L'actualité sportive :
du :
 
La Voix du Nord - 8 février 2006
Imprimer l'article
Lille-Sud est-il déjà condamné ?
Ambitieux projet politique que de construire le Grand Stade dans un quartier, séparé de Lille depuis cinquante ans par le périphérique. Mais le site n’est pas la priorité de la commission « Demessine ». Explications.
par Emmanuel CRAPET (texte) et Philippe PAUCHET (photo) -  L'horizon de la rue de Marquillies à Lille-Sud est aujourd’hui barré par les grues qui sont chargées de faire sortir de terre l’hôtel de police. À côté, la halle de glisse cherche son rythme de croisière.  Plus loin, le long de la voie ferrée, un terrain en friche.  L’un des trois sites retenus pour accueillir le Grand Stade.

Le terrain. –  Il appartient pour le moment à RFF (Réseau ferré de France).  Mais des discussions sont en cours pour qu’il soit revendu à Lille Métropole communauté urbaine, dans le cadre du Grand projet de rénovation urbaine (GPRU).

Le Stade. –  Ici, l’espace disponible n’est assurément pas comparable avec ceux de Lesquin ou de la Borne de lespoir.  Si le site de Lille-Sud est retenu, c’est pour y construire un stade de 30 000 places.  Une enceinte plus grande engendrerait des coûts faramineux, puisqu’il faudrait couvrir une grande partie du périphérique et de la voie ferrée.

Le financement. –  Même s  ’il reste, après construction du stade, un peu plus de 4 ha pour développer de l’activité économique, on voit mal le privé prendre à sa charge 100 % du financement.  On se dirige davantage, comme c’est le cas à Nice (livraison d’un nouveau stade en 2007), vers une délégation de service public.  La collectivité avancerait 25 MF ; les 75 restants seraient apportés par un groupement d’entreprises du BTP et des banques (coût total : une centaine de millions d’euros).

L’orientation. –  Elle a longtemps posé problème aux défenseurs du projet.  Un stade, pour être homologué, a besoin d’être orienté nord/sud.  Pas facile de lui trouver de la place entre la rue de Marquillies et le périphérique ?  Jacques Richir (UDF) affirme qu’avec une capacité de 30 000 places, le stade trouve sa place et respecte l’orientation.

Les avantages. –  Le site offre une position centrale au sein de la métropole.  L’endroit, bien desservi par les transports en commun, est par ailleurs coeur d’un vaste projet de requalification urbaine (400 ME injectés), qu’un stade de football viendrait compléter.  La construction d’un parking sur le boulevard de Strasbourg pourrait, en partie, régler les problèmes de stationnement.
Enfin, si le stade n’est pas entouré d’une grande zone économique (comme le prévoient les sites de Lezennes et de Lesquin), il ne déstabilise pas le tissu commercial de la métropole.

Les inconvénients. –  L’accès en voiture à Lille-Sud n’est pas toujours simple.  Difficile d’imaginer qu’il le soit davantage les jours de match.  La commission Grand Stade a, par ailleurs, indiqué sur son rapport des problèmes de pollution à prendre en considération.
Comme il faudra surveiller de près les catiches, très importantes dans le sous-sol à cet endroit de la métropole (ce problème n’est visiblement pas insurmontable puisque se construit l’hôtel de police à quelques encablures).

Les riverains. –  Imagine  -t-on le voisinage avec un stade de football comme avec celui d’une halle de glisse ou d’un hôtel de police ? À Lille-Sud, les avis sont partagés.
« Je ne suis pas du tout d’accord pour qu’on construise le stade en face de chez moi, tempête Fabienne, qui habite rue de Marquillies depuis une quinzaine d’années.   Ils avaient prévu de réaliser une petite zone d’activités, qui engendrerait moins de nuisances.  Pour le stade, il y a d’autres endroits, où il n’y a pas de voisinage.  »

Du côté des commerçants, on ouvre davantage les bras à la construction du stade dans le quartier.  Gino tient le café de la rue de Marquillies depuis cinq ans : «  Je suis pour le stade à Lille-Sud, si on nous assure qu’il n’y aura pas de problèmes de sécurité.  » Au comptoir, les discussions tournent souvent autour du ballon rond. «  Il y a beaucoup de jeunes qui s’intéressent au foot dans le quartier.  Mais il y a aussi pas mal d’entreprises autour qui s’inquiètent déjà à savoir comment elles vont travailler les soirs de match.  »

À ses yeux, le stade peut quand même être «  une chance  » pour Lille-Sud. « Surtout si quelques personnes du quartier arrivent à trouver du travail grâce à ça.  »
Pour Mickaël, un stade de foot ne répond pas du tout à la problématique du quartier. « On nous a déjà mis la halle de glisse.  Y a-t-il des jeunes de Lille-Sud qui vont y faire du skate ?  Je n’en connais pas du tout.  Si on construit le stade à côté, vous pensez vraiment que les gens d’ici auront les moyens d’aller aux matches ?   »

L’incertitude. –  Lille-Sud sera-t-il encore présent dans la  short list  au moment où la commission Grand Stade aura à se prononcer sur le choix d’un site (17 mars) ?  Par deux fois déjà Michelle Demessine a essayé de le ranger dans la boîte à oubli.  Il ne doit son salut qu’à quelques rares défenseurs.
Si le choix de la commission se porte sur un très grand stade (50 000 places), Lille-Sud ne tient pas la route.  Si elle opte pour un stade de 30 000, il a en revanche toutes ses chances.
Nos autres sites :