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Les débats de la rédaction
Martina Hingis
peut-elle redevenir compétitive
au plus haut niveau?
OUI
C'est le bon moment
Martina HINGIS n’est pas née de la dernière pluie. Annoncer son retour en cette fin d’année 2005 est, sans doute, tout sauf un hasard.
La Suissesse a, comme beaucoup, remarqué qu’il n’y avait plus, depuis quelque temps, une réelle mainmise sur le tennis féminin.
Les exemples des Russes Myskina ou Sharapova, qui ne sont pas des monstres physiques, mais qui gagnent tout de même des tournois du Grand Chelem, ont d’ailleurs dû la conforter dans sa décision.
Martina Hingis n’aura probablement pas les moyens, du moins à court terme, de redevenir numéro un mondiale et de régner toute l’année sur le circuit comme elle le faisait du temps de sa splendeur, mais elle est capable de refaire quelques coups et de revenir assez rapidement aux portes du top 10 mondial.
Sa jeunesse, – car il ne faut pas oublier qu’elle n’a que vingt-cinq ans –, est aussi un atout et d’autres avant elle, notamment Jennifer Capriati (lire par ailleurs) ont prouvé que ce type de challenge n’était pas impossible à relever. Or, la Suissesse, élevée dès son plus jeune âge dans la culture de la gagne, a toujours été plus forte que l’Américaine.
Enfin, Martina Hingis, qui n’a jamais défrayé la chronique, et qui a toujours aimé tout maîtriser, ne prendrait sans doute pas le risque de se ridiculiser.
Si elle a annoncé son retour, c’est qu’elle se sait encore capable de quelques jolis coups d’éclat.

David DELPORTE
NON
Trop physique pour elle
L’effet de surprise passé, l’annonce du retour de Martina Hingis interpelle forcément : que revient faire la Suissesse sur le circuit, après avoir totalement coupé avec le tennis professionnel pendant plus de trois ans ?
Quand on connaît le tempérament de battante qui l’habite depuis sa plus tendre enfance, on imagine que ce n’est pas juste pour le plaisir de revoir son nom dans les journaux. Martina Hingis n’a toujours vécu que dans le culte de la victoire, et il n’y aucune raison que cela ait changé.
Alors, comment réagira-t-elle quand elle aura perdu trois fois de suite au deuxième ou troisième tour ? Car l’imaginer rejouer, dans un futur plus ou moins proche, au niveau qui fut le sien quand elle régnait sans partage sur le circuit est illusoire. Et quand bien même y parviendrait-elle, que cela ne serait probablement pas suffisant pour tenir un rôle majeur aujourd’hui.
Au-delà de l’énorme point d’interrogation que représente l’état de son pied opéré, c’est l’évolution du tennis féminin, de plus en plus puissant, de plus en plus physique, qui ne plaide guère en sa faveur. On a tendance à l’oublier, mais avant sa « retraite » en 2002, son 1,70 m et ses 59 kg ne faisaient, déjà, plus souvent le poids face aux soeurs Williams (sa dernière victoire en Grand Chelem remonte à 1999). Alors, aujourd’hui, quand on voit le poids de la balle des Mauresmo, Davenport, Clijsters et autre Pierce, on risque de vite se rendre compte que le jeu d’Hingis, a pris un petit coup de vieux.

