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La Voix des Sports - 30/07/2007
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« Finalement, je suis un peu un Français moyen »
Guy Roux, entraîneur du RC Lens

PHOTO SAMI BELLOUMIEn termes d’impact sur l’opinion publique, de compétences techniques et de rayonnement personnel, il était sans doute, malgré son âge, le meilleur candidat à la succession de Francis Gillot. Guy Roux est arrivé à Lens avec son envie, sa passion et ses idées. Gros plan sur un jeune homme de… soixante-huit ans qui, évidemment, n’a rien perdu de sa verve.

 

– Guy Roux, votre adaptation à la vie artésienne, se passe-t-elle bien ?
« Absolument. Le président m’a trouvé une maison dans un village. Je ne vais pas vous dire lequel sinon ça va être la ruée ! C’est une maison qui me plaît car elle est campagnarde. Elle correspond à mes goûts. »

 

– On a le sentiment que Lens est un club qui était fait aussi pour vous ?
« Ça me va bien, oui. C’est très différent d’Auxerre. A l’AJA, je me posais les questions et je me donnais les réponses. Ici, il y a des gens qui font le travail depuis longtemps. Je communique avec eux et ils continuent de faire leur boulot, voilà. »

 

– Justement, n’avez-vous pas dû faire quelques sacrifices ?
« Non. C’était simplement une question d’adaptation. Au fond, c’était quand même plus à moi de m’adapter à Lens et aux cadres de l’entreprise, du moins dans la partie non technique, que l’inverse. C’était à moi de me fondre dans le moule. »

 

– L’adaptation s’est donc faite en douceur… « J’ai travaillé dans d’autres entreprises que l’AJA et je me suis toujours bien adapté. Par exemple, à TF1, où je suis resté vingt-quatre ans, j’avais adopté un mode de fonctionnement conforme aux habitudes de la maison. Je suis allé à Canal + qui a une autre culture. Et là encore, la deuxième semaine, j’étais dans le bain. Je sais donc jouer collectif ! »

 

– Vous avez dit que ce retour aux affaires n’était pas programmé… « C’est la vérité. Il y a eu diverses circonstances qui ont précipité les choses, notamment la volonté d’Auxerre d’échapper à mon image. Ça m’a été communiqué. Alors, je leur ai dit : “Vous allez vraiment y échapper !” »

 

– Cette attitude vous déçoit-elle ?
« Je suis capable d’encaisser ça sans problème. »

 

– Auxerre, c’est quand même votre vie ?
« Moi aussi, j’étais prisonnier d’Auxerre. Je me libère donc également de l’AJA ! A chaque fois que je quittais Bollaert après avoir commenté pour Canal +, je tremblais en écoutant les résultats des matchs. Je me disais : “Tu es prisonnier de ça pour la vie. Comment peux-tu t’en libérer ?” Eh bien voilà, je suis libéré. Enfin presque car, maintenant, je vais trembler pour deux équipes (rires) ! »

 

– Cette nouvelle vie est-elle grisante ?
« Oh oui car, à mon âge, il y a très peu de gens qui ont l’opportunité de vivre ça. A part le Général-de-Gaulle, quand il avait pris la France pour dix ans, le phénomène est rare. C’est excitant. Il n’y a rien de plus motivant que le combat de la compétition avec un club sur deux saisons !  »

 

– Avez-vous intégré la notion d’échec ?
« Je sais que je n’ai pas cinq ans pour investir. Il me faut faire vite et bien, si possible. »

 

– A ceux qui pensent qu’à soixante-huit ans, on a d’autres choses à faire que d’entraîner, que répondez-vous ?
« L’opinion publique s’est exprimée : 60 % des gens se sont prononcés pour mon retour, 40 % contre. C’est un bon score. Je connais des députés qui voudraient avoir ça ! Évidemment, ce serait complètement fou de ma part de prétendre que l’on doit continuer à travailler, comme en Allemagne, jusqu’à cet âge et qu’une généralisation est nécessaire. Il y a des créneaux d’activité où les ouvriers devraient arrêter avant l’âge requis. En revanche, pour les métiers de passion, comme le mien, pourquoi ne pas continuer ? »

 

