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Les débats de la rédaction
Les joueurs du Téfécé sont entrés, le 01 octobre, sur la pelouse du stade Vélodrome avec un maillot sur lequel le nom du sponsor a été masqué apres la décision de la LFP de suspendre toute forme de publicité pour les paris en ligne
Pour ou contre les paris sportifs
en ligne ?
POUR
Une vieille histoire
Bien sûr, les récentes affaires de matchs truqués suite à des paris en ligne appellent à la vigilance. Mais ces affaires sont-elles uniquement liées à l’Internet ou est-ce tout simplement le propre de l’homme de rechercher l’argent facile, quel qu’en soit le moyen ?
Dans les années 80, le grand attaquant italien, Paolo Rossi, (meilleur buteur du Mondial 1982 en Espagne) avait été suspendu plusieurs saisons à la suite de matchs truqués dans le cadre du Totocalcio, l’équivalent de notre Loto Sportif. À l’époque, Internet n’existait pas, mais la tentation de truquer les matchs était déjà bien présente. Internet n’est qu’une évolution technologique dans la recherche de l’argent facile.
Dès lors, si l’on accepte la moindre forme de pari sportif, il faut aussi accepter les paris en ligne. Il ne peut y avoir d’exception.
Ensuite, libre à chacun de jeter son argent par les fenêtres, de tenter le jackpot, que ce soit à la pointe de son crayon sur des bulletins de jeu ou à la pointe de sa souris. Pour parier en ligne, il faut d’abord s’inscrire, déposer une somme sur un compte, etc. Pour en arriver là, il faut en avoir envie. Les sites n’obligent personne. Et pour les accros du pari, on peut leur conseiller des sites où l’on ne joue pas d’argent. Le gain se fait alors sous forme d’achat de cadeaux selon le nombre de points gagnés. Au moins, on n’y perd pas ses sous !
Enfin, la France se trouve une nouvelle fois en dehors des normes européennes. Pourquoi cette exception ? Que ce soit en sport ou dans un autre domaine, on ne peut pas sans cesse jongler entre les souhaits d’exceptions et les appels au secours à l’Europe. C’est toujours un peu limite...
Sébastien VARNIER
CONTRE
Pas assez de transparence
Le sport en général, le football en particulier, est une activité trop sérieuse pour la laisser aux mains de n’importe qui. Qu’est-ce qui se cache derrière ces sites de paris en ligne ? Voilà la vraie question.
Internet est par définition un monde sans frontières, où il est, extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de savoir qui est à l’autre bout. C’est devenu, aujourd’hui, la planque idéale pour les escrocs en tout genre, dont le seul but est de faire du fric par tous les moyens, et sur le dos de n’importe qui.
À moins d’estimer que l’argent n’a pas d’odeur, comment être certain de la respectabilité de ces sites, sur lesquels on peut parier sur absolument tout et n’importe quoi (ça va du foot aux fléchettes, en passant par l’élection de miss monde ou… du maire du Pirée) ?
Les nombreuses affaires de paris truqués, révélées récemment à notre porte, n’ont visiblement pas découragé les clubs français à faire apparaître le nom de ces sites de paris en ligne sur le maillot ou le short de leurs joueurs, en échange d’un bon gros chèque, avec tous les risques de suspicion que cela comporte.
Si l’on peut comprendre leur volonté de dénoncer le monopole de La Française des Jeux, qui se sucre sur leur dos depuis de nombreuses années, et la tentation légitime d’augmenter leurs recettes, quelle tête feront-ils, demain, quand ils se retrouveront, bien malgré eux, au coeur d’un nouveau scandale, ou qu’ils apprendront que cet argent n’est pas tout à fait catholique ?
Ce jour-là, peut-être, remercieront-ils l’exception française…


Olivier ROUSIES
Nos témoins

Jean-François Lamour, ministre de la Jeunesse et des Sports
« Le monopole est fortement critiqué, mais c’est l’assurance - et La Française des Jeux agit en ce sens – que le phénomène de l’addiction des jeux, surtout envers un public fragile, ne débouche pas sur des drames humains. Or, la multiplication de ce genre de sites entraîne cette addiction. Le monopole est vraiment, pour cela, indispensable.
Ce qui me gêne aussi, c’est par rapport au respect de l’éthique sportive. On a eu des exemples récents de matches truqués liés aux paris sportifs qui ont touché des pays de l’Union européenne, avec blanchiment d’argent sale, corruption… Et sur le chiffre d’affaires des paris de la fdjeux, environ 250 millions d’euros vont au Fonds national pour le développement du sport (FNDS). Il est entendu que le football professionnel n’en profite pas, mais le football amateur touche 11 millions d’euros sous forme d’investissements… »

Frédéric Thiriez, président de la Ligue de football professionnel
« Les clubs en ont assez d’être pillés de tous les côtés. D’abord, ils sont pillés par les sites internet illégaux qui exploitent les résultats, les calendriers, au détriment des clubs sans verser de royalties. Là, nous avons des procédures qui vont être lancées contre ces sites internet illégaux.
Mais ils en ont assez aussi d’être pillés en quelque sorte légalement par La Française des Jeux qui fait 300 millions de recettes sur le football sans jamais leur verser un centime. L’État se sert très largement sur le dos du football (…) et est à la fois juge et parti, puisqu’il a institué un monopole des jeux dont il est le seul bénéficiaire. Cela a quelque chose de choquant.
Le football professionnel n’en tire pas un centime, d’où l’énervement des clubs et des présidents de clubs qui trouvent qu’ils ont affaire à une exploitation abusive du football professionnel. »

