L'actualité sportive :
du :
Les débats de la rédaction
Dernier exemple d'un match au spectacle déficient, le PSG-OM du 5 mars, pauvre classique de Ligue 1 - Photo AFP
La Ligue 1
doit-elle réformer son barême
de points?
OUI
Le mérite d'essayer
Certes, certaines des propositions avancées par Michel Hidalgo sont ingérables, voire farfelues, mais il y a du bon dans ces idées.
La preuve, la Ligue du foot pro est prête à en expérimenter une dès la saison prochaine, en Ligue 2 dans un premier temps.
Le maître-mot dans cette affaire ? La Ligue 1, produit-vedette de la LFP, est d’abord un spectacle. Or, le spectacle est en perte de vitesse, plombé par de tristes matches et des 0-0 peu reluisants. On ne peut pas dire que le public et surtout Canal +, le diffuseur (que Michel Hidalgo a consulté) y trouvent leur compte.
On comprend la position de la ligue : il faut faire quelque chose, sinon on joue avec la valeur marchande du foot lors des prochaines négociations de droits télé.
Michel Hidalgo a le mérite de lancer des pistes, au risque que la France soit le seul, parmi les grands championnats européens, à recourir à un artifice pour que l’on marque plus de buts. Mais est-ce si choquant ? Après tout, le Top 14 du championnat de France de rugby et la Pro A de volley masculin ont introduit des primes au spectacle comparables.
Sur les six propositions de Michel Hidalgo, deux tiennent la corde, la cinquième et la sixième, encore que cette dernière compliquerait sérieusement le calendrier.
Oui à une réforme, mais il ne s’agit pas de faire n’importe quoi ! Cela dit, la France a au moins le mérite de réfléchir à des solutions, alors que le football est connu pour sa frilosité face aux réformes. Il suffit de voir la façon dont la FIFA freine sur le dossier de la vidéo pour l’arbitrage, alors que tout le monde y est favorable…
J.-Ph. M.

NON
Vraiment pas sérieux
Frédéric Thiriez est un homme d’action, qui aime, comme il le dit si bien, aller au bout de ses projets. A partir de là, on peut en déduire que le président de la Ligue du football pro fera tout pour que le dernier en date, ayant trait à une éventuelle réforme du barème de points des matchs de Ligue 1 et Ligue 2, afin de rendre la compétition plus prolifique, aboutisse. Mais est-ce bien utile de se lancer dans un tel débat de fond ? Est-ce bien judicieux de vouloir bousculer ainsi des habitudes ancrées dans les esprits ?
On ne nous fera pas croire que le patron de la Ligue pro et son chargé de mission, Michel Hidalgo, agissent pour le seul plaisir de se doter d’armes nouvelles, visant à combattre le calcul sous toutes ses formes et la frilosité des entraîneurs.
Au-delà du souci de copier d’une certaine façon le rugby et de redonner ainsi au football de l’élite, une dimension émotionnelle qui se serait envolée, se cache sûrement une nécessité plus abrupte : celle de satisfaire l’opérateur télévisuel de référence, Canal +, dont la générosité (1,8 milliard d’euros sur trois ans) impose désormais au football professionnel d’être un produit irréprochable et, si possible, alléchant.
Plus que leur manque de lisibilité, les formules préconisées par Michel Hidalgo au nom d’une réforme rendue obligatoire selon lui par l’érosion du pouvoir offensif de nos équipes, créeraient une grave distorsion par rapport aux autres championnats européens de pointe qui, eux, demeureraient dans une configuration « normale ». Pas envisageable.

P. Di.
Nos témoins
Frédéric Thiriez (président de la Ligue de football professionnel)
 « Le public veut des buts.  Les 0-0, c’est fatiguant.  Pourquoi la France n’innoverait-elle pas ?  Avec les joueurs et les entraîneurs, nous allons travailler sur ces formules, affiner la réflexion, puis soumettre une proposition au conseil d’administration de la LFP avant la fin de la saison.
Ensuite, s’il y a un consensus, il faudra procéder à des expériences dès la saison prochaine.  C’est parfaitement envisageable.  Nous ferons une proposition.  Ensuite cela se traduira par une décision, négative ou positive.  Ma volonté, c’est de bouger.  Mais il faut respecter les institutions.  Le monde du football est conservateur.  Je souhaite que la formule éventuellement retenue soit simple et lisible, qu’elle dispense de prendre une calculette le samedi soir (…. ) Michel Platini ne voulait pas bouger non plus, mais après avoir vu la formule 6 de notre projet de réforme, il m’a confié : “je regrette de ne pas y avoir pensé avant”. »

