La Voix du Nord - 21/02/2008 |
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On ne s’émeut plus et on agit vite !
FOOTBALL Le choc suscité par l’affaire Ouaddou peut-il vraiment faire évoluer la lutte contre le racisme dans les stades français ?
Abdeslam Ouaddou a maintenu sa version. Francis Decourrière envisage « un acte fort » en demandant à rejouer le match dans le cadre de la L1 devant un public « d’enfants et d’éducateurs ». Pour les deux hommes, c’est la nécessité de lutter efficacement contre le racisme qui doit émerger.
PHOTO BRUNO FAVA
Et la voix d’Antoine Kombouaré a dominé le brouhaha des médias réunis dans une salle VIP de Nungesser : « Vous êtes venus pour qu’on en finisse une bonne fois avec cette affaire. Posez toutes vos questions et laissez-nous préparer notre match contre Le Mans. Ensuite, ce ne sera plus la peine d’appeler Abdeslam. Je lui ai interdit de revenir sur le sujet. » Sous-entendu : il est temps que le défenseur marocain se replonge complètement dans son rôle de footballeur professionnel.
À partir d’aujourd’hui, on pourra donc mesurer si les réactions qui se sont multipliées après les événements de samedi soir – amplifiées par la visite d’un secrétaire d’État – resteront dans l’instantané, l’émotionnel, ou s’il va enfin se dégager une réelle volonté d’expulser le racisme hors des enceintes sportives comme l’a appelé Francis Decourrière en replaçant son Grenelle du football dans le débat.
Hier, on se maintenait encore dans la perception de l’événementiel : deux chaînes de télévision avec véhicules relais, deux envoyés spéciaux d’une chaîne marocaine, autant de photographes et de cameramen le long du terrain d’entraînement qu’un soir de match !
Pendant que la Lorraine découvrait le témoignage de l’individu interpellé dans la tribune de Saint-Symphorien (lire par ailleurs), Ouaddou est revenu sur le match. En maintenant sa version des faits, en tempérant les jugements sur l’arbitre Damien Ledentu (« il ne faut pas en faire une cible »), en s’excusant à plusieurs reprises « auprès des enfants ».
Le défenseur marocain, qui a reçu de nombreux soutiens venus de Valenciennes ou d’ailleurs (plusieurs villes veulent en faire un citoyen d’honneur et le président de l’UEFA Michel Platini a joint la direction valenciennoise) semble maintenant pressé de passer à autre chose : « Je ne voulais pas que ça prenne autant d’ampleur, répète-t-il. Je souhaite oublier et tourner la page. Le plus important est de pouvoir exercer mon métier ».
On perçoit l’évidente volonté de ne pas se sentir dépassé par l’agitation. Mais ce qu’il y a de bien avec Ouaddou, homme aux qualités humaines et intellectuelles vantées par tous ceux qui l’ont approché, c’est qu’il n’occulte pas toutes les vraies questions, fussent-elles de société : « J’espère qu’on fera désormais attention à ce genre de comportement. C’est le travail des éducateurs, des dirigeants, des supporteurs et surtout des parents. Les miens étaient venus assister à une fête. Ils sont repartis en pleurant. J’ai joué en Angleterre : là-bas, les spectateurs qui ont ce type de comportement sont expulsés du stade. On a un vrai problème de prévention. Pas seulement en France. »
Prise de conscience ?
En ce sens, le discours rejoint celui de son président qui s’étonne des écarts dans les sanctions (interdiction de stade à vie en Grande-Bretagne contre trois mois dans notre pays), ressuscite leur extension à l’échelle européenne (« un hooligan d’Anderlecht ou de Mons peut facilement traverser la frontière pour semer la perturbation chez nous ») ou évoque des caméras (ce qui est déjà le cas dans la majorité des stades) et même des enregistrements phoniques dans les tribunes.
« On ne peut pas se donner bonne conscience en retirant deux ou trois points à Metz – ce qui ne changera pas grand-chose à sa situation – et en suspendant la pelouse pendant une ou deux rencontres, poursuit Decourrière. Je veux quelque chose de plus fort : rejouer cette journée à Metz dans le cadre du championnat devant un public d’enfants et d’éducateurs. Pour prouver qu’un match de haut niveau peut se tenir dans un vrai travail pédagogique. » Utopie ou début d’une vraie prise de conscience sur le fond ?
