La Voix des Sports - 19/02/2007 |
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Michel Seydoux est le président du LOSC depuis janvier 2002. Il s’apprête à vivre, demain soir face à Manchester United, le match le plus incroyable de sa présidence.
– Deux mois après l’exploit à Milan, qu’est-ce qui a changé au LOSC ?
« J’espère rien ! J’aimerais que rien n’ait changé. C’est une vraie question, car je pense que ce qui a permis cet exploit, c’est un ensemble de petites choses, et il faut continuer comme ça, parce que la seule chose qui m’importe, c’est la régularité. Donc, qu’est-ce qui a changé ? La seule chose, peut-être, c’est la notoriété du club. »
– Demain, face à Manchester, le LOSC va disputer le match le plus prestigieux depuis votre arrivée. Êtes-vous impatient, excité ?
« Zen, je suis très zen. C’est la cerise sur le gâteau, c’est le plus beau match à disputer. Si possible, allons-y comme une grande fête, un grand moment pour les spectateurs et les supporteurs du club. Que les joueurs prennent le plus de plaisir possible, et que ce soit un moment mémorable, quel que soit le résultat. La pression n’est pas sur nous, elle est sur Manchester. »
– Votre présence en huitièmes de finale modifie-t-elle vos ambitions ?
« Nos ambitions étaient les huitièmes de finale de la Ligue des champions, elles avaient été clairement exprimées puisque pour la première fois on avait osé dire qu’on était dans un groupe accessible. Pour le LOSC, c’était une déclaration d’ambition énorme. »
– L’image du LOSC a-t-elle évolué en quelques mois ?
« Quand vous réussissez, oui… Milan, c’est le match parfait pour la notoriété. Parfait, parce que c’était un beau match de football, et parfait parce qu’il y a eu un suspense extraordinaire avec un autre résultat attendu à Bruxelles : vous avez autour de ce match l’émotion nécessaire pour que ce petit plus d’affectivité indispensable pour un club soit présent. En plus sur TF1, un petit plus est vu par 6 ou 7 millions de téléspectateurs, c’est bon pour le club. »
– Quelles sont les décisions fortes qui ont marqué les tournants de votre présidence jusque-là ?
« Je ne sais pas si ce sont des décisions ou des attitudes. J’aurais tendance, si je devais faire un mini-bilan, à évoquer la stabilité, un mot que j’ai employé dans toutes mes affaires. Mais dans le mot stabilité, il y a aussi complicité et compétence. Donner à tous les acteurs du LOSC, sur le terrain ou dans les bureaux, le maximum de compétences. Et puis, croire en la jeunesse.
Bon, l’histoire retiendra plus des choses, comme : “Pourquoi avoir gardé Claude Puel ?”, qui sont pour moi anecdotiques, puisque ma philosophie était de construire sur le long terme. En changeant constamment d’ouvriers, ça va moins vite. »
– Vous retournez-vous sur ce que vous avez déjà accompli ?
« Non, je regarde demain. L’autre jour, par exemple, je classais des images sur mon ordinateur, et j’ai aperçu une photo de Luchin avec des vaches. Je ne me souvenais même plus des vaches. J’étais surpris, les choses changent. Non, aujourd’hui, je suis impatient. Hier, par exemple, j’ai sali mes pompes dans une gadoue épouvantable pour aller visiter le chantier à Luchin, pour monter sur le toit du futur bâtiment de la formation. Et j’attends les bulldozers à la Borne de l’Espoir. »
– Vous évoquez les dossiers, peut-on faire un point sur celui du grand stade, dont l’appel d’offres a été clôturé récemment ?
« L’appel d’offres, ça va. Je suis très content des candidatures (Eiffage, Vinci et Bouygues), vous avez les trois plus grands groupes européens et quasiment mondiaux du BTP qui sont là, c’est bon signe, ça veut dire que le dossier plaît. Maintenant, j’espère qu’ils vont tous aller aussi vite que possible pour que ce grand stade existe en 2010 comme prévu. »
– Où en est la convention entre le LOSC et LMCU ?
