La Voix des Sports - 14/07/2008 |
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Saint-denis (de notre envoyé spécial). – Il y a des symboles qui ne meurent jamais. La Coupe du monde remportée par la France en est un. Dix ans après, la flamme et le talent exprimés par les Bleus d’Aimé Jacquet demeurent un fantastique fil conducteur. Samedi, au Stade de France, l’équipe de France est revenue sur ses pas. « Mémé », l’homme par qui tout est arrivé, raconte cette autre soirée de lumières…
– Qu’avez-vous pensé de cette équipe de France du… passé ?
« Elle a été à la hauteur de sa réputation. A lui seul, le final témoigne de la capacité des joueurs à aller au bout d’eux-mêmes, à se sublimer.
Ce sont toujours des compétiteurs nés. Nous étions menés 3-2 et “Dio” (Bernard Diomède) nous a marqué ce dernier but… Comme vous avez pu le constater, et malgré les nombreux remplacements, les douleurs musculaires et l’essoufflement de certains, nous avons fini très fort.
Cela prouve que ce groupe est toujours dans la même configuration en termes de qualités morales, de détermination et d’enthousiasme. Et puis, les Bleus n’avaient pas envie de perdre. Ça, c’est dans leurs gènes. »
– Et quel but de Bernard Diomède pour clore le spectacle !
« Je suis heureux que ce garçon soit récompensé par le biais de ce but magnifique car lorsqu’on est toujours dans l’ombre de grands joueurs, il est vraiment difficile de faire son trou. C’est bien qu’il ait marqué ce but et qu’il ait mis le stade en ébullition juste avant le coup de sifflet final.
»
– On a vu beaucoup d’émotions chez vos joueurs, notamment chez Lilian Thuram qui ne semblait pas décidé à quitter le terrain aussi vite… « Lilian, on connaissait son problème (anomalie cardiaque décelée lors d’examens récents avec le Paris SG). Je ne vous cache pas que c’était difficile pour moi de l’empêcher de jouer. Je pense que tout va s’arranger pour lui, mais il y a tout de même un diagnostic dont je devais tenir compte. C’était un peu embêtant car il ne voulait pas sortir. Je lui ai dit en rigolant : “Je n’ai pas envie de mourir avec toi, alors il faut que tu sortes !” Lilian est le moteur de cette équipe. »
– Comment avez-vous vécu cette autre immersion dans la Coupe du monde de 1998 ?
« Malgré le fait que les joueurs prennent de l’âge et que certains demandent à quitter le terrain plus vite que dans le passé (rires) – non pas parce qu’ils ne veulent plus jouer mais parce qu’ils ne peuvent plus jouer ! – j’ai été très heureux de vivre un tel moment. Ce fut un beau match. Nous avions affaire à des adversaires globalement plus jeunes que nous, donc encore très actifs.
Le mérite des Bleus est d’être revenu deux fois dans le match à des moments où on s’y attendait le moins. Je le répète : c’est une équipe qui n’aime pas perdre. C’est une sorte de fonds de commerce chez elle. »
– Dix ans après, si vous aviez à choisir une image, une seule, que garderiez-vous à l’esprit ?
« Je vais peut-être vous surprendre : ce serait notre premier match. Je me vois repartir de Marseille (après la victoire sur l’Afrique du Sud 3-0) avec une équipe qui allait donner sa pleine mesure. La concentration qui nous habitait alors, par rapport à nos obligations, notre foi, notre envie et le scepticisme ambiant, étaient déjà des ciments. »
– Y avait-il, ce soir, un trait d’union entre les deux époques ?
« Oui, le vestiaire ! C’est là où tout se joue. Ma plus grosse émotion, aujourd’hui, ce fut le vestiaire. Dès que j’y ai mis un pied, les flashs m’ont assailli. D’un seul coup, les mots de l’époque sont revenus, les comportements aussi. Exceptionnel ! Ce qui me manque désormais, ce n’est pas le terrain mais le vestiaire. Celui-ci est une vraie respiration pour un entraîneur. Alors, vous imaginez dans mon cas… Pour résumer, je dirai qu’on aime toujours être ensemble sur cet îlot de tranquillité. »
– Vous avez été très affecté par le drame qui a touché une délégation de jeunes (accident d’autocar sur l’autoroute A6 ayant coûté la vie à un gamin de Saint-Etienne qui se rendait avec son équipe au Stade de France)… « (les larmes aux yeux) Vous n’êtes pas sans savoir que je suis Stéphanois. C’est dramatique. On a pensé forcément à ces enfants, à leur famille. Ils venaient passer un bon moment et malheureusement, ils sont dans la tristesse. On a une grosse pensée pour eux. Ils étaient partis heureux, ils n’ont pas pu fouler la pelouse. L’un d’eux est mort. C’est terrible. »













