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La Voix du Nord - 09/07/2008
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CHAMPIONS DU MONDE, DIX ANS DÉJÀ (2/5)

Les yeux dans les Bleus, ou l’aventure d’une vie

 

Alain Colombier, 57 ans, joue parfois les guides à Clairefontaine, où la légende s'est construite. PHOTO LA VOIX. Et un, et deux, et trois zéro ! Dix ans après, personne n’a oublié ce refrain. Le 12 juillet 1998, les Bleus remportaient la Coupe du monde aux dépens du grand Brésil et la folie s’emparait de tout le pays. Jusqu’à la date anniversaire, samedi, nous revenons, à travers portraits et témoignages, sur ce jour qui a changé le foot français. Aujourd’hui, rencontre avec Alain Colombier, régisseur du château de Clairefontaine à l’époque, qui a eu la chance de vivre l’aventure de l’intérieur, au contact des Bleus.

 

PAR CARINE BAUSIÈRE
PHOTOS AFP ET « LA VOIX »

 

– C’est plutôt cocasse d’être nommé à Clairefontaine quand on ne connaît rien au football…
« Effectivement ! Je travaillais dans la gestion, pour la Caisse de dépôt et consignation. Je venais de refuser une mission à Tahiti. Dans ces cas-là, on a intérêt à accepter la suivante : c’était Clairefontaine… Lors de ma première réception avec l’équipe de France en 1988, j’étais à table avec un joueur. Il ne parlait pas beaucoup. Pour le faire entrer dans la conversation, je lui ai demandé s’il était nouveau. Il m’a répondu : “Vous rigolez, j’ai plus de soixante sélections” ! (Alain Colombier a préféré taire le nom du joueur en question) »

 

PHOTO AFP– Dix ans plus tard, vous vous êtes retrouvé aux manettes pour la Coupe du monde…
« Dès septembre 1997, avec le directeur, les responsables de la restauration, de l’équipement et des espaces verts, nous avons commencé à préparer l’événement en se disant que les joueurs resteraient à Clairefontaine jusqu’au bout. Aimé Jacquet nous avait déjà donné ses recommandations, dont la fameuse table ovale dans la salle à manger, pour réunir tous les joueurs, titulaires et remplaçants. Il voulait aussi une équipe très restreinte autour de son groupe. »

 

– Quoi d’autre ?
« Nous avons opté pour un côté culturel en signant un partenariat avec la fondation Cartier. Elle nous a prêté des oeuvres d’art contemporain. Aimé Jacquet a apprécié les sculptures, sauf une, qui représentait un poulet égorgé. Il ne voulait pas de ça dans la résidence de l’équipe de France ! »

 

– Quels souvenirs gardez-vous ?
« Le premier, c’est la visite du président Chirac. C’était très bon enfant. Il a avoué qu’il s’entraînait à remettre la Coupe du monde au capitaine de l’équipe de France. Ils ont mangé ensemble et le repas s’est terminé par des histoires un peu osées de Roger Lemerre (alors adjoint d’Aimé Jacquet). Quand il est parti, M. Chirac a dit : “En rentrant, je les raconterai à Bernadette…” »

 

– Comment sentiez-vous les joueurs ?
« Avant le premier match, contre l’Afrique du Sud, ils étaient très tendus, impatients d’entrer dans la compétition. Puis la confiance est montée petit à petit. Le déclic a eu lieu à Lens, contre le Paraguay. Ils ont pris conscience de leur potentiel, et ont été surpris de voir le public massé le long de la route pour les saluer. Ensuite, je les ai sentis concentrés jusqu’au bout. Pour les détendre, Aimé Jacquet a brouillé les pistes. Il les a emmenés passer une journée à la pêche. Ce n’était pas dans le programme. Le jour de la finale, il a aussi organisé un entraînement le matin qui n’était pas prévu non plus. Les joueurs étaient étonnés, mais ils se sont dit qu’il avait forcément raison… »

 

– Avaient-ils des demandes particulières ?
« Non, ils ont vécu leur séjour très simplement, en acceptant toutes les faiblesses de Clairefontaine, y compris les chambres doubles. Contrairement à aujourd’hui, il n’y avait pas de grosse star à cette époque. »

 

– Avant la finale, Didier Deschamps a tout de même eu une requête…
« Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, ils avaient décidé de tous revenir au château passer la dernière nuit ensemble, avec le staff et les épouses. Comme des gamins en colonie de vacances. Le protocole avec les sponsors, ce serait pour plus tard. Ils voulaient juste un peu de musique et le minimum pour se restaurer. Nous avons ajouté un feu d’artifice sans leur en parler. On l’aurait tiré même s’ils avaient perdu. Ils le méritaient tellement… »

 

– Comment avez-vous vécu la victoire ?
« J’étais au stade. Je sentais que rien ne pouvait leur arriver. C’était la conclusion de ces soixante jours, une délivrance, mais aussi une apothéose. Les joueurs sont rentrés très tard, dans une profonde euphorie. Ils avaient franchi les sommets les uns après les autres pour réaliser leur rêve. J’ai eu le plaisir de toucher le trophée, puis je me suis éclipsé. »

 

– Un joueur vous a-t-il plus marqué que les autres ?
« Thierry Henry. C’était un ancien de Clairefontaine. Il représentait encore plus la réussite du domaine. Nous avons gardé des liens très forts. Sinon, il y aussi Christian Karembeu… à cause de son épouse ! »

 

– Dix ans plus tard, que représente cette aventure pour vous ?
« Avec les cuisiniers, les gens des espaces verts, de la sécurité, on sentait qu’on se faisait des souvenirs pour la vie. Après chaque match, entre nous, nous avons planté un arbre dans le domaine. Notre enthousiasme se manifestait par de petites choses comme ça, on sentait qu’il fallait marquer ces moments. Aujourd’hui, quelque part, même si c’est un peu pédant, on a l’impression d’être dans l’histoire… » •

 

 


 

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