« Pour moi, c’est réglé, maintenant ce ne sont que des questions techniques, de délais administratifs qui doivent être respectés. Mais pour LMCU et nous, c’est réglé, ce sera entériné le 31 mars au prochain conseil communautaire. »
– Le Stadium (1) ne sera finalement pas couvert, ce qui a provoqué une déception chez les supporteurs. Qu’en pensez-vous ?
« Je partage cette grosse déception. Il y a des choix politiques, car ce sont des choix politiques, le LOSC n’était pas associé. J’avais fait des propositions de couverture, moins sophistiquées que celles retenues par la Communauté urbaine. Je trouve ça dommage, car on va rester encore quelques saisons ici… Mais je ne compte pas en rester là, je prévois d’en discuter avec les responsables. »
– Pour revenir au sportif, est-ce une fierté de présenter un groupe aussi jeune avec autant de joueurs du cru en C1 ?
« Ce n’est pas une fierté au titre du club, c’est une fierté à titre régional. Je trouve formidable de pouvoir exploiter la jeunesse de notre région, et je trouve qu’il y a forcément un supplément d’âme quand un gamin est de la région et qu’il porte le maillot du club qu’il aime. »
– La C1 est-elle devenue vitale au LOSC ?
« La C1 est malheureusement devenue sportivement et financièrement importante pour le LOSC, le mot “vitale” est trop dangereux. Nous avons un manque de recettes lié à nos infrastructures qui ne nous permet pas d’être au niveau des recettes que nous devrions avoir naturellement. »
– Est-ce incontournable pour garder vos meilleurs joueurs ?
« C’est le projet sportif qui donne l’ambition du club, c’est ce qui fait tenir les choses. Si on était 18e au classement, je pense qu’on aurait du mal à retenir nos joueurs, même s’ils étaient sous contrat longue durée. »
– Lyon a, un jour, craqué pour un certain Sonny Anderson, ce qui a matérialisé sa progression. Est-ce imaginable à Lille ?
« Ce n’est pas dans l’esprit. Nous, les Sonny Anderson, on aimerait bien en avoir, parce que c’est vrai qu’il a été un accélérateur important au niveau lyonnais. Je pense que le Sonny Anderson lillois de demain est dans notre école, en train d’apprendre. C’est ce qu’on souhaite, ce serait encore plus fort. »
– Si vos joueurs se qualifient contre Manchester, que faites-vous ?
« Eh ben, on sera en finale contre Lyon à Athènes (rires). Non, c’est une boutade… Si on bat Manchester, ça peut être l’histoire de Porto (2), on peut toujours rêver. Je reste les pieds sur terre, je pense que Manchester est largement favori. Maintenant, si cela arrive, ce sera un soir de mars au fin fond de l’Angleterre, il fera froid. Je ne sais pas ce qui se passera, l’émotion m’envahira sûrement, mais je n’ai pas de boule de cristal, je ne sais pas sous quelle forme. »
– Le mercato de cet été vous inquiète-t-il ?
« Les premiers mercatos, je “trouillais” un peu… Franchement, il y avait des expérimentés en face de moi, qui avaient des circuits dont je ne disposais pas. Mais j’ai appris, et on a été très prudents. Le club a montré sa fermeté, mais aussi son ouverture d’esprit. Donc, on ne les redoute presque plus. »
– La question de l’avenir de Claude Puel se reposera-t-elle en fin de saison ?
« C’est une question que je ne me pose pas. »
(1) La Communauté urbaine s’était engagée à couvrir les tribunes nord et sud du Stadium en attendant la livraison du grand stade.
(2) Le club portugais, alors entraîné par José Mourinho, avait surpris en remportant l’épreuve face à Monaco en 2004.