PAR FRÉDÉRIC RETSIN
sports@lavoixdunord.fr PHOTO BRUNO FAVA
Et la voix d’Antoine Kombouaré a dominé le brouhaha des médias réunis dans une salle VIP de Nungesser : « Vous êtes venus pour qu’on en finisse une bonne fois avec cette affaire. Posez toutes vos questions et laissez-nous préparer notre match contre Le Mans. Ensuite, ce ne sera plus la peine d’appeler Abdeslam. Je lui ai interdit de revenir sur le sujet. » Sous-entendu : il est temps que le défenseur marocain se replonge complètement dans son rôle de footballeur professionnel.
À partir d’aujourd’hui, on pourra donc mesurer si les réactions qui se sont multipliées après les événements de samedi soir – amplifiées par la visite d’un secrétaire d’État – resteront dans l’instantané, l’émotionnel, ou s’il va enfin se dégager une réelle volonté d’expulser le racisme hors des enceintes sportives comme l’a appelé Francis Decourrière en replaçant son Grenelle du football dans le débat.
Hier, on se maintenait encore dans la perception de l’événementiel : deux chaînes de télévision avec véhicules relais, deux envoyés spéciaux d’une chaîne marocaine, autant de photographes et de cameramen le long du terrain d’entraînement qu’un soir de match !
Pendant que la Lorraine découvrait le témoignage de l’individu interpellé dans la tribune de Saint-Symphorien (lire par ailleurs), Ouaddou est revenu sur le match. En maintenant sa version des faits, en tempérant les jugements sur l’arbitre Damien Ledentu (« il ne faut pas en faire une cible »), en s’excusant à plusieurs reprises « auprès des enfants ».
Le défenseur marocain, qui a reçu de nombreux soutiens venus de Valenciennes ou d’ailleurs (plusieurs villes veulent en faire un citoyen d’honneur et le président de l’UEFA Michel Platini a joint la direction valenciennoise) semble maintenant pressé de passer à autre chose : « Je ne voulais pas que ça prenne autant d’ampleur, répète-t-il. Je souhaite oublier et tourner la page. Le plus important est de pouvoir exercer mon métier ».
On perçoit l’évidente volonté de ne pas se sentir dépassé par l’agitation. Mais ce qu’il y a de bien avec Ouaddou, homme aux qualités humaines et intellectuelles vantées par tous ceux qui l’ont approché, c’est qu’il n’occulte pas toutes les vraies questions, fussent-elles de société : « J’espère qu’on fera désormais attention à ce genre de comportement. C’est le travail des éducateurs, des dirigeants, des supporteurs et surtout des parents. Les miens étaient venus assister à une fête. Ils sont repartis en pleurant. J’ai joué en Angleterre : là-bas, les spectateurs qui ont ce type de comportement sont expulsés du stade. On a un vrai problème de prévention. Pas seulement en France. »
Prise de conscience ?
En ce sens, le discours rejoint celui de son président qui s’étonne des écarts dans les sanctions (interdiction de stade à vie en Grande-Bretagne contre trois mois dans notre pays), ressuscite leur extension à l’échelle européenne (« un hooligan d’Anderlecht ou de Mons peut facilement traverser la frontière pour semer la perturbation chez nous ») ou évoque des caméras (ce qui est déjà le cas dans la majorité des stades) et même des enregistrements phoniques dans les tribunes.
« On ne peut pas se donner bonne conscience en retirant deux ou trois points à Metz – ce qui ne changera pas grand-chose à sa situation – et en suspendant la pelouse pendant une ou deux rencontres, poursuit Decourrière. Je veux quelque chose de plus fort : rejouer cette journée à Metz dans le cadre du championnat devant un public d’enfants et d’éducateurs. Pour prouver qu’un match de haut niveau peut se tenir dans un vrai travail pédagogique. » Utopie ou début d’une vraie prise de conscience sur le fond ?