Claude Puel (entraîneur du LOSC)
« Franchement, tout ça n’est pas très concevable.  J’ai lu les différentes éventualités de réformes et je ne vois rien de vraiment intéressant.  Les tirs au but à la fin d’un match nul, par exemple, c’est hors de question.  La seule réforme qui me paraît faire preuve d’un peu d’originalité serait le point donné en plus pour un match nul avec des buts marqués.  Mais cela pousserait sans doute des équipes à jouer le nul 1-1, qui leur donnerait 2 points, plutôt que d’attaquer et de prendre le risque d’aller chercher la victoire.  C’est compliqué, et tout ça, c’est beaucoup de parlote pour pas grand-chose.  Je préférerais qu’on se penche sur les problèmes de fond, comme l’arbitrage vidéo.  Pas sur les fautes, mais seulement sur les hors-jeu.  Hormis les hors-jeu de 3-4 mètres, signalés par l’assistant, il vaudrait mieux laisser jouer quand il y a doute, et ensuite revenir à l’endroit du hors-jeu s’il était existant.  On laisserait le spectacle se développer, au lieu de siffler constamment et de donner systématiquement l’avantage aux défenseurs.  Ce serait une super avancée. »

Francis Gillot  (entraîneur du RC Lens)
« Je ne suis absolument pas d’accord avec les réformes proposées.  Si l’on veut assister à des matchs plus spectaculaires et plus riches en but dans notre championnat, c’est d’abord l’arbitrage qu’il faudrait améliorer et non le barème de points. Aujourd’hui, lorsqu’il y a un corner, c’est impossible de voir du jeu, les fautes ne sont pas assez souvent sifflées.  Pour voir des buts, il faut protéger les attaquants, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.  Cela dit, ces projets de réformes font beaucoup de bruit, mais ce n’est pas la première fois qu’on parle de telles choses et ça ne s’est jamais concrétisé.»
 

Les précédents débats :
Mondial 2006 : bon ou mauvais tirage ?
Martina Hingis peut-elle redevenir compétitive au plus haut niveau ?
Quel gardien pour les «Bleus» ?





Les six propositions
La Ligue de football professionnel français a chargé Michel Hidalgo, ancien sélectionneur des « Bleus » (de 1976 à 1984) de plancher sur une réforme visant à augmenter le nombre de buts marqués en L1.  Il a remis six propositions…
FORMULE 1 : une prime aux nuls avec des buts.
– DÉTAIL
Victoire : 3 points.  Nul avec buts : 2 points.  Nul sans but : 1 point.  Défaite : 0 point.
FORMULE 2 : 2 points pour l’ouverture du score dans un match nul.
– DÉTAIL
Victoire : 3 points.
Premier but marqué dans un match nul : 2 points pour l’équipe qui a ouvert le score ;
1 point pour l’autre équipe et pour les 0-0.
Défaite : 0 point.
FORMULE 3 : suppression du match nul, en introduisant une séance de tirs au but.
– DÉTAIL
Victoire en 90’ : 3 points.
Victoire aux tirs au but (après un match nul) : 2 points.
Défaite après tirs aux buts (en cas de nul) : 1 point.  
Défaite en 90’ : 0 point.
FORMULE 4 : sur le modèle du Top 14 en rugby…
– DÉTAIL
Victoire avec plus de deux buts d’écart : 5 points.
Victoire avec au moins deux buts d’écart : 4 points.  Nul avec buts : 3 points.  Nul sans but : 2 points.  Match perdu par moins de deux buts d’écart : 1 point.
Match perdu par deux buts et plus d’écart : 0 point.
FORMULE 5 : bonus pour une victoire de plus de 2 buts d’écart.
– DÉTAIL
Victoire par deux buts ou plus d’écart : 3 points.  Victoire par un but d’écart : 2 points.
Nul : 1 point.  Défaite : 0 point.
FORMULE 6
Application des matches aller-retour, sur le modèle des coupes européennes : attribution d’un point de bonus à l’issue du match retour, à l’équipe qui, sur l’ensemble des deux matches, aura marqué le plus de buts (avec la règle des buts marqués à l’extérieur comme en Coupe d’Europe).
En cas d’égalité parfaite du nombre de buts marqués sur les deux rencontres, soit le point de bonus ne serait pas attribué, soit une séance de tirs au but déterminerait le vainqueur.
Trois sur six
– Après avoir consulté les présidents de clubs, la LFP a retiré trois des six propositions. – Les trois propositions retenues : 2 - 5 - 6.
– Celle qui semble la plus « lisible » : la 5.  Mais la 6 tient aussi la corde…
Quelques chiffres
– On ne peut parler de désaffection du public : 52,6 millions de téléspectateurs ont regardé la L 1 sur Canal + ; et les affluences dans les stades ne cessent d’augmenter : 12 % en deux ans et 240 000 abonnés de plus cette saison.
– La LFP s’appuie en fait sur les statistiques pour estimer que la L 1 est ennuyeuse : la saison dernière, 2,18 buts par match ont été inscrits en France… contre
2,91 en Allemagne ; 2,57 en Angleterre ; 2,58 en Espagne ;
2,53 en Italie.
– Cette saison, on est tombé sous la barre des 2 buts par match, et on a déjà recensé 40 nuls 0-0 sur 287 rencontres.
Le précédent  
 En 1973-1974, le championnat de France avait introduit un bonus aux équipes marquant au moins trois buts dans un match.  La saison suivante, la  règle fut modifiée : il fallait gagner par plus de trois buts d’écart.  Le bonus fut abandonné après la saison 1975-1976