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Les débats de la rédaction
Mondial 2006: bon
ou mauvais tirage ?
UN TIRAGE FAVORABLE
La belle occasion
Allez, ne boudons pas notre plaisir. La France a bel et bien réalisé une bonne affaire en héritant de la Suisse, du Togo et de la Corée du Sud. Comment imaginer dès lors que la réussite ne puisse pas être au bout de sa route ? Elle le sera à coup sûr.
La leçon de 2002 a été retenue. Les « Bleus » de Domenech ne tomberont plus dans le piège de l’auto-satisfaction, ni dans celui de la facilité.
Recentrés sur les priorités de la compétition depuis le retour aux affaires du trio Zidane-Thuram-Makelele, ils possèdent en outre un esprit qui leur permettra d’éviter les trois obstacles du premier tour. De toute façon, ceux-ci ne sont pas insurmontables.
La Suisse est en progrès, certes. Mais la France de « Zizou », heureux mariage d’expérience et de jeunesse conquérante, a encore de la marge. Son attitude, récemment à Berne, fut révélatrice, même si Magnin avait égalisé avec l’aide de Thuram. À l’aller, au Stade de France (0-0), les « Bleus » étaient en chantier et donc très loin de leur rendement maximum.
Le Togo n’a pas pour sa part le potentiel du Sénégal de 2002. Cette équipe vient à peine de naître dans la galaxie football. La Corée du Sud semble plus dangereuse, compte tenu de ses performances antérieures. Mais il lui sera difficile, pour ne pas dire impossible, de rééditer sa performance du précédent Mondial (demi-finaliste). En outre, Hiddink, son guide, n’est plus là. Et le mal du pays sera un frein.
Pierre DIÉVAL
UN TIRAGE TRES MOYEN
France rime avec suffisance
Peut-on vraiment évoquer un bon tirage ? Avec l’expérience qui est la nôtre aujourd’hui, un bon tirage aurait été d’être dans le groupe C, le fameux groupe de la mort. Cela aurait évité de faire à nouveau preuve de suffisance, le grand mal français.
Il semble que l’on ait déjà oublié que la qualification pour le Mondial n’a pas été simple. Que la France n’est pas parvenue à battre Israël ou les Suisses lors des éliminatoires… La France est tête de série mais elle n’est pas la grosse côte du Mondial. Elle est au niveau de la Suisse. Parmi les outsiders potentiels. Elle est dans un groupe ouvert mais pas dans un groupe facile.
Surtout, elle devra jouer son premier match face aux Suisses. Un premier match qui a souvent une importance capitale. En 2002, les « Bleus » ne s’étaient jamais remis de la défaite contre le Sénégal. En 1998, la rencontre contre l’Afrique du Sud à Marseille avait lancé l’équipe d’Aimé Jacquet. Et en 1998, justement, personne n’osait prétendre que l’Afrique du Sud, le Danemark et l’Arabie Saoudite étaient des adversaires faciles… Depuis, la France a gagné des trophées mais aussi gagné en suffisance, croyant toujours que ses adversaires lui sont inférieurs. C’est pourtant lorsqu’elle a peur (souvenons-nous du dernier match en Irlande) que la France donne le meilleur d’elle-même.
Sébastien VARNIER
Nos témoins
Jean-Pierre Escalettes (président de la Fédération française de football)
 « Je ne suis pas surpris qu’on rencontre à nouveau la Suisse, il y a des couples comme cela qui se forment.  Nous n’avions pas été très bons contre les Suisses en qualifications, mais nous espérons que cela s’améliore.  Il y a toujours des clins d’oeil du destin au cours des tirages au sort.  De toute façon, il faudra faire preuve de beaucoup de prudence et de modestie.  La Corée du Sud, c’est une équipe qu’on ne connaît pas bien.  Située sur un autre continent, on ne la rencontre pas souvent.  (Interrogé a propos du camp de base des Bleus lors du Mondial, que la FIFA avait localisé vendredi dans un hôtel près d’Hanovre, avant que la FFF ne lui demande de retirer cette annonce) : À Hanovre, il n’y a rien de fait, nous devons encore négocier beaucoup de choses. »

Raymond Domenech (sélectionneur de l’équipe de France)
 « On connaît une partie de ce groupe avec la Suisse.  La Corée du Sud, c’est un mauvais souvenir pour l’équipe de France.  Le Togo, on le supervisera à la Coupe d’Afrique des nations.  Aujourd’hui, on est tous à égalité.  J’aurais préféré une autre équipe que la Suisse.  Ils nous connaissent aussi bien que nous les connaissons.  J’aurais aimé qu’il y ait une règle qui nous permette de ne pas rencontrer une équipe déjà rencontrée en qualifications.  (... ) Il paraît aussi qu’en Corée du Sud en 2002, on avait de la chance, mais il faut arrêter avec ces histoires de chance.  Au cours des six prochains mois, la France ne peut que s’améliorer et va se préparer comme les autres.  L’objectif est d’arriver frais et prêts contre les Suisses ».

