La Voix du Nord - 08/03/2008 |
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Ce soir, à Nungesser, Claude Puel dirigera son trois centième match en L1. Une barre symbolique pour le doyen des techniciens français en poste.
Depuis qu’il a rangé les crampons et choisi le costume cintré, le rituel est le même. Une heure et demie avant la rencontre, Claude Puel va descendre du bus de son équipe, une feuille de « paperboard » sous le bras et la tête aux derniers mots qu’il soufflera aux oreilles de son groupe, dans l’intimité du vestiaire. Un lieu dont il protège chèrement l’étanchéité.
À 46 ans, le Castrais a largement eu le temps de peaufiner sa méthode entre Monaco (83 matchs) et Lille (217 ce soir). Homme à principes, perfectionniste, il intrigue autant qu’il peut agacer, mais il s’en fiche. « Écrivez ce que vous voulez, pensez ce que vous voulez, mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit », lance-t-il souvent. Rompu au fonctionnement du sport pro, il a choisi ses combats et intégré les aléas du système.
Viscéralement compétiteur, il ne vise rien d’autre que la réussite. Et la difficulté ne l’effraie pas, elle le titille.
Carte blanche
Son credo ? Le groupe, le groupe et encore le groupe. Il a érigé une frontière virtuelle à ne pas dépasser, de l’intérieur comme de l’extérieur. Les jeunes Fauvergue et Mirallas l’ont franchie cette semaine, mais ont été rapidement repris par la patrouille. On lave son linge sale en famille dans le clan Puel.
Expansif en privé, survolté au bord d’un terrain, le technicien se montre d’un calme absolu face aux médias. Il cultive également une distance nécessaire avec ses joueurs, ne nourrissant aucune disparité au sein de son effectif. Ainsi, ses capitaines successifs, à Lille, ont tous décrit la même chose : une relation de respect mais pas de dialogue privilégié. Son staff, lui, a été trié sur le volet, sur deux critères principaux : efficacité et discrétion. Il est d’ailleurs le seul à s’exprimer sur le sportif, le seul dans la lumière. C’est la méthode Puel.
À Lille, depuis l’été 2002, il a trouvé le terreau nécessaire à ses ambitions et un président qui lui abandonne les choix concernant le domaine sportif. Son influence s’étend même au-delà, puisqu’il prend part aux conseils d’administration et aux grandes décisions qui jalonnent la vie du club (centre d’entraînement, de formation, stade). Une omniprésence (omnipotence ?) qui fait de lui un maillon vital de la chaîne. Quand les résultats flanchent, comme cette saison, la question de son maintien ne se pose même pas. Elle s’efface naturellement.
Sa longévité n’étonne plus. « Tant que j’aurai l’impression de ne pas être allé au bout ici, je ne partirai pas », martèle-t-il sans cesse. Sa fidélité use les plus costauds. Seuls Tafforeau et Malicki jouissent d’une ancienneté supérieure à la sienne. Son exigence décourage ceux qui ne veulent pas s’y frotter.
Un secret ? Son âme de joueur, demeurée intacte. S’il le pouvait, Claude Puel se titulariserait certainement, ce soir, à Nungesser. Mais pour la trois centième fois consécutive, il rongera son frein. Prêt à exploser.














