La Voix du Nord - 28/03/2008 |
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PHOTO ARCHIVES « LA VOIX » ET SAMI BELLOUM

– Gervais Martel, comment vivez-vous cette semaine particulière pour le RC Lens ?
« J’ai tout simplement hâte d’être à demain. Nous sommes en finale, c’est pour aller au bout et ramener le trophée. On aura ensuite tout le temps de penser au championnat. »
– Quel sentiment aurez-vous au coup d’envoi ?
De la fierté, mais surtout une très grosse envie de faire plaisir. Lorsque nous avons été sacrés champions, en 1998, on a senti qu’on avait permis aux gens de retrouver de la dignité et une certaine fierté, un peu la même d’ailleurs que celle véhiculée actuellement par le film de Dany Boon. Ces valeurs, on les retrouvera sur le terrain demain même si elles nous ont manqué lors de notre dernier match de championnat. »
– Cette finale n’occulte toutefois pas l’inquiétude des supporteurs ?
« Cette inquiétude est compréhensible. Nous vivons une saison difficile, avec des faits extra-sportifs qui nous ont entraînés dans le doute. Il y a eu la démission de Francis Gillot, puis le choix de Guy Roux sur lequel on s’est tous les deux trompés, lui et moi. Quant au recrutement, il était raté. Vous trouvez normal qu’un gars qui arrive au club (Kalou) reparte trois semaines après ? On a vu aussi une équipe qui montrait deux visages, parfois explosif, parfois insignifiant. »
– Faut-il avoir peur de l’après-finale ?
« La vie ne s’arrêtera pas samedi soir. Ce match a beau être un arc-en-ciel dans la brume ambiante, je reste confiant. Nous avons suffisamment d’atouts dans notre groupe pour donner le dernier coup de rein pour s’en sortir. Malgré les épisodes rocambolesques que nous avons vécus cette saison, nous avons toujours su garder la tête froide. »
– Même si vous êtes en finale demain, le public est déçu depuis plusieurs saisons...
« Il faut rétablir certaines vérités. Le RC Lens est un club médiatique et peut compter sur des supporteurs extraordinaires, mais cet engouement occulte parfois la réalité. On entend dire que comme il y a 30 000 personnes à chaque match alors on devrait être comme Lyon. Le potentiel public est là, mais cela ne suffit pas. La réalité est que notre budget est de 70 millions d’euros, qu’une fois enlevés les coûts de fonctionnement et les remboursements, il nous reste 50 millions, et cela fait du RC Lens le septième budget de Ligue 1. »
– Lens ne sera donc jamais comme Lyon ?
« Lyon, c’est 120 millions d’euros de masse salariale contre 24 ici. L’OL a des moyens démesurés par rapport aux autres clubs de Ligue 1. D’ailleurs, qui est au top depuis des années ? C’est Lyon, et derrière, cela change tout le temps. Mais si demain quelqu’un tape à ma porte et me dit qu’il peut pérenniser le club, je veux bien retourner m’asseoir dans la tribune Trannin. »
– Lyon compte aussi dans ses rangs des joueurs de premier plan formés au club, vous non ?
« La première problématique est d’être en mesure de pouvoir retenir ses meilleurs éléments. La saison dernière, on a perdu deux jeunes prometteurs (Taarabt et Kakuta) car on ne pouvait pas s’aligner financièrement avec les clubs anglais. Cela n’empêche que je veux bien admettre qu’on ne sorte pas assez de joueurs. Nous en avons conscience et c’est d’ailleurs aussi le travail de Daniel Leclercq pour qu’on s’améliore sur ce plan. »
– Tandis qu’à Lille le projet de stade avance, vos supporteurs sont aussi impatients de connaître vos ambitions en ce qui concerne la rénovation de Bollaert...
« Les supporteurs doivent me faire confiance. Ce n’est pas une petite affaire, ce n’est pas non plus un partenariat public- privé et ce n’est pas mon genre de faire des effets d’annonce, il y a un temps pour tout. C’est comme si on me demandait maintenant à quoi ressemblerait l’équipe la saison prochaine. » – Lors des six dernières saisons, vous n’avez pas terminé au-delà de la huitième place. Vos supporteurs sont-ils trop exigeants ?
« La passion qui règne autour de nous doit justement nous donner des exigences. Ces dernières saisons, il ne nous a souvent manqué pas grand-chose pour finir sur le podium. Le bilan n’est donc pas totalement négatif même si cette année est nulle pour l’instant. C’est la plus mauvaise depuis 1997, mais j’espère que la suite sera comme il y a dix ans (Lens avait été champion en 1998). »
– Si vous perdez demain, le public aura alors raison de râler…
« Si on avait un public qui dormait, ce serait une catastrophe. À Lens, nos supporteurs sont des connaisseurs et ils savent nous donner un coup de pied au cul quand c’est nécessaire. Les gens savent aussi que je ne triche pas, je leur dis toujours quand je me suis trompé. »
– À qui penserez-vous demain si vous soulevez le trophée ?
« Je vous le dirai sur le coup des 23 heures… ».