Stephen Keshi (sélectionneur du Togo)
 « Je suis très content de rencontrer la France.  C’est une équipe qui sait bien jouer au football et nous on vient à la Coupe du monde pour apprendre.  On respecte tout le monde dans ce groupe mais on n’a pas peur, on a notamment des joueurs qui évoluent en Europe.  Ne me demandez pas maintenant si on va faire comme le Sénégal en 2002, on verra tout cela au mois de juin. »

Dick Advocaat (sélectionneur de la Corée du Sud)
 « C’est un tirage qui nous laisse de l’espoir.  Dans ce groupe (avec la France, la Suisse et le Togo), nous aurons notre mot à dire.  Je connais très bien la France et la Suisse.  Je saurai comment les prendre.  Nous serons un adversaire coriace pour tous nos adversaires.  Personne ne gagne jamais facilement face à la Corée.  Cela dit, il ne faudra pas non plus attendre de miracles de notre part.  On ne peut pas comparer ce Mondial avec celui d’il y a quatre ans lorsque la Corée évoluait à domicile ».
 

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Repères

1930 (Uruguay)
Le voyage en bateau est à lui seul une grande aventure.  La France est éliminée au 1er tour avec une victoire (Mexique 4-1) et deux défaites (Argentine et Chili 0-1).  Lucien Laurent est le premier buteur de l’histoire de la Coupe du monde.
Vainqueur : Uruguay.


1934 (Italie)
Les « Bleus » sont éliminés d’entrée, en 8e de finale, par l’Autriche (2-3 ap).
Vainqueur : Italie.

1938 (France)
Chez eux, les Tricolores battent la Belgique (3-1), mais subissent la loi de l’Italie en quarts, sur le même score.
Vainqueur : Italie.

1954 (Suisse)
Après le revers subi face à la Yougoslavie (0-1), la victoire sur le Mexique (3-2) ne suffit pas pour les hommes d’Alex Thépot, éliminés dès le 1er tour.
Vainqueur : Allemagne.

1958 (Suède)
Ce fut longtemps une référence pour la France, troisième, avec dans ses rangs le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde, Just Fontaine (13). 1er tour : Paraguay 7-3, Yougoslavie 2-3, Ecosse 2-1.  Quarts : Irlande du Nord 4-0.  Demi : Brésil 2-5.  Match pour la 3e place : Allemagne 6-3.
Vainqueur : Brésil.

1966 (Angleterre)
Une petite équipe de France disparaît d’entrée, battue par l’Uruguay (1-2) et l’Angleterre (0-2), et ne pouvant se défaire du Mexique (1-1).
Vainqueur : Angleterre.

1978 (Argentine)
Des promesses, mais pas de résultats : Bernard Lacombe marque en vain le but le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde (1-2 contre l’Italie), et les « Bleus » se font embobiner par l’Argentine (1-2).  Victoire pour du beurre sur la Hongrie (3-1).
Vainqueur : Argentine.

1982 (Espagne)
Ah, la demi-finale de Séville !  La France qui mène 3-1 et s’écroule, l’agression de Schumacher sur Battiston...  Une tragédie grecque.
1er tour : Angleterre 1-3, Koweit 4-1, Tchécoslovaquie 1-1. 2e tour : Autriche 1-0, Irlande du Nord 4-1.  Demi : Allemagne 3-3 (4-5 tab). 3e place : Pologne 2-3.
Vainqueur : Italie.

1986 (Mexique)
L’Allemagne coupe encore la route de la finale à des « Bleus » brillants sous la houlette de Platini, mais émoussés physiquement, après un fabuleux France-Brésil.
1er tour : Canada 1-0, URSS 1-1, Hongrie 3-0. 8e de finale : Italie 2-0.  Quarts : Brésil 1-1 (4-3 tab).  Demi : Allemagne 0-2.
3e place : Belgique 4-2.
Vainqueur : Argentine.

1998 (France)
Et un, et deux, et trois zéro !  
Le chef-d’oeuvre de l’histoire du football français et de Zidane.  Le Brésil tombe de haut…
1er tour : AfSud 3-0, Arabie Saoudite 4-0, Danemark 2-1.
8e de finale : Paraguay 1-0 (but en or).  Quarts : Italie 0-0 (4-3 tab).  Demi : Croatie 2-1.  Finale : Brésil 3-0.

2002 (Corée-Japon)
Plus dure est la chute : aucun but marqué, avec une défaite qui fait mal d’entrée face au Sénégal (0-1), suivie d’un nul très nul devant l’Uruguay (0-0) et d’une claque danoise (0-2).  Zidane est blessé, et les champions du monde prennent un méchant coup de vieux…
Vainqueur : Brésil.

Le bilan de la France:
1 titre ; 2 fois 3e ; 1 fois 4e ; éliminée 6 fois au 1er tour.