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La Voix des Sports - 27/08/2007
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Guy Roux, une démission en questions
RC Lens

 «Je fais du Guy Roux, je ne sais faire que ça». A Lens, rien n’a poussé. Pas de chance. Pour le lundi 10 septembre, notre rédaction préparait un dossier sur les 100 jours de Guy Roux à Lens. Le technicien n’a pas été jusque là. Son départ laisse néanmoins beaucoup de questions et peu de réponses. Officielles du moins.


Quel est le discours officiel ?
A l’unisson, Guy Roux et son président ont mis en avant des problèmes physiques. L’entraîneur n’avait plus la « grinta ». «  Sur certains match nuls, je me suis demandé si, dans un autre temps, je n’aurais pas transformé l’un ou l’autre en victoire, en transcendant l’équipe.
 » Trop vieux finalement l’ex-retraité qui avait bataillé pour obtenir l’homologation de son contrat, à 68 ans tassés ? Il réfute : «  Ce n’est pas un problème de santé, mais de médicaments. » Depuis son accident cardiaque (2001), l’entraîneur prend des bêtabloquants : « Ils bloquent le coeur, mais aussi les émotions. Je ne suis plus capable de colères. » Placés sur la liste des produits interdits du CIO (en tir à l’arc, des athlètes ont déjà été déclarés positifs aux bêtabloquants), ces médicaments limitent en effet les émotions, mais n’ont, par exemple, rien à voir avec des tranquillisants.


Les raisons cachées ?
Au-delà de la confession touchante et délicate à remettre en cause, d’autres scénarios s’esquissent. Les résultats sportifs d’abord, médiocres. Guy Roux évoque, avec insistance, deux défaites seulement en onze matchs, amicaux compris, mais la réalité est autre : 2 points pris, aucune victoire, un seul but marqué, et une sale 18e place en L1. Ses choix tactiques (entrée tardive de Carrière contre VAFC notamment) auraient été contestés en interne.
Surtout, le climat général de La Gaillette s’était dégradé. Le personnel administratif, les joueurs et les staffs ne digéraient pas toujours les attitudes autoritaires et hégémoniques de l’ex- « sorcier » bourguignon, pas habitué à partager les pouvoirs.


Quel climat à La Gaillette ?
Martel et Roux nient en choeur. « Des problèmes ?, s’offusque Roux. Mais demandez-leur, il n’y a aucun litige. Il y a eu un seul petit froid avec Onzeo (la télé du Racing). Et il y a eu une mise au point avec le corps médical parce que je voulais toujours les mêmes kinés avec l’équipe professionnelle. Le problème a duré une semaine, tout est réglé. Il n’y a aucune ombre. Nous avons dit la vérité. J’ai juste mis un peu d’ordre. » Une vérité idyllique et pour le moins arrangée. L’arrivée de Guy Roux a, certes, eu le mérite de susciter un engouement et de faire passer la pilule amère de la fin de saison précédente, mais les anecdotes sont nombreuses qui attestent d’un vrai malaise. Et pas seulement celle concernant le sparadrap qui masquait le logo de l’équipementier du Racing. A Lens, Guy Roux a fait du… Guy Roux. « Je ne sais faire que ça. » Cela fait parfois des dégâts. Exemples.
– Début de saison, Cyril Moine a préparé à la demande de Guy Roux une séance physique. Il place son matériel. Et attend… jusqu’à la fin de la séance  : le coach a changé ses plans.
– Ouverture du championnat, à Bordeaux. Guy Roux a annoncé la couleur et fait la chasse aux « intrus » dans l’avion du club. L’interdit vaut également pour Onzeo et pour l’environnement très proche du club. Le même jour, des fidèles, André Delelis, ancien maire de Lens de tous les déplacements du Racing, et Louis Plet, dévoué secrétaire général et mémoire du club, se voient en plus refuser l’accès au bus qui part au stade. Tous prendront un taxi.
– Mardi dernier, point-presse hebdomadaire. Guy Roux s’irrite des problèmes d’Hilton, que son psoas fait souffrir après les matchs. « A Auxerre, j’étais docteur aussi, pas ici. Il faut voir avec les médecins du club. » Des médecins trop nombreux à son goût… – La communication, c’est son dada. Il en use, en abuse, a toujours un bon mot en réserve. Les joueurs n’ont plus le droit de répondre aux journalistes au téléphone, ni même au point-presse les veilles ou avant-veilles de match. « Il n’ont rien à dire », tranche-t-il.
C’est lui aussi qui valide (ou refuse) les demandes d’interviews, auxquelles il assiste systématiquement lors des points-presse.


Et avec les joueurs ?
Un groupe sain qui vit très bien ? Il semble bien que le coach s’était déjà attiré les inimitiés des anciens (Carrière qui revendiquait du temps de jeu, « une babiole » que Roux aurait réglée de « deux claques » à Auxerr e, « où ce ne serait jamais sorti ») comme des plus jeunes. Plein d’espoirs à son arrivée, les jeunes rêvent aujourd’hui de partir pour, enfin jouer, à l’image d’un Martins Pereira, qui a signé à Ajaccio vendredi, ou d’un Khiter qui s’en était ouvert avec lucidité et courage avant le match aller à Berne. « On m’a dit qu’un entraîneur qui fait jouer les jeunes arrivait, qu’on comptait sur moi. Pour l’instant, ce n’est pas trop le cas. » Enfin, certains joueurs ont souvent été étonnés du contenu des séances, évoquant du bout des lèvres des exercices un peu dépassés. Mais Guy Roux aime faire travailler les fondamentaux, cela lui a souvent réussi par le passé.


Comment les joueurs l’ont-ils appris ?
Pas avant le match. A la mi-temps, le stade a bruissé de la nouvelle, via une info glissée par Roux à l’oreille de Canal +. Difficile de croire qu’elle n’ait pas fini par rebondir jusqu’au terrain… Officiellement, c’est le président Martel qui leur a annoncé dans le vestiaire après le match, avant que Roux ne vienne les saluer une dernière fois.


Comment Guy Roux a-t-il court-circuité la communication du club ?
Loin de l’unanimité de façade, Guy Roux a devancé les plans de communication. Éventant sa démission, puis présentant partout son successeur, il a occupé le terrain et mis en scène sa sortie.
Le RC Lens avait prévu de communiquer aujourd’hui. Guy Roux n’y a pas tenu. Orchestrant lui-même la « fuite » samedi soir, il est ensuite allé directement, à sa sortie du terrain, dans le studio de Canal + pour une interview « prioritaire », diffusée une demi-heure plus tard.
Au micro de son ex (et futur ?) employeur, comme à celui d’Europe 1, qui l’emploie toujours, il a livré le nom de Papin comme une certitude.
Hier matin, La Gaillette était un vrai cirque médiatique. Le technicien – qui avait ouvert un champ médiatique au Racing – a lui-même ouvert les portes du centre technique sensé rester étanche jusqu’à la conférence de presse de ce midi. Téléfoot, Europe 1, France 2, il a enchaîné les directs. Au point que le Racing a improvisé le midi une conférence de presse pour officialiser l’arrivée de Papin !


Que va-t-il faire ?
Il reprendra ses activités de consultant et ses conférences au profit de Mécénat Chirurgie Cardiaque. Hier, Guy Roux a rangé ses affaires dans la vaste demeure de Monchy-le-Preux. Il accueillera son successeur ce matin, sera à la conférence du midi puis partira dans l’après-midi ou la soirée vers la Bourgogne. « J’irai voir les matchs le dimanche dans mon village. » Sans caméras, ni micros ?

Sandrine ARRESTIER et Sébastien VARNIER
Photos Jean-Yves BONVARLET

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