La Voix du Nord - 7 février 2006 |
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Lesquin joue le haut du tableau
Proche de l’aéroport, mais aussi du centre régional de transport et de l’autoroute A1, le site défendu par la chambre de commerce et d’industrie affiche clairement l’ambition d’accueillir une vitrine de prestige pour la métropole.
Le projet global. Il s’articule autour d’un stade ultramoderne, couvert, d’une capacité de 50 000 places utiles. Pour le desservir, un parking de 12 000 emplacements est prévu, mais aussi une gare TER pour relier Lille-Flandres. Côté développement économique, quelque 65 000 m² de surfaces commerciales, dédiés exclusivement au sport et à l’équipement de la maison, sont programmés dans la première phase. Mais ce n’est pas tout : une cité artisanale de l’habitat et surtout un parc des expositions, lié à Lille Grand Palais, complètent le dispositif.
Le terrain. Pour l’instant, c’est une terre agricole, balayée par les vents, comme son nom (« le Pic au Vent ») l’indique. Plus sérieusement, les parcelles convoitées sont classées au Plan local d’urbanisme (PLU) métropolitain en ZUD. Autrement dit en zone « à urbanisation différée ».
Lors de son audition par la commission, Bruno Bonduelle a exprimé la volonté de la CCI de se porter acquéreur de 50 hectares, dans un délai de 24 mois. Une fois classés en ZAC (zone d’aménagement concerté), ils seront concédés aux différents exploitants sous forme de bail emphytéotique de 49 ans, moyennant un loyer symbolique. À terme, les terrains reviendraient dans le giron de la CCI.
Le financement du stade : place au privé. D’abord le prix de l’équipement : 157 ME. Le plan proposé par la CCI prévoit un financement exclusivement privé pour la construction et l’exploitation du stade, selon le modèle « ArénA ». Un consortium, réunissant le LOSC, la CCI, les investisseurs et les promoteurs de la zone, sera chargé de réunir les fonds.
Suivant un montage qui a déjà fait ses preuves ailleurs, à Amsterdam notamment, les ressources attendues proviendront des droits d’appellation du stade (16 ME), de l’engagement des membres fondateurs (10 ME), de la vente des surfaces commerciales et économiques (63 ME), des loges et des sièges de prestige (33,5 ME), sans oublier la participation du club résidant (8 ME). Le solde, soit 30 ME, sera couvert par un emprunt à 5 % sur 30 ans, remboursable dans le cadre du fonctionnement annuel du consortium.
L’investissement public. Vu par la CCI, le partenariat public privé (PPP) se résume à une formule attractive : « Un euro d’argent public génère 10 E d’investissements privés. » Voire, car les compteurs pourraient très vite s’affoler pour les collectivités et institutions concernées.
La communauté urbaine est censée, dans le cadre du PPP, assumer le financement de la viabilisation primaire de la zone et celui des différents accès, dimensionnés en fonction des ouvrages. Impossible pour l’heure de chiffrer une telle dépense. Il faut par ailleurs prendre en compte le coût des fouilles archéologiques.
La chambre de commerce, de son côté, payera la viabilisation secondaire et surtout les parkings.
Le conseil régional, lui, est sollicité pour construire une gare TER, à moins de deux cents mètres du stade. Un tel outil semble incontournable si l’on veut offrir une alternative crédible à la voiture. Problème : aucune étude formelle d’avant-projet n’existe et, a fortiori , aucun coût n’est avancé.
Les incertitudes. Pas la peine de tourner autour du pot : le bel édifice imaginé par la CCI est largement soumis à la volonté politique. Celle de la communauté urbaine, d’abord, qui choisira le site en fonction de nombreux critères, parmi lesquels le niveau d’engagement des finances publiques. Sur le papier, il semble équilibré avec le privé. Mais que se passerait-il, par exemple, si le conseil régional, déjà fort sollicité avec le Louvre à Lens (117 ME au total), reportait sine die la
construction d’une gare à l’aéroport de Lesquin ? Il faudrait alors envisager le prolongement d’une ligne de métro, chiffré aux alentours de 300 M E. Une hypothèse pour l’heure exclue.
Toutefois, une alternative existe : l’utilisation intensive de l’actuelle gare de Lesquin, renforcée par un système de navettes jusqu’au stade, ou bien la modification du tracé de la nouvelle ligne de bus à haut niveau de service Comines-Lille-Ronchin. Voire les deux ensemble.
L’interrogation. Elle est essentielle : le monde économique répondra-t-il aux attentes de la CCI et surtout dans quelles proportions ? De la hauteur de l’engagement dépend sans aucun doute la réussite du challenge...
Bilan. Baptisé « Euralille-Lesquin », le projet de la CCI ne se cache pas derrière son petit doigt : 500 ME d’investissements, 1 200 emplois créés, des gestes architecturaux majeurs dans un site de 50 hectares qualifié de « vitrine de prestige», un aéroport à 2, voire 3 millions de passagers. Le tout pour la seule première tranche, prévue à l’horizon 2011. Une aussi grande ambition a tout pour séduire ou… effrayer. Question de tempérament.















