La Voix du Nord - 11/07/2008 |
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CHAMPIONS DU MONDE, DIX ANS DÉJÀ (3/5)
Estelle, Jézabel, fers de lance des « nanas » qui parlent de foot
Et un, et deux, et trois zéro ! Dix ans après, personne n’a oublié ce refrain. Le 12 juillet 1998, les Bleus remportaient la Coupe du monde aux dépens du grand Brésil et la folie s’emparait de tout le pays. Jusqu’à la date anniversaire, samedi, nous revenons, à travers portraits et témoignages, sur ce jour qui a changé le foot français. Aujourd’hui, rencontres avec Estelle Denis (M6) et Jézabel Lemonier (Direct 8), porte-parole d’une génération de filles à qui les hommes confient désormais le micro sans complexe.PAR CARINE BAUSIÈRE
sports@lavoixdunord.fr
PHOTO AFP
Il y en a chez qui le rêve absolu, l’aboutissement de toute une vie, est de porter un tutu et des ballerines. Pour Estelle et Jézabel, le tutu en question a vite été remisé au placard au profit du ballon. La première a tenté sa chance avec les garçons en banlieue parisienne. « Ça n’a pas duré longtemps, tempère-t-elle. J’ai vite compris que les meilleurs jouaient attaquants. Moi, j’étais arrière droit. Je me voyais mal devenir Zidane… »
Jézabel, quant à elle, a chaussé les crampons en suivant son père. « Il avait eu une première fille et espérait un garçon. Mais c’est moi qui suis arrivée. Il a fait avec : j’ai grandi avec le foot et j’ai appris à lire avec “L’Équipe” ! » La demoiselle a aussi tapé dans le ballon pendant cinq ans, dans la banlieue de Metz. « J’ai arrêté quand la mixité est devenue impossible. Je me suis dit que si je ne devenais pas footballeuse, je pouvais toujours en parler. »
Les deux jeunes femmes ont ensuite tout fait pour décrocher leurs galons de journalistes sportifs. Estelle a d’ailleurs officiellement démarré sa carrière lors de la Coupe du monde 1998, en tant que stagiaire au service des sports de France 2. « Je démarrais et je voulais vraiment devenir journaliste. J’avais la tête dans le guidon. Du coup, je n’ai pas vu beaucoup de matchs. La victoire finale, je l’ai fêtée une demi-heure, sur les Champs-Élysées. Ensuite, je suis retournée bosser. »
Mais la débauche d’énergie a été payante : on a ensuite vu son sourire sur Infosports, TF1 ou encore TPS, toujours pour parler football. Depuis trois ans, elle est l’animatrice vedette de l’émission « 100 % Foot » sur M6 et vient de terminer le marathon « 100 % Euro ». « C’est un peu une reconnaissance, avoue-t-elle. Pendant dix ans, j’ai animé des directs, je suis allée dans plein de stades de Ligue 1. Si je n’y connaissais rien en foot, on ne m’aurait pas confié cette émission. »
« Travailler dix fois plus qu’un mec »
Jézabel a aussi tracé son sillon dans le milieu très fermé du journalisme sportif. Elle est devenue, fin 2007, la première femme à commenter des matchs de football à la télévision. Un petit événement en soi, impensable il y a encore quelques années. « C’est vrai que ce milieu s’est démocratisé, reconnaît-elle. Aujourd’hui, des filles parlent de football et sont légitimes sur cet exercice. Après tout, pourquoi pas, si elles sont aussi motivées et performantes que les hommes ? Ceci dit, pour en arriver là, j’ai dû travailler dix fois plus qu’un mec… Et finalement, on me reproche parfois de parler foot comme un homme. Ça me fait marrer ! Comment devrait faire une femme ? On tient le même langage puisqu’on voit les mêmes choses ! Bon, d’accord, je bois de la bière, mais quand même… »
Qu’elles le veuillent ou non, les deux commentatrices sont devenues les fers de lance d’une nouvelle génération qui s’est engouffrée dans le sillage de Marianne Mako. Mais elles ne se voient pas en icônes. « Je ne me suis jamais considérée comme une femme dans le football, coupe Estelle. Je suis une “nana”, ça s’est trouvé être comme ça, j’avais une chance sur deux au départ. Mais je ne m’en préoccupe pas. » « Moi, je suis contre toute forme de quota, ajoute Jézabel. Et j’ai toujours adoré Marianne Mako, que j’ai rencontrée récemment. On s’est promis d’aller refaire les matchs autour d’une bière ! »













