L'actualité sportive :
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Les débats de la rédaction
Les affaires de dopage sont-elles une chance pour l'avenir du tour ? |
| OUI
Des contrôles efficaces
LTrois coureurs (Sinkewitz, Vinokourov, Moreni) ont été pris la main dans le sac et un quatrième (Rasmussen) a été proprement lâché par son équipe après que ses performances en montagne, et plus encore dans le premier contre-la-montre individuel (11e à 2’55’’ de Vinokourov), aient suscité de sérieux doutes. Il a fallu le temps et un mensonge de plus. Mais Rabobank a compris qu’elle ne pouvait plus jouer avec le feu.
Ce Tour a offert le spectacle d’un vaste remue-ménage mais son image, celle de l’efficacité des contrôles aussi, en sort grandie. « Plus on prendra de tricheurs, moins on en verra en course », se réjouit Christian Prudhomme qui n’est toutefois pas dupe sur la possibilité de nettoyer les écuries d’Augias jusqu’au dernier grain de poussière.
Certes, on n’a pas manqué d’établir la comparaison avec 1998. C’est vrai sur certains points. Sauf qu’à la différence de l’Affaire Festina, une partie du peloton ne s’est pas assis pour dénoncer les descentes policières ou la suspicion.
À Orthez, la loi du silence s’est lézardée un peu plus. Et c’est sans doute l’une des leçons de cette édition. Même dans un mouvement inorganisé, un cyclisme à deux vitesses (il existait donc toujours ?) a été ouvertement dénoncé.
Enfin, la Grande Boucle peut toujours compter sur un solide soutien populaire. Combien de banderoles « Vive le Tour, non au dopage » a-t-on pu lire au cours de la dernière semaine. La course reste ancrée dans la mémoire collective. Mais que ses dirigeants jettent aussi un oeil attentif vers la base du cyclisme français. Qu’il n’y ait pas que le Tour et le désert… autour.
F. R.
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NON
Car le vélo ne s'en sortira jamais
Souvenez-vous: en 1998, déjà, on clamait que l’affaire Festina allait permettre au cyclisme de remettre à plat les problèmes de dopage, de nettoyer pour repartir sur de nouvelles bases. Un an plus tard, on parlait déjà de Tour du renouveau. On sait ce qu’il en est advenu. Le procès Festina n’a servi à rien.
Des exemples ? En 2001, c’était le Blitz, une descente de police sur le Giro. L’an passé, éclatait l’affaire Puerto en Espagne. Aujourd’hui, une nouvelle enquête (Oil for Drugs) secoue le cyclisme italien. En Belgique, une affaire a éclaboussé Johan Museeuw, impliquant un… vétérinaire.
En France, les procès des huit dernières années ont établi l’existence de trafics de produits dopants dans le cyclisme pro, mais aussi chez les amateurs (affaires jugées à Bordeaux, Perpignan, Poitiers, Rennes et Reims). C’est une évidence, le cyclisme est gangrené par le dopage.
Le Tour n’a pas été épargné, restant sur deux éditions tourmentées. Les affaires succèdent aux affaires, saison après saison. Le vélo ne s’en sortira jamais.
Il y a des solutions. Suspendre les coureurs à vie, interdire à ceux qui ont été convaincus de dopage d’avoir des responsabilités dans une équipe cycliste par la suite (c’est hélas trop souvent le cas).
En attendant, sportivement, le Tour de France ne veut plus dire grand-chose. Il reste populaire, mais le désintérêt grandit. Qui s’est passionné pour cette édition 2007 ? Et à moins de choisir lui-même qui il veut inviter, ce sera pareil dans les années à venir.
Certes, ASO paie aujourd’hui son conflit avec l’UCI, mais ce n’est pas parce que l’on a exclu Vinokourov et Rasmussen que tout va s’arranger. Car la leçon de l’affaire Festina c’est qu’on ne va jamais au-delà des discours de bonnes intentions. Y compris de la part des dirigeants du Tour…
Jean-Philippe MAILLIEZ
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| Nos témoins |
– Bernard Laporte (sélectionneur du XV de France de rugby et futur secrétaire d’Etat aux Sports) :
« J’aime le Tour de France ! Ce n’est pas parce que certains trichent qu’il faut tout annuler. On ne peut pas supprimer le Tour, cette compétition est trop belle, il y a des coureurs propres et il faut les respecter. Cette chasse aux tricheurs de la part des organisateurs et des directeurs sportifs, c’est très bien, ça donne de la crédibilité à ce sport. Il faut assainir, il n’y aura plus de cadeau et c’est tant mieux. Tout ce qui se passe en ce moment ne peut qu’augmenter la pureté de ce sport. La seule question que l’on peut se poser c’est : pourquoi seulement maintenant ? »
– Greg LeMond (vainqueur du Tour en 1986, 1990) :
« Je ne m’en fais pas pour le Tour. Il survivra. Le Tour, c’est d’abord un événement avec une histoire, un passé glorieux. Durant trois semaines, les coureurs deviennent des acteurs. Si vous retirez ces acteurs et vous les remplacez par d’autres, le Tour gardera toujours de sa saveur. Là, où je suis assez pessimiste, c’est pour l’image du cyclisme qui a pris un sérieux coup. Chaque fois qu’on se dit : ça va aller un peu mieux, on replonge. »
– Christian Prudhomme (directeur du Tour de France) :
«
Les gens en ont assez du dopage, mais ils aiment le Tour, il y a un lien social autour du Tour. Le Tour a des racines, le Tour fera tout pour les garder, avec l’aide des pouvoirs publics, de l’Agence française de lutte contre le dopage et l’Agence mondiale antidopage. »
– François Fillon (Premier Ministre) :
« Le rôle des pouvoirs publics, c’est d’encourager les organisateurs du Tour de France qui finalement font leur boulot. »
– Jean-François Lamour (ex-Ministre des Sports, vice-président de l’Agence mondiale antidopage) :
« Il y a des gens qui ont décidé à leur façon de tuer le cyclisme, ce sport très populaire. Suspendre le Tour ? Je ne suis pas d’accord, il y a des coureurs qui font bien leur job, il faut leur faire confiance ».