– Est-ce que le climat de défiance qui a enveloppé votre retour vous a touché ?
« Non, parce que ce sont les mêmes qui avaient fait le putsch contre moi (à l’époque où Guy Roux vit son influence au sein de l’UNECATEF décroître) qui se sont réveillés. Il faudrait être président du “Soviet Suprême” ou de la Chine pour avoir 98 % des suffrages ! Dans ma vie, je n’ai eu l’unanimité nulle part. Même à Auxerre, quand je perdais trois matchs, j’avais une majorité contre moi. »

 

– Ressentez-vous une certaine forme de pression ?
« Une pression morale, oui, car j’aimerais bien que les gens qui me soutiennent soient payés en retour. J’aimerais leur faire plaisir. »

 

– Comment sentez-vous les choses ?
« Si on finit aussi bien notre campagne de recrutement qu’on l’a commencée, ça pourra aller. Maintenant, la question que je me pose concerne notre capacité à tout gérer. Est-ce qu’on est prêt pour quarante-cinq matchs ou plus ? Au-delà de ce seuil, ce sera difficile. A moins d’avoir un effectif comme Lyon. » – Y a-t-il une chose qui vous a plus marqué au Racing ?
« La Gaillette, où je n’avais jamais mis les pieds, m’a épaté. Son organisation est également impressionnante. C’est complètement différent de ce que j’ai connu auparavant. Rapidement, je me suis dit : “Il faut que je comprenne tout, et vite ! »

 

– Au niveau humain, avez-vous eu des surprises ?
« Non, car je connaissais la mentalité des gens du Nord. »

 

– Comment expliquez-vous que les gens soient à ce point sensibles à votre action future et à vous ?
« J’ai une histoire française : des grands-parents et des aïeuls paysans ; un père, officier. Du côté de ma mère, c’était paysan jusqu’au bout. Une paysannerie très dure qui, au début du siècle, connut la famine dès le mois de février. On me l’a raconté car moi, je n’ai pas eu faim.
On était à la campagne.
Il y a forcément quelque chose de commun avec les gens d’ici qui ont travaillé dur pour vivre. Il ont une telle histoire dans les mines ! Je suis inférieur à eux.
Au fond, je suis donc un peu un français moyen. Les gens ne me verront jamais en Porsche, ni en 4x4 de luxe. Et je n’aurai jamais de vitres teintées. Ils pourront ainsi toujours me faire signe. »

 

– Qu’avez-vous comme voiture ?
« J’ai une Peugeot 407, toute simple. »

 

– Les Citroën de la « pub », c’est fini ?
« J’ai été cinq ans avec Citroën. Maintenant, je suis avec Peugeot, le cousin !…. »

 

– Vous faites encore de la pub ?
« Pour l’instant, non, mais vous pouvez encore me voir avec l’eau Cristalline. Il s’agit d’un spot que j’ai tourné l’automne dernier et qui repasse en boucle. »

 

– Avez-vous des projets dans ce domaine ?
« Sauf changement de cap, je vais continuer à faire un peu de pub, le lundi après-midi. Ça me distrait. Et puis, ça améliore mon Livret A  ! On ne sait jamais si la pub qu’on réalise n’est pas la dernière de sa vie. Alors, je les tourne avec passion. C’est comme les matchs de Coupe d’Europe. Quand je suis allé à Moscou avec Auxerre, je savais que j’allais arrêter. Je me suis donc dit : ce sera mon dernier match européen. Et puis…  »

 

DIGEST :

– Guy Roux est né le 18 octobre 1938, à Colmar.

– Il fut pendant près de quarante-cinq ans l’entraîneur-manager de l’AJ Auxerre, club qu’il hissa d’abord en Ligue 2 (1974), puis en Ligue 1 (1980) après avoir participé à une finale de Coupe de France (1979).

– Avec Auxerre, il a remporté un titre de champion de France (1996) et quatre fois la Coupe de France (1994, 1996, 2003, 2005).

– Le 23 novembre 2001, il était opéré en urgence d’un double pontage coronarien, à Paris.

– Le 4 juin 2005, il annonçait sa retraite sportive.

– Le 5 juin 2007, il signe pour deux ans à Lens.

– Le 28 juin, la Ligue refuse l’homologation de son contrat en raison de son âge.

– Le 11 juillet, après un avis favorable du CNOSF, la Ligue lui accorde à titre dérogatoire l’autorisation d’entraîner à nouveau.

– A ce jour, Guy Roux a 890 matchs de L1 au compteur.

Propos recueillis par Pierre DIÉVAL


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