Manfred Bodner et Norbert Teufelberger, dirigeants de Bwin

« Nous ne comprenons pas la disproportion du traitement qui nous a été infligé au cours de ces derniers jours. Nous nous serions naturellement présentés spontanément à une convocation de la justice française. Nous sommes convaincus que notre activité est conforme au droit européen et entendons utiliser toutes les voies de droit pour le faire valoir. »

Communiqué officiel du Comité National Olympique Français
« Le sport français se porte bien. Le nombre de pratiquants n’a jamais été aussi important et les résultats au plus haut niveau sont excellents. Les facteurs de ces succès sont multiples. Nous retiendrons, entre autres, l’engagement de millions de bénévoles, l’intervention de l’Etat, des collectivités territoriales et le soutien des entreprises.
L’une d’entre elles, La Française des Jeux, abonde très largement les besoins structurels et de fonctionnement du mouvement sportif. Elle voit aujourd’hui sa situation fragilisée par des opérateurs privés de paris en ligne. L’accompagnement financier de La Française des Jeux, pour plus de 250 millions d’euros en 2005, irrigue ce secteur important de l’économie sociale, tant au niveau national que régional, départemental ou local. Le bureau exécutif du CNOSF, attaché aux valeurs de solidarité, de mutualisation, ne saurait imaginer que soit subitement remis en cause un mécanisme performant qui bénéficie à l’intérêt général. »

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Repères
L’affaire
Le vendredi 15 septembre, deux dirigeants de la société de paris en ligne Bwin, Manfred Bodner et Norbert Teufelberger, ont été interpellés par la police, au centre d’entraînement de l’AS Monaco, situé à La Turbie, alors qu’ils venaient présenter à la presse leur nouveau contrat de parrainage de l’ASM.  Les deux hommes ont été placés le lendemain sous mandat d’amener, afin d’être présentés prochainement au juge de Nanterre (Hauts-de-Seine).  Bwin a fait savoir depuis son siège autrichien qu’elle allait poursuivre la France « pour atteinte aux droits de l’Homme » et non-respect des traités européens.  Le lundi suivant, les deux dirigeants ont été mis en examen pour infraction à la réglementation sur les jeux.

Le contexte
 L’affaire Bwin confirme la volonté de sociétés étrangères de prendre une part du gâteau du marché des jeux français.  Loto, courses de chevaux, machines à sous, paris sportifs en ligne : en 2005, les Français ont dépensé 18 milliards d’euros dans les 40 000 points de vente de La Française des Jeux, les 9 000 du Pari mutuel urbain (PMU) et les 190 casinos.  Ce secteur, entièrement contrôlé par l’Etat, suscite la convoitise de groupes étrangers, qui demandent à la Commission européenne la fin du monopole
des jeux, un système que connaissent la plupart des pays européens, sauf la Grande-Bretagne.

Le cadre européen
« C’est une longue bataille qui s’engage », a souligné le sénateur, François Trucy, qui va publier un rapport sur les jeux.  Le Parlement européen, rappelle-t-il, a, jusqu’à présent, exclu les jeux du champ du projet de directive sur la libéralisation des services, dite Bolkestein, même si la Commission européenne devrait épingler le 18 octobre la France, qu’elle soupçonne d’entraver la libre concurrence dans le secteur des jeux. « Le marché français des paris en ligne est plein d’attraits pour des
sociétés britanniques et autrichiennes qui se sont développé à Chypre et à Malte, même si ces sociétés sont dans l’illégalité par rapport au monopole des États. »

Les enjeux
En 2005, la Française des Jeux et le PMU ont engrangé respectivement 68 millions d’euros (sur un chiffre d’affaires de 8,9 milliards d’euros), et 250 millions d’euros (sur un CA de 7,55 milliards) de prises de jeu en ligne.  Il y a 500 000 joueurs en ligne potentiels en France.  Une étude du cabinet Jupiter Research estime à 3,2 milliards d’euros le chiffre d’affaires des paris sportifs en ligne en Europe en 2005 et prévoit 7,2 milliards en 2009.  Ce monopole des jeux, détenu par la FDJ et le PMU (y compris pour les paris sur internet), déplaît aussi à certains casinotiers français.  Ainsi, le groupe Partouche, numéro 2 français des casinos, a dénoncé au printemps le monopole de la FDJ.

Milan oui, Werder non
A Lens, on a pu voir, mardi dernier, le Milan AC jouer contre le LOSC avec sur le maillot la pub « bwin ».  En revanche, le tribunal de commerce de Brême a interdit au Werder de jouer avec la même pub.

La LFP suspend la pub
Le vendredi 29 septembre, la LFP demande aux clubs de L1 de suspendre jusqu’à nouvel ordre toute forme de publicité pour les paris en ligne afin de ne pas violer la loi sur le monopole.  Les clubs prennent acte mais prennent un avocat commun qui ira sûrement plaider le dossier à Bruxelles.  A suivre...