaire, après deux cent bornes, ressort à plus de 43 km/h, on se dit que ce vainqueur-là est non seulement le chouchou du président Mermilliod – qui avait pronostiqué son succès –, mais surtout une belle bête de combat, un peu marquée hier dans sa chair par une blessure au front qui lui a valu trois points de suture.

Figurez-vous que Gilbert est chasseur. Cette semaine, il en a profité pour s’exercer au tir au fusil. Mais il a pris un retour de culasse en plein front.
D’autres que lui auraient déclaré forfait. Mais c’est un dur à cuire sous une gueule d’ange, qui sait très bien qu’il a besoin de courir s’il veut garder sa forme pour le championnat du monde dans quinze jours à Salzbourg.
Il ne s’est pas dérobé. Pas plus qu’il ne le fera mercredi au Grand prix de Wallonnie et dimanche prochain à Isbergues. À chaque fois avec un moral au zénith.

Roger DEMEURE
Photos Patrick DELECROIX

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