La Voix du Nord - 17/08/2008 |
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Grand favori de l’épreuve, le Jamaïcain n’a pas tremblé. Du haut de ses vingt-deux ans, il a non seulement conquis son titre olympique, mais il a aussi et surtout pulvérisé son record du monde en cassant la barrière des 9’’70. Phénoménal !
À PÉKIN, PAR DAVID DELPORTE
sports@lavoixdunord.fr
PHOTO AFP
Le sprinteur nordiste Martial Mbandjock avait vu juste. Après son élimination en demi-finale du 100 m, l’ex-Lillois avait pronostiqué que la finale se gagnerait en moins de 9’’70. Pour un petit centième, le Jamaïcain Usain Bolt, révélation de la saison sur la distance reine, lui a donné raison, réalisant l’un des exploits les plus incroyables de l’histoire du sport.
Il a d’ailleurs presque fallu se pincer pour y croire. Incrédules les 90 000 témoins de ce 100 m de légende ont mis quelques minutes pour mesurer la portée de ce qu’ils venaient de vivre. Sur la piste, Usain Bolt, lui n’a pas mis longtemps à comprendre. Un coup d’oeil sur le chrono a suffi et le Jamaïcain, poursuivi par une nuée de photographes, s’est lancé dans une course folle pour aller saluer ses supporteurs placés dans la ligne droite opposée.
9’’69, soit trois centièmes de mieux que son précédent record du monde réalisé le 31 mai à New York. Un chrono d’autant plus stupéfiant que l’enfant de Trelawny a progressivement coupé son effort à vingt mètres de la ligne, pour prendre le temps de narguer ses adversaires, se frapper le torse et finir en roue libre. Le tout sans le moindre souffle de vent.
Imaginez donc ce qui aurait pu se passer avec un petit coup de pouce d’Éole, si ce sprinteur d’une autre planète n’avait pas relâché son effort. Nul doute que son temps serait allégrement descendu sous la barre des 9’’60. Hallucinant !
« Je suis tout simplement heureux, j’étais venu pour prouver que j’étais le meilleur du monde et c’est ce que j’ai fait, se réjouissait le héros du jour. Je n’en reviens pas, j’aurais même pu le courir en 9’’60. Mais cette fois le temps ne m’intéressait pas, j’étais seulement là pour gagner. »
Asafa Powell : encore raté !
Devant la démonstration de puissance et d’aisance du nouveau champion olympique, on en oublierait presque de citer les deux autres médaillés. Et pourtant, la composition du podium a là aussi de quoi surprendre. Le Trinidadien Richard Thompson (9’’89) et l’Américain Walter Dix (9’’91) sont les autres grands vainqueurs de cette finale qui a vu six de ses représentants finir sous les dix secondes.
Asafa Powell figure, bien évidemment, parmi les grands perdants du jour. Débarrassé dès les demi-finales de son bourreau d’Osaka, l’Américain Tyson Gay, sorti dès les demi-finales (5e de sa série en 10’’05), le Jamaïcain a, comme d’habitude, flanché dans la finale d’un grand championnat pour terminer à la cinquième place en 9’’95 : « J’étais très choqué de ne pas avoir de médailles, avoua-t-il. Je la voulais vraiment. Si j’avais été deuxième, j’aurais été très heureux. Je suis tout de même content pour Usain, il était imbattable. C’est vraiment le meilleur ! »
Reste simplement à espérer que dans les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochains mois, nos belles illusions ne soient pas brisées. Il y a vingt ans tout juste, Ben Johnson avait fait passer le 100 m dans une autre dimension aux Jeux olympiques de Séoul. Peu de temps après, le Canadien avait été convaincu de dopage. Il y a des jours, où l’on souhaite vraiment que l’histoire ne bégaie pas. En attendant, le petit prodige s’attaquera à un autre monument, en tentant de réaliser le doublé 100-200 m qu’avait réussi le roi Carl Lewis à Los Angeles en 1984. Et si le record du monde de Michael Johnson (19’’32) était en danger ?













