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Les débats de la rédaction
M. Bré en action pendant la rencontre "à hauts risques" entre le PSG et Marseille - Photo AFP
Les arbitres ont-ils raison d'être plus sévères ?
OUI
On voit plus de buts
La nouvelle sévérité arbitrale constatée en ce début de saison est l’appel d’air attendu depuis quelques années. Après un Mondial controversé côté sifflet, le foot français a raison de prendre l’initiative en ce sens. Le jeu, la justice et la morale sportives ne peuvent que gagner au change.
Avec la croissance exponentielle du nombre de caméras dans les stades, il était devenu exaspérant d’être régulièrement témoin de toutes les « petites tricheries ordinaires » dans la surface : le tirage de maillot indélicat, la poussette fourbe, l’obstruction malhonnête, etc. Sans oublier, du côté de l’attaquant, la simulation, cette maladie honteuse… Il faut vivre avec son temps. Ce qui restait avant dans le secret du duel ne l’est plus vraiment.
Désormais, le mauvais geste peut être puni. Pour croire en l’équité sportive, il faut ce système de surveillance et de coercition mieux adapté.
C’est d’autant plus vrai que tout le monde y gagne. Plus libres, les attaquants peuvent mieux et plus s’exprimer. La compétition, logiquement, repasse à l’offensive. Par rapport à la saison dernière, après cinq journées de championnat, la moyenne de buts par match était passée de 1,88 à 2,70 (132 buts en 50  rencontres). La crainte du bâton y est forcément pour quelque chose.
Les défenseurs semblent a priori lésés dans l’histoire, mais ils devraient, eux aussi, tirer leur épingle du jeu. Quand tous les arbitres auront accordé leurs violons pour bannir la foire d’empoigne, ce sera la réhabilitation du geste propre et de l’anticipation, la dissuasion passive, le retour des élégants et des poètes…
Richard GOTTE
NON
Ils n’en ont pas les moyens
La sévérité serait donc le remède miracle censé sauver la pauvreté offensive de la Ligue 1. Mais pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt  ? Sans doute parce qu’être sévère, cela ne se décide pas, et que cela ne veut pas dire grand-chose.
D’abord, les arbitres ont-ils les moyens d’être sévères ? Définitivement non. Les arbitres doivent être justes, et les moyens mis à leur disposition aujourd’hui ne sont pas suffisants, soyons clairs.
Il y a effectivement plus de buts en L1 en ce moment, mais combien de penaltys déjà sifflés pour des fautes inexistantes ?
Hier, les attaquants protestaient pour des tirages de maillot non sanctionnés. Demain, on entendra les défenseurs se plaindre de penaltys accordés pour rien. Alors, où est le progrès ?
Sans uniformité dans les décisions arbitrales, utopie qui ne sera pas résolue sans moyens, la sévérité va simplement faire enfler les polémiques et, conséquence plus perverse, déstabiliser les équipes qui participent aux Coupes d’Europe. On s’en est rendu compte à Anderlecht, la semaine passée, où Claude Puel a stigmatisé la disparité entre les coups de sifflet français et européens.
La sévérité induit un fonctionnement subjectif accru de la part des arbitres, qui ont certains joueurs dans le viseur. Ainsi, le Parisien Yepes, présent dans une vidéo sur l’arbitrage diffusé lors du stage d’avant-saison des arbitres, paie certainement un a priori des hommes en noir, qui sont plus attentifs à lui qu’à d’autres. Est-ce réellement le (bon) sens de l’histoire ?

Antoine PLACER
Nos témoins
Nicolas Gillet (défenseur du RC Lens) : « Quand il s’agit d’un tirage de maillot caractérisé, je pense qu’il faut sanctionner. Sans hésitation. Après, il faut savoir faire la part des choses. Bientôt, cela va devenir très compliqué de défendre. Le foot, c’est quand même un sport de contact. Dans une surface de réparation, c’est toujours assez chaud, on peut siffler à chaque minute. Ce n’est pas évident à vivre pour un défenseur.
On va voir comment ça évolue à l’avenir. Des tirages de maillot, il y en a toujours eus. On ne peut pas dire qu’il y en a plus aujourd’hui. Sur un corner, on peut s’accrocher en sautant, ce n’est pas un tirage de maillot, c’est juste du contact. L’arbitre a très peu de temps pour juger.
On risque de voir des penaltys à chaque match. Et surtout, on sanctionne toujours le défenseur. Je peux vous dire que les attaquants tirent aussi les maillots ! »

Gervais Martel (président du RC Lens)
« Je suis OK pour sévir si on sévit pour tout le monde et partout. Tout le monde doit être logé à la même enseigne. Il faut voir sur le long terme. Est-ce une directive de l’UEFA ou est-ce propre à la France ? Stéphane Bré est un arbitre d’une grande honnêteté, on ne doit rien lui reprocher sur le match Paris - Marseille.
Avant notre rencontre contre Valenciennes, l’arbitre avait prévenu les deux équipes qu’il ferait attention. Il y a bien une directive. J’espère qu’elle n’est pas seulement française. Ou qu’il ne s’agit pas d’une idée pour augmenter le nombre de buts et de valoriser l’offensive. Comme si on disait à nos joueurs de ne pas marquer de buts ! Je suis pour si c’est une règle généralisée à tout le football. Lors de la Coupe du monde, on n’a pas vu un tel respect des règles… »