Olivier ROUSIES
Nos témoins
Martina Hingis
« J’ai toujours regretté que les blessures aient coupé court à ma carrière. (…) Le tennis me manque, ainsi que le défi de la compétition au plus haut niveau, et je veux me rendre compte si je peux rester en bonne santé et me confronter aux principales joueuses mondiales d’aujourd’hui. »
Sarah Pitkowski (ancienne joueuse professionnelle et consultante pour la télévision et la radio)
« Je dois dire que j’ai d’abord été surprise car lors de son arrêt, il semblait que sa blessure ne lui permette pas de revenir un jour. Mais, en réfléchissant un peu, on se dit qu’il y a eu des signes annonciateurs. En février, elle a joué à Pattaya. C’était pour une oeuvre de bienfaisance, mais je crois qu’elle voulait aussi se jauger. Tactiquement, je pense que c’est bien joué car actuellement personne ne domine le tennis mondial, il y a beaucoup d’inconstance. Cela dit, autant je la vois revenir facilement dans le top 20 mondial, autant parmi les toutes meilleures, j’en doute. Le point d’interrogation, c’est son physique. Est-ce que son oeil et sa vitesse de jeu peuvent lui permettre de compenser ? Et surtout, est-ce qu’elle acceptera de subir des défaites dans un premier temps ? Elle a été habituée à gagner tôt, elle n’a pas été élevée en acceptant de perdre et ce point risque d’être difficile à gérer pour elle. »
Pauline Parmentier (joueuse)
« Comme je ne suis pas encore tout le temps sur le circuit, ça ne me touche pas vraiment. J’ai bien sûr des souvenirs d’elle, mais ce n’était pas mon idole. Je n’ai pas trop compris pourquoi elle revenait et je trouve ça gênant car tout le monde est prêt à lui donner des invitations dans les grands tournois et ce sera au détriment de filles qui se battent toute l’année pour en obtenir. Maintenant, c’est sans doute bien pour le tennis et puis, elle était tellement forte qu’elle est sans doute capable de revenir à un bon niveau, mais numéro 1, je n’y crois pas trop. Le tennis a quand même beaucoup évolué depuis son arrêt. »
Patrice Dominguez (directeur technique national)
« Capriati l’a fait, donc pourquoi pas Hingis, surtout qu’elle est encore jeune, mais je ne pense pas qu’elle puisse revenir tout de suite au sommet. Il lui faudra beaucoup d’abnégation, beaucoup d’efforts. Cela dit, son retour ne me touche pas particulièrement et j’ai envie de dire que ce n’est pas une nouvelle qui va bouleverser le monde du tennis. »
Pierre Penin (président de la ligue des Flandres)
« Je me réjouis de son retour, ça peut amener autre chose après le règne des soeurs Williams et des filles de l’Est. Il ne faut pas oublier qu’elle est encore jeune. Néanmoins, je suis assez perplexe sur sa capacité à retrouver le niveau qu’elle avait avant d’arrêter. Quand on voit le niveau de la finale du dernier masters, on se demande si Hingis pourrait tenir le coup physiquement. »

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Repères
Digest
Martina Hingis est née le 30 septembre 1980 à Kosice, en Slovaquie, mais dispose de la nationalité suisse.  Elle a débuté sur le circuit professionnel dès l’âge de 14 ans.

Palmarès
– Martina Hingis a disputé 572 simples et 323 doubles au cours de sa « première » carrière, avec un taux de réussite assez impressionnant, puisqu’elle n’a connu la défaite qu’à 151 reprises (101 en simple et 50 en double).
– Plus jeune numéro 1 mondiale de l’histoire du tennis féminin à 16 ans et 6 mois, elle a ensuite occupé le premier rang 209 semaines, entre 1997 et 2001.
– Son palmarès compte 76 titres : 36 en double, dont deux masters et neuf en Grand Chelem, et 40 en simple, dont deux masters et cinq en Grand Chelem (Melbourne en 1997, 1998, 1999 ; Wimbledon en 1997 ; l’US Open en 1997).
– Elle a aussi disputé sept autres finales majeures, à Melbourne (2000, 2001, 2002), à Roland-Garros (1997 et 1999), et à l’US Open (1998 et 1999).

Gains
Les femmes ont beau être plus ou moins dépensières, difficile de croire que ce soit l’argent qui ait motivé le retour de Martina Hingis.  En huit ans, elle a, en effet, amassé la coquette somme de 18 345 825 dollars, et on ne parle là que du prize money, autrement dit des gains en tournois, absolument pas des contrats publicitaires.  On peut donc raisonnablement penser que la Suissesse est à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours. À ce jour, seules trois joueuses peuvent se targuer d’avoir fait mieux : Steffi Graf (21 895 277 $), Martina Navratilova (21 400 871 $) et Lindsay Davenport (21 379 465 $).

Retour manqué
Après s’être retirée du circuit en octobre 2002, à cause d’une blessure à la cheville gauche, Martina Hingis avait déjà fait une tentative de retour en février de cette année.  Battue dès le premier tour du tournoi de Pattaya par l’Allemande Marlene Weingartner (1-6, 6-2, 6-2), elle n’avait, à l’époque, pas donné suite, préférant se consacrer à son poste de consultante pour la télévision.

Précédents
Martina Hingis n’est pas la première à tenter un come-back sur le circuit professionnel après plusieurs années d’absence.  On se souvient de Björn Borg en 1991 et de Tracy Austin en 1993, dont les retours tournèrent au fiasco.  Plus près de nous, celui de Monica Seles en 1995, après plus de deux ans d’absence, consécutifs à son agression sur le court à Hambourg, fut beaucoup plus sérieux et couronné de succès (elle remporta un neuvième titre du Grand Chelem en 1996 en Australie), même si elle ne domina jamais plus le circuit comme précédemment. Plus fort encore : Jennifer Capriati, demi-finaliste de Roland-Garros (à 14 ans) en 1990 et championne olympique à Barcelone en 1992, disparaît pendant près de trois ans, alimentant même la rubrique des faits divers pour des histoires de drogue, avant de signer un retour fracassant, en remportant trois titres du Grand Chelem et en se hissant à la place de numéro un mondial en octobre 2001.  Forcément, ça donne des idées.