La Voix du Nord - 27/08/2008 |
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Adieu Pékin. Bonjour Londres. Le rideau est tombé dimanche soir sur les Jeux de la vingt-neuvième olympiade et tous les regards sont déjà tournés vers l’Angleterre qui accueillera l’édition 2012. La Chine a réussi son pari, elle a impressionné le monde et véhiculé une bonne image, mais cette réussite n’empêche pas certaines interrogations de subsister. A-t-on vu le vrai visage du pays ? Que restera-t-il des bonnes intentions manifestées durant ces JO ?
Native de Roubaix, étudiante en sciences politiques à Lille et passionnée par la Chine, Alice Ekman a multiplié les séjours là-bas avant de s’installer à Pékin, il y a un peu plus d’un an, dans le cadre de son doctorat basé sur l’évolution du ministère des Affaires étrangères chinois. La jeune femme est donc idéalement placée pour livrer une analyse pertinente de la situation.
« Je n’ai pas reconnu la ville »
« Les Jeux ont vraiment métamorphosé Pékin et les Chinois, assure-t-elle d’emblée. Je suis rentrée trois semaines à Lille au mois de juillet et quand je suis revenue, je n’ai pas reconnu la ville. C’est devenu beaucoup plus propre, la pollution a vraiment été contenue.
Mais surtout, la mentalité des gens a beaucoup évolué en quelques mois. Ils sont devenus plus polis, plus agréables. Pas seulement vis-à-vis des étrangers, mais aussi entre eux. » En discutant avec ses amis pékinois, Alice Ekman a pu constater à quel point l’accueil des Jeux a été vécu comme une chance : « Ils attendaient ça depuis tellement longtemps, poursuit-elle. Ils étaient fiers de voir que la Chine allait être l’attraction mondiale. Ils ont conscience d’avoir le potentiel pour être une grande puissance, mais ils souffrent de ne pas être bien considérés. » Si elle ne peut, bien évidemment, pas affirmer que tous ces progrès s’inscriront dans la durée, Alice Ekman est convaincue que l’héritage des Jeux sera positif : « Je ne pense pas que le processus qui a été entamé puisse s’arrêter comme ça, estime-t-elle. En matière de circulation, même si c’est loin d’être parfait, il y a un mieux indéniable. Les lignes de métro qui ont été construites vont permettre de gagner dix ans car le recours aux transports en commun dans Pékin était jusque-là très compliqué. En terme d’environnement, on va garder les poubelles publiques qui n’existaient pas il y a encore deux ou trois ans. »
Les trois « T »
Reste enfin l’aspect politique, et là encore la jeune femme a noté des signes encourageants : « Bien sûr, on ne vit pas dans une démocratie, ce n’est pas un scoop, mais nous ne sommes pas non plus dans une dictature totalitaire, relativise-t-elle. Le régime reste autoritaire et il y a des sujets sensibles comme les trois “T” : Tibet, Taïwan, Tian’anmen, qu’on ne peut pas aborder et dont on ne peut pas rire. Une émission comme “Les Guignols de l’info” est bien sûr impossible ici, mais depuis quelque temps la Chine évolue beaucoup et positivement. Il y a de plus en plus d’espaces de liberté. » Alice pense notamment à l’Internet : « Il y a effectivement un contrôle avec quarante mille fonctionnaires affectés à cette tâche, mais les Chinois ont facilement moyen de contourner la censure et ils peuvent accéder sans difficultés à des sites d’informations internationaux. On voit aussi de plus en plus de blogs apparaître. » La confiance est donc de mise. Rendez-vous est, d’ores et déjà, pris dans six mois pour confirmer ou infirmer ses convictions.