Stéphane Lannoy (arbitre en Ligue 1)
« Pendant notre stage en juillet, il a été décidé de se fixer sur la perte de temps et les tirages de maillot dans la surface. On a eu quelques penaltys sifflés depuis le début du championnat, le tout c’est de combattre les vrais tirages, et de sanctionner les énormités. Il y a des réglages à peaufiner, quand on siffle un penalty pour un tirage de maillot, il faut être sûr à 200 %. Le piège serait de siffler des semblants de fautes, les attaquants pourraient en profiter pour simuler. Il faut trouver le juste équilibre. Après, il y a parfois une différence entre ce que l’arbitre voit et le rendu à la télé. Mais il faut savoir que sur le terrain, l’arbitre est bien placé.
Je me suis rendu compte que les équipes étaient vigilantes, il y a un léger mieux. Certains défenseurs, plus ou moins connus, ont tendance à s’appuyer, à tirer le maillot. C’est pareil que pour les simulations, on sait quels joueurs surveiller en particulier. Ensuite, il faut aller au bout de la logique, s’il y a cinq ou six fautes énormes, il faut siffler. C’est à l’appréciation de l’arbitre, mais un tirage de maillot manifeste dans la surface doit entraîner un carton jaune comme tout tirage hors de la surface. Le temps nous donnera raison. »

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Repères
Juin - juillet 2006
L’arbitrage, très critiqué, est au centre des débats de la Coupe du monde, en Allemagne. À tel point que Sepp Blatter, le président de la FIFA en personne, met les pieds dans le plat pendant la compétition.
Entre les arbitres qui se laissent abuser par les simulateurs, et ceux qui ne voient pas les vraies fautes… cette Coupe du monde est marquée par un manque de sévérité vis-à-vis d’actes d’antijeu comme le tirage de maillot.  Le match Pays-Bas - Côte d’Ivoire atteint des sommets sur ce point précis, les défenseurs hollandais multipliant les tirages de maillots, fautes impunies.

Vendredi 1er septembre 2006
À l’issue du séminaire annuel qui rassemble à Nyon cent arbitres européens, l’UEFA révèle dans un communiqué qu’elle a demandé aux arbitres de se montrer plus sévères avec les contestations des joueurs, afin de mettre fin au harcèlement dont sont victimes les arbitres.  Une mesure qui prend effet le lendemain pour l’ouverture des éliminatoires de l’Euro 2008.  Mais aucune consigne concernant les tirages de maillots n’apparaît.  La France s’inspire en fait des consignes données aux arbitres à l’occasion
de la Coupe du monde.

Dimanche 10 septembre
Stéphane Bré, l’arbitre du « clasico » PSG - OM, se retrouve au coeur d’une polémique, en appliquant à la lettre les nouvelles instructions de la direction nationale de l’arbitrage, demandant à ses troupes de « nettoyer les surfaces ».  M.  Bré a sifflé trois penalties dans ce match, dont deux pour tirage de maillot.  Mario Yepes, le Parisien, en est ainsi à quatre penalties contre lui en deux matches (avec les deux à Sochaux, le 26 août).

Le point de vue officiel
 – Le directeur technique national de l’arbitrage (DTNA), Marc Batta, estime que la polémique est positive, après les débats suscités par la nouvelle politique des arbitres de football en matière de nettoyage des surfaces de réparation.
« Avant, on disait que les arbitres en France n’en faisaient pas assez, maintenant on nous demande d’uniformiser, mais c’est positif.  Le but n’est pas de siffler quarante penalties, mais que les attaquants puissent s’exprimer.  On compare notre arbitrage aux matches européens qu’on voit à la télé (où les accrochages dans les surfaces sont rarement sifflés), mais il ne faut pas comparer.  Il faut d’abord régler un problème franco-français.  C’est comme les limitations de vitesse en France.  Quand on a réduit la vitesse sur autoroute, on ne s’est pas demandé : “Comment ça va se passer quand on va rouler à l’étranger ?” En France, on est les premiers à se jeter à l’eau, nos arbitres sont méritoires.
L’an dernier, le championnat français était correct, mais peut-être qu’il manquait de spectacle.  On nous a demandé de participer un peu plus.  Il fallait que le football soit plus chatoyant. »

Le président de la Fédération française de football (FFF), Jean-Pierre Escalettes, a prédit que « les gens (allaient) s’adapter » à ces nouveaux modes d’arbitrage.
« On a parlé d’incidents après Paris SG - Marseille, mais est-ce que les joueurs ont eu une réaction violente ?  Non.  Des remarques ont été faites par les dirigeants, mais le joueur lui-même accepte de mieux en mieux.  Tout cela va dans un bon sens. »