L'actualité sportive :
du :
Les débats de la rédaction


L'annulation du Dakar
était-elle la bonne décision ?


[7/01/08]



OUI

Le poids de la réalité
« La raison d’État ne se commente pas », a dit Étienne Lavigne, le patron du Dakar afin de valider la décision de ne pas lancer son épreuve. Une phrase lapidaire, brutale, réaliste aussi qui synthétise toute la complexité du dossier géo-politique mauritanien auquel les organisateurs du célèbre rallye-raid ont dû faire face après la mort de touristes français dans le sud du pays et qui donne, finalement, tout son sens à la démarche sécuritaire que ceux-ci ont entreprise contre vents et marées.
Il est clair que le Dakar ne pouvait pas se permettre, même si sa philosophie a toujours été d’aller sans cesse à la rencontre du danger, de jouer avec la vie de centaines de concurrents.
« On n’est quand même pas là pour se prendre une balle dans la tête », ont d’ailleurs tout de suite proclamé quelques éléments-phare du paddock, conscients que le caractère exceptionnel de la situation impliquait presque naturellement que le rallye s’efface devant les recommandations très fermes de l’État français.
Évidemment, on pourra toujours discuter de l’opportunité, sur le plan sportif, d’avoir ainsi freiné une épreuve d’envergure, qui n’aime rien tant que les défis, dans son élan et de l’avoir même peut-être cassé net tant il semble aujourd’hui difficile d’imaginer une renaissance rapide du Dakar dans sa configuration originelle.
Mais le monde perturbé dans lequel nous vivons n’offre, hélas, plus toujours des champs d’expression dénués de menaces. Et cette réalité-là, nul ne peut s’en affranchir.

Pierre DIÉVAL
NON
La fin de l’aventure africaine
La raison l’a emporté. Hors de question de nier la réalité des risques encourus par la petite ville que le Dakar transporte de bivouac en bivouac, ni de discuter la décision des organisateurs dont on sait qu’ils en ont pesé les conséquences, qui touchent aussi leur entreprise.
Mais on ne peut s’empêcher d’être triste. Une pensée pour ces pilotes, semi-privés et amateurs notamment, ces teams montés à la force de la conviction qui, vendredi, ont tout perdu et sont repartis de Lisbonne le coeur en vrac. Le Dakar n’est pas leur bac à sable.
C’est une passion, le rêve d’une vie souvent, hautement exigeant, financièrement comme humainement. La moindre économie et tout le temps de loisir y passent, jusqu’au boulot parfois.
Et oui, cela vaut le coup. Si le Dakar est devenu une énorme machine, avec ses excès, s’éloignant des pistes ouvertes par Thierry Sabine, il porte encore l’aventure. Aller au bout de soi-même, voire plus.
Il faut avoir vu ces motards débarqués hagards au bivouac au coeur de la nuit et s’endormir tout habillés ou repartir après des heures au chevet de leur machine. Il faut avoir vu pros et amateurs se mélanger pour croire que l’Europe quittée, la simplicité des rapports humains réapparaît.
Surtout, il faut avoir vu l’Afrique, ces grappes de gamins, et d’adultes, qui s’agglutinent au passage d’une course que ce continent aime. C’est pour lui l’occasion, rare, de se montrer plein écran sous son jour envoûtant.
Au Sénégal, en Mauritanie, les pertes se chiffrent en millions d’euros. Le déficit d’image est incalculable. Al-Qaida a sans doute dynamité le Dakar. L’Afrique ne s’en réjouit pas.

Sandrine ARRESTIER

Les précédents débats :
L'affaire Kashechkin menace-t-elle la lutte antidopage?
Le sport français se voit-il trop beau ?
La Coupe UEFA a-t-elle encore une utilité ?
L1 : sept matchs en un mois, est-ce bien raisonnable ?
Les affaires de dopage sont-elle une chance pour le Tour ?
Le RC Lens doit-il garder Daniel Cousin ?
Manaudou est-elle la plus grande dame du sport français ?

Michel Platini aura-t-il le pouvoir de changer les choses ?
Y a-t-il trop d'étrangers en Interclubs de N1A ?
Pour ou contre les paris sportifs ?
Les arbitres ont-ils raison d'être plus sévères ?  
Domenech doit-il encore sélectionner Makelele ?
La Ligue 1 doit-elle réformer son barême de points ?
Mondial 2006 : bon ou mauvais tirage ?
Martina Hingis peut-elle redevenir compétitive au plus haut niveau ?
Quel gardien pour les «Bleus» ?




Repères

Les faits
Lundi 24 décembre
Assassinat à Aleg dans le sud-est mauritanien de quatre touristes français (un cinquième est blessé) dans une attaque attribuée à des proches de la branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (BAQMI, ex-groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC).

Mercredi 26 décembre
– Attaque terroriste tuant trois soldats occupant un véhicule de la garnison militaire de El-Ghallawiya (700 km au nord-est de Nouakchott, la capitale mauritanienne).
– Message d’Al-Qaïda aux autorités mauritaniennes, menaçant de frapper des Français dans ce pays.


Jeudi 27 décembre
– Rencontre en Mauritanie des organisateurs avec les autorités mauritaniennes et les services de l’ambassade de France « afin d’évaluer avec eux la situation et de s’assurer que tous les éléments sont réunis pour que le pays accueille le Dakar 2008 dans les meilleures conditions de sécurité ».

Vendredi 28 décembre
Première recommandation sur les risques encourus en Mauritanie publiée sur le site du ministère des Affaires étrangères.

Mercredi 2 janvier– Convocation des dirigeants d’Amaury Sport Organisation (ASO) au ministère des Affaires étrangères pour une réunion de crise.

– Confirmation du ministère mauritanien des Affaires étrangères que « toutes les dispositions ont été prises pour un passage normal du rallye ». 4 000 hommes dont près de la moitié des militaires étaient prévus pour assurer la sécurité du rallye.


Jeudi 3 janvier
– Intervention de Laurent Wuquiez, le porte-parole du gouvernement, à la sortie du Conseil des ministres, qui déconseille « fortement à tous les Français de se rendre en Mauritanie jusqu’à nouvel ordre ». « Ça vaut pour tous les Français, comme pour l’organisation du rallye Lisbonne-Dakar »…
– Multiples réunions de crise à Lisbonne par les organisateurs du rallye.


Vendredi 4 janvier
– Intervention du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui affirme que « passer par la Mauritanie est dangereux ».
– Annonce officielle de l’annulation du Dakar 2008 par le directeur de la course, Étienne Lavigne, à 12 heures.

Samedi 5 janvier
Départ de Lisbonne de deux pilotes portugais à titre symbolique.