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La Voix du Nord - 21/11/2006
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PROGRAMME
Jacky Munaron et le caillou d’un scénario complètement fou
 C’est avec plaisir que l’entraîneur des gardiens d’Anderlecht, Jacky Munaron, va retrouver Bollaert. Jacky Munaron, l’entraîneur des gardiens d’Anderlecht, connaît très bien le stade Bollaert où son club s’apprête à défier le LOSC. C’est là en effet qu’un soir d’automne 1983 il connut l’une des aventures les plus drôles de sa carrière de joueur. Enfin, pas si drôle que ça...

PAR PIERRE DIÉVAL

sports@lavoixdunord.fr
PHOTO STÉPHANE MORTAGNE


L’histoire a à peine vieilli, même si elle remonte à plus de vingt ans. D’ailleurs, son personnage central, Jacky Munaron, avoue avoir reçu, il n’y a pas si longtemps, un trophée insolite des mains de supporteurs ne manquant pas d’humour. Un caillou plus vrai que nature, aux formes bien anguleuses et aux arêtes sûrement aussi traîtres que celui qui croisa un jour sa route au stade Bollaert... souvenir d’un épisode plutôt cocasse et en tout cas inédit. « Les cyclistes héritent parfois d’un pavé de Paris - Roubaix. Moi, j’ai fait mieux que Museeuw. C’est un caillou que l’on m’a offert ! »

Et soudain...


Cette année-là, le Racing de Gérard Houllier poursuit sa « trilogie » belge en Coupe UEFA avec la réception d’Anderlecht, après avoir affronté La Gantoise (Gand) et l’Antwerp (Anvers). Erwin Vandenbergh a marqué très tôt et le Sporting se dirige, pense-t-on, vers la victoire. Il reste une poignée de minutes à jouer quand le Lensois Piette fomente une ultime attaque. Sans succès. L’Anderlechtois Kenneth Brylle, un attaquant danois replié, opte pour une passe en retrait à son gardien, Jacky Munaron. Classique.

Se produit alors l’impensable. De la frange belge du public jaillit un objet non identifié qui en tombant sur l’herbe lensoise, va soudain modifier la trajectoire du ballon. Déviée de sa course linéaire, celui-ci trompe complètement le pauvre gardien belge...

Vingt-trois ans plus tard, la séquence-gag produit toujours ses effets. « Dès qu’on a su que l’on irait affronter Lille à Lens, tous les journalistes m’ont dit : "Alors, on va pouvoir faire des papiers !" » confie Jacky Munaron. « On m’a raconté aussi que l’histoire figurait en bonne place dans un bouquin consacré aux Sang et Or, sous un titre révélateur : "Pierre qui roule...".


Personnellement, je me souviens surtout que malgré cette mauvaise histoire, Anderlecht s’était qualifié au match retour. L’issue m’avait soulagé. Vous imaginez le scénario inverse et ses conséquences... J’aurais eu honte. Mais ce fut juste. Nous n’avons gagné que 1-0 chez nous. Francky (Vercauteren) avait raté un penalty, on s’était procuré une tonne d’occasions mais Tempet, le gardien lensois, avait tout arrêté. Et puis, à 1-0, Gérard Houllier avait tenté le tout pour le tout. Quelles frayeurs !
Après bien des interrogations, on a fini par savoir qu’il s’agissait d’un morceau de béton ou un truc comme ça. Et le pire, c’est qu’il avait été lancé par un gars d’Anderlecht ! Aujourd’hui, ça ne se produirait pas avec toutes les mesures de sécurité prises dans les stades. Mais, à l’époque, c’était plus souple. Je me rappelle d’ailleurs que les CRS se trouvant dans mon dos avaient été bombardés avant cette action.


Je ne me serais jamais pardonné d’avoir encaissé un tel but si nous n’avions pas gagné plus tard, à Anderlecht. Je suis retourné trois fois à Lens depuis cette histoire. Une fois pour l’Euro 1984 puisque j’étais le remplaçant de Pfaff, puis à deux reprises en tant que technicien. Je n’ai rien retrouvé sur la pelouse ! »

Fléchette

Avec le recul, Munaron s’amuse volontiers de ce fâcheux contretemps. Son visage devient cependant plus grave à l’évocation d’un jet de fléchette (à Bruges) : « J’ai entendu quelque chose siffler à mes oreilles. Lorsque j’ai découvert ce que c’était, j’ai eu la peur de ma vie. Si je la prends dans l’oeil... » Un caillou intrus, une fléchette dévastatrice... La carrière de Jacky Munaron ne fut vraiment pas un long fleuve tranquille.

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