La Voix des Sports - 09/10/2006 |
![]() |
Pierre Bordry, président de l’Agence française contre le dopage (AFLD), qui s’est substituée le 1er octobre au Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD), entend « créer une autre ambiance » pour que l’intérêt des Français pour le sport ne devienne pas un intérêt « pour le cirque ».
– Quelles seront vos premières actions ?
« Ce que je constate actuellement dans la lutte contre le dopage, c’est qu’il faut repenser les contrôles. Lorsqu’on lit les journaux, on nous dit qu’il y a de plus en plus de gens dopés, mais quand je regarde les résultats des contrôles, il y a de moins en moins de positifs. La rumeur n’est-elle pas fondée ou les contrôles sont-ils inadaptés ? J’ai tendance à penser que les contrôles sont inadaptés.
C’est l’occasion de les repenser à partir d’une agence indépendante qui déterminera un programme annuel. On peut aller très loin dans les contrôles puisqu’on peut les faire à l’entraînement, faire des contrôles individualisés, inopinés. La loi nous donne des moyens plus importants. »
– Comment allez-vous établir ce programme ?
« Dès le lendemain de la publication du décret (le 1
– Pourrez-vous cibler des sports particuliers dans vos contrôles ?
« Oui, bien sûr. Et les fédérations peuvent aussi nous demander à contrôler tel ou tel secteur. Elles risquent très gros à ne pas le faire car en ce moment il y a un besoin de transparence. Imaginez – ce qui est inimaginable – que dans une fédération, il y ait un type super dopé qui gagne tout. Il se retrouve ensuite positif lors d’une compétition internationale. On est tous ridicules. »
– Cette transparence peut-elle aider, par exemple, le Tour de France à sortir de la crise ?
« L’intérêt de tout le monde, c’est que le Tour de France continue en toute transparence et je crois que c’est possible avec des règles très précises. Il faut que tout le monde fasse un effort, sinon il n’y a plus de compétitions sportives. Je vais m’entretenir bientôt avec le directeur du Tour de France. On doit pouvoir prendre des mesures et faire le maximum pour éviter le pire. Dans la lutte antidopage, il faut absolument créer une autre ambiance. Sinon, comme certains sponsors le sentent déjà, l’intérêt des Français pour le sport va devenir un intérêt pour le cirque et non pas pour le sport. »
– Un mot sur les autorisations d’utilisation thérapeutiques (AUT) qui seront désormais de votre responsabilité ?
« C’est une question nouvelle pour tout le monde en France. Ce qui change, c’est qu’actuellement – et d’ailleurs je trouve que c’est peut-être mieux ainsi – on admet une justification thérapeutique après un contrôle positif. Demain, la loi dit : tout sportif susceptible d’être contrôlé qui prend une molécule interdite peut demander une AUT (avant le contrôle). Il y a 15 millions de sportifs en France susceptibles d’être contrôlés. Je ne sais pas combien voudront se faire prescrire une AUT pour se préserver face à un contrôle. J’attends ça avec intérêt. »
– Y aura-t-il des modifications concernant les sanctions ?
« Il y a un projet de décret. Le ministre des Sports veut supprimer le sursis et faire une sanction quasi automatique et non individualisée, à l’instar du code de l’Agence mondiale antidopage (AMA). La première fois que vous êtes contrôlé positif, c’est deux ans. La deuxième fois, c’est l’élimination définitive. »














