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La Voix des Sports - 09/10/2006
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Ce qu'en pensent nos lecteurs

Lutter
La lutte contre le dopage doit comprendre plusieurs volets : – Prévenir par l’information sur le dopage (tricherie, dangers sanitaires), mais également sur les alternatives au dopage (récupération, limitation du nombre de compétitions, alimentation, travail psychologique, travail technique) ; cette formation s’adressera aux athlètes, entraîneurs, médecins.

– Détecter toutes les substances dopantes, donc améliorer les méthodes de détection ; augmenter les contrôles, et pas seulement dans le sport professionnel. Il serait important d’effectuer des études scientifiques sur l’efficacité réelle et les dangers du sport et du dopage, mais cela est en pratique délicat à mettre en oeuvre.

– Sanctionner non seulement l’athlète, mais aussi le coach, le médecin, l’équipe ou le club ; les sanctions doivent être sportives, mais également pénales, surtout s’il y a trafic de substances dopantes.

– Éviter la récidive par le suivi psychologique (parfois véritable toxicomanie) et médical du sportif sanctionné.
La diabolisation du dopage commence à porter ses fruits, mais une grande partie de l’iceberg est immergée. Le financement de ces mesures doit être assuré par l’État, les fédérations sportives et les gens sanctionnés.
Dr Malliopoulos, diplômé de lutte et prévention dopage et des toxicomanies

Ne jamais renoncer
Le dopage est un fléau qu’il faut éradiquer par tous les moyens dont nous pouvons disposer. C’est une gangrène du sport de compétition moderne.
Il pose des questions majeures, tant pour les sportifs, amateurs et professionnels, que pour les entraîneurs, managers, soigneurs. Il menace la vie personnelle, familiale et sociale des premiers et met en cause la déontologie des seconds.
Lutter contre le dopage nécessite la collaboration de tous : sportifs, éducateurs, parents, médecins, dirigeants, sponsors, spectateurs.
On sait que le dopage est aussi vieux que le sport, mais il fait appel à des techniques de plus en plus élaborées. Le sport doit être porteur d’un certain idéal d’équilibre, de loyauté, de respect, d’esprit d’équipe. Si l’exploit sportif devient spectacle (ou cirque), si le sportif n’est plus qu’un agent commercial, le sport perd sa signification.

Que faire pour lutter ? Coordonner les bonnes volontés, encourager les milieux éducatifs à promouvoir les démarches qui éveillent une prise de conscience, faire comprendre aux parents que le sport n’est qu’un jeu, reconnaître la place du sport dans l’éducation, souhaiter que les médias sportifs soient toujours respectueux de la personne humaine et de son image.
Le dopage n’est ni banal, ni fatal. Il existe des alternatives.

Il faut retrouver le sens profond de la performance sportive car le dopage est vraiment une insulte à l’éthique sportive, il décrédibilise l’accès au sport et fausse le message envoyé aux enfants, à leurs parents. Le sport, dans sa globalité, doit garder son caractère d’éducation et d’exemplarité afin que les enfants d’aujourd’hui n’aient jamais à regretter d’avoir rêvé d’imiter leurs champions.
Ne renonçons jamais à vivre dans un monde sportif sans dopage, à en faire un lieu de rencontre, d’ouverture et de fraternité.
@ R.V.C. – Lomme

Complexité
Le sport de compétition et le dopage sont consubstantiels ! Le dopage est une pratique vieille comme le sport de compétition et elle était déjà présente chez les Grecs. L’idée étant d’améliorer le rendement de l’organisme, toute substance, toute pratique, tous produits susceptibles d’améliorer «  naturellement » ou « artificiellement » les performances de l’organisme sont dans le champ de cette pratique. Est dopant ce qui est déterminé dopant par la loi.

Or la loi, on sait très bien qu’elle a toujours quinze longueurs de retard. Aujourd’hui, c’est très contemporain, le phénomène est lié à la surmédiatisation, l’élévation constante des moyens de performance, des exigences, la pression très forte des sponsors qui veulent des résultats, tout cela fait que nécessairement les gens sont obligés de prendre ce qu’ils appellent des adjuvants chimiques ou psychotropes. En somme, des moyens qui permettent de limiter le sentiment de souffrance, d’augmenter les performances objectives de l’organisme, d’inciter à la motivation. Aujourd’hui, fin du fin, apparaissent les substances qui masquent les substances. Ce phénomène est irréversible et ce dans tous les sports, dans tous les pays, à tous les niveaux de la compétition, les gens se dopent et ne peuvent pas ne pas se doper.

C’est la compétition sportive la vraie toxicomanie. Cette addiction est telle qu’une fois rentré dans la logique de la compétition, non seulement pour des raisons physiologiques – liées à la sécrétion d’endorphines – mais aussi psychologiques, les gens ne peuvent plus s’en passer. Il existe une véritable mise en condition psychologique des sportifs. À l’Insep, les programmes sur lesquels travaillent les psychologues sportifs sont axés sur l’obsessionnalisation, le sportif doit ne pouvoir penser qu’à la compétition.

On assiste aujourd’hui à des overdoses sportives. On dispose de statistiques sur les sportifs qui meurent avant 50 ans – comme Anquetil ou dernièrement Florence Griffith –, de sportifs qui ont de graves problèmes de cancer de testicules. La compétition tue, la compétition sportive intensive est mortifère.

Des pratiques de dopage à la toxicomanie tout court, il y a une logique dont de nombreux sportifs sont victimes. On sait aujourd’hui qu’aux USA, une grande partie des basketteurs sont accrochés à la cocaïne. Beaucoup de sportifs ont été impliqués dans des histoires de « fumette ». Le sport est fondé sur une hyperstimulation sensorielle, musculaire et les gens ont besoin sans cesse de stimulation, de sensations fortes.
Il y a aussi le problème des gens qui n’ont pas réussi dans le système, qui en ressortent brisés et qui deviennent de véritables toxicomanes. Il faut souligner aussi l’évolution sectaire du sport de compétition. Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve des sportifs de haut niveau dans des logiques sectaires et mystiques (voir le succès dans ces milieux de l’église de scientologie), ceux-ci ont besoin de remplir un vide existentiel. Il n’est pas étonnant que ceux qui sortent de ce système sectaire s’adonnent à la toxicomanie. On peut dire en l’occurrence qu’une espèce de logique transversale se met en place. Cela dit, il est intéressant de noter le contraste entre la stigmatisation dont le toxicomane est l’objet de la part de la société et le sportif de haut niveau dont tout le monde accepte qu’il soit dopé. Le toxico, le « junkie ordinaire » ne produit rien, est improductif, pour la société c’est une charge sociale. Le sportif, en revanche, lui, produit. Plus il est dopé, plus il produit. L’un n’est rien parce qu’il ne produit rien, tandis que le sportif, lui, produit des médailles, de la gloire, de l’identification.

Par ailleurs, il ne faut pas appréhender le dopage seulement du point de vue de la déviation d’une norme qui nous intime : « Tu ne tricheras pas en prenant des produits artificiels », c’est une logique d’action. En dépassant le problème du sport, il suffit de voir les incitations contraