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La Voix du Nord - 06/06/2007
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INTERVIEW
« Ces appels répétés m’ont réveillé, comme si c’était le démon de midi ! »
Midi, hier à La Gaillette. Une foule médiatique a investi les lieux. Guy Roux n’est pas loin. Après une visite des installations, il arrive dans l’amphithéâtre, juste derrière Gervais Martel. Le visage est grave mais la voix ne tremble pas. La force de l’habitude.

PAR PIERRE DIÉVAL
sports@lavoixdunord.fr

– Guy Roux, qu’est-ce que ça fait de débarquer dans un club qui n’est pas l’AJ Auxerre ?
« C’est la deuxième fois que je me présente dans un nouveau club. La première fois, c’était en 1961, j’étais gamin et, pour mes études, j’avais signé au FC Limoges.


Mais depuis que l’AJA a grandi, c’est une première. Je pense que les Auxerrois me comprendront. J’étais arrivé chez eux en 1952 en minimes. Je les quitte en 2007… »
– Ressentez-vous une certaine forme de stress ?
« Dans la vie, le premier amour, c’est l’amour maternel. Le deuxième, l’amour paternel. Alors oui, quand j’ai quitté mes fonctions d’entraîneur de l’AJA, il y a deux ans, j’ai eu un stress particulier. Mais je n’en ai pas été malade. Et, aujourd’hui, je me sens bien. »
– Comment s’est passé ce retour soudain sous les projecteurs ?
« Au début de la semaine dernière, il y a eu une espèce de tornade autour de mon téléphone portable. Trois clubs se sont rapprochés de moi (Lens, Bordeaux et Monaco). Deux projets étaient séduisants, sérieux et à dimension humaine. Ils émanaient de deux clubs où on ne change pas de président et d’entraîneur tous les six mois. Lens avait deux jours d’avance sur Bordeaux. J’ai été très tenté.
Et puis, je me suis souvenu que le jour de mes soixante ans, Auxerre jouait au stade Bollaert ; et qu’à cette occasion, il y avait des banderoles partout dans le stade pour me souhaiter un bon anniversaire. Les dirigeants m’avaient offert aussi une lampe de mineur que j’ai toujours sur ma cheminée. Cette soirée spéciale a sans doute beaucoup joué dans ma décision. »
– Quand avez-vous tranché ?
« J’ai donné ma réponse, hier après-midi (lundi), et ma réponse définitive ce matin (hier). J’ai mis un point d’honneur à ne rien révéler au cours de mon émission sur Europe 1, lundi soir. Sinon, vous m’auriez accusé de privilégier un média qui me paie. »
– À l’aube de cette nouvelle aventure que vous entamez à soixante-huit ans, quelle image du RC Lens prédomine chez vous ?
« Celle d’un club que j’aime depuis toujours pour son organisation, son public, son stade et son équipe de techniciens. À ce propos, je rends hommage à Francis Gillot avec lequel je dînerai vendredi. »
– Le terrain vous manquait-il ?
« Le terrain en tant que tel ne me manquait pas car, à Auxerre, je m’occupais de l’équipe des seize ans. Parallèlement, mes occupations dans la communication, avec Canal+ et Europe 1, me permettaient de garder le contact avec le haut niveau.
Ces appels répétés m’ont pourtant réveillé comme si c’était une sorte de démon de midi. Vous savez quand un homme ayant atteint la cinquantaine rencontre une jeune et belle fille !
J’avais arrêté parce que j’étais épuisé. Si j’ai décidé de revenir, c’est que j’ai maintenant une certaine expérience ayant fini, en 2005, le cinquante-neuvième match de la saison sur une victoire en Coupe de France ! Soyons clairs : la passion a pris le dessus sur tout, même s’il n’est pas simple de gérer soixante matchs par saison : la passion du professionnalisme, la passion du haut niveau, la passion de la compétition.
Gervais (Martel) m’a dit que Lens n’avait jamais gagné la Coupe de France, ni la Coupe de l’UEFA. Ce sont deux beaux objectifs ! »
– Vous n’ignorez pas cependant que le risque d’échec existe…
« Je prends un risque énorme pour mon image qui est “monoclub”. Mais je ne pense pas que je l’abîmerai bien que ça peut arriver à tout le monde de connaître l’échec.
Si, à Auxerre, je répétais sans cesse que nous visions d’abord le maintien, c’était pour la pérennité du club. Je ne vais pas changer à Lens. En premier lieu, nous jouerons la sécurité en atteignant le plus vite possible le cap des 44 points. Puis, nous essaierons de faire un bon final pour accrocher la meilleure place possible.
Je ne vais pas clamer que je viens ici pour la Ligue des champions. Ce serait une mauvaise approche. Annoncer cela avant même d’avoir travaillé, c’est malvenu. Comme je ressens un vrai amour pour le RC Lens, je ne voudrais pas non plus décevoir les gens qui m’entourent. »
– Dans la pratique, allez-vous bousculer des choses ?
« Je n’ai pas l’ambition de détruire un club possédant de belles et grandes fondations. Je rentre dans une famille unie et chaleureuse. Mon intention n’est pas, par exemple, d’imposer un staff. S’il faut apporter un complément, je le demanderai à la direction. Je veux m’intégrer dans cette famille et y être admis. De toute façon, je n’arrive pas sur des remous. Lens a été longtemps deuxième avant de fléchir. Ce scénario me rappelle celui du vélo. Disons que c’est une échappée qui s’est mal finie. De toute façon, il y a ici une tradition centenaire avec des centaines de gens qui se dévouent. Ce n’est pas rien. »
- Vous avez déjà repéré une forêt pour les footings que vous aimez ?
« Sachez que je suis un adepte de l’histoire. J’aime beaucoup la forêt de Vimy, c’est un endroit magnifique, je pourrais raconter les batailles qui y ont eu lieu. J’ai déjà demandé si on avait la possibilité d’y faire des footings. Si on me dit qu’il est possible d’y courir sans faire exploser quoi que ce soit, on ira ! ». •


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