– John Gadret (coureur nordiste d’Ag2r) :
« On fait tout ce qu’il faut pour courir proprement… On va encore se faire traiter de dopés. »
– Sandy Casar (La Française des Jeux, réputé comme un coureur propre) :
« Ici, c’est devenu trop difficile de passer la montagne avec les meilleurs. »
– Laurent Lefèvre (coureur nordiste de Bouygues Telecom) :
« Je suis habitué à toutes ces histoires puisqu’on y a droit tous les ans depuis 1998. C’est un mal pour un bien. Il faut au moins l’espérer. Le Tour s’emploie à chasser les tricheurs. Plus on en trouve, plus on a la preuve de l’efficacité des contrôles. Les coureurs, eux, ont toujours reçu le soutien du public. C’est pour lui que le Tour doit durer.
Les Français se sont battus avec leurs moyens, mais il ne faut pas être défaitiste, ni crier au complot organisé. »
– Jérôme Pineau (coureur de Bouygues Telecom) :
« Le seul point positif dans ces affaires, c’est qu’on en pêche plein ! Mais on n’a pas exclu le dopage du peloton en excluant Rasmussen. C’est un pas en avant. Ça montre la volonté du monde du vélo de s’assainir. Même si avec les divergences entre l’UCI et ASO, on a l’impression que ça n’avance pas, ça bouge tout de même ! »
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Repères
Les affaires de dopage
Les plus retentissantes affaires de dopage du Tour
– 1967 : Tom Simpson décède sur les pentes du Mont Ventoux.
– 1978 : Michel Pollentier, maillot jaune, est surpris en flagrant délit de tricherie à l’Alpe d’Huez (avec une poire d’urine). Il est exclu sur-le-champ.
– 1988 : Pedro Delgado est déclaré positif à un diurétique (probenicide), aux effets masquants. Le maillot jaune peut continuer la course. Le produit figure sur la liste du CIO, pas sur celle de l’UCI.
– 1991 : victime d’un mystérieux virus, toute l’équipe néerlandaise PDM abandonne… mettant en cause le repas servi à l’hôtel. Depuis les aveux de dopage de Rooks, Theunisse, Winnen et Giesbers, on en doute… – 1998 : l’ensemble de l’équipe Festina, dont Richard Virenque, est exclue pour dopage organisé. La suite de l’épreuve est rythmée par les descentes de policiers et les auditions de coureurs.
– 2002 : l’épouse de Raimondas Rumsas, troisième du Tour, est arrêtée pour importation illicite de médicaments. Le coureur lituanien est contrôlé positif l’année suivante au Giro.
– 2005 : des échantillons d’urine de Lance Armstrong du Tour 1999, analysés a posteriori, contiendraient de l’EPO, affirme le quotidien sportif L’Equipe. Armstrong nie.
– 2006 : plusieurs favoris (Ullrich, Basso, Mancebo) et l’équipe Astana (Vinokourov), ne sont pas autorisés à prendre le départ à cause de l’affaire Puerto, un système présumé de dopage sanguin autour du Dr Fuentes.
– 2006 : quatre jours après l’arrivée à Paris, on apprend que Floyd Landis a été déclaré positif à Morzine. L’affaire est en cours de jugement et le Tour ignore toujours le nom de son vainqueur 2006.
Quand le Tour tremble
A plusieurs reprises dans son histoire, le Tour a failli s’arrêter…
– 1904 : agressions et émeutes dans le col de la République (Saint-Etienne) puis à Nîmes, clous semés sur la route du Tour, ententes entre coureurs, rôle trouble d’entraîneurs… Le Tour a bien failli prendre fin, alors qu’il venait de naître. « Le Tour est mort des passions aveugles qu’il a déchaînées », tonne Henri Desgrange, son fondateur. Quelques mois plus tard, les quatre premiers du classement, dont le Nordiste d’adoption Maurice Garin (privé ainsi du doublé), sont déclassés et suspendus. Le
cinquième, le jeune Cornet, est déclaré vainqueur quelques mois plus tard. Et le Tour repartira plus « propre » (air connu), en 1905.
– 1950 : au soir de l’étape de Saint-Gaudens, l’équipe d’Italie (dont Magni, le maillot jaune) quitte la course, Gino Bartali disant avoir été agressé par des spectateurs dans le col d’Aubisque, dont un armé d’un couteau.
– 1998 : si l’exclusion des Festina n’avait pas ému le peloton plus que ça, les descentes quotidiennes de la police dans les hôtels (qui suivent les aveux de Willy Voet, Bruno Roussel et le Dr Eric Ryckaert), provoquent la colère des coureurs, qui improvisent un sit-in après le départ de Tarascon-Ariège… et menacent de tout arrêter quelques jours plus tard dans l’étape Albertville-Aix les Bains… qui sera finalement neutralisée.
Par provocation, les coureurs franchiront la ligne d’arrivée en plaçant les
TVM en avant… Lesquels fuiront en Suisse le lendemain. A l’époque, tout le monde ou presque demandait l’arrêt du Tour.
Contre vents et marées, Jean-Marie Leblanc fera tout pour que le Tour aille jusqu’à Paris, au nom de la popularité du Tour auprès du public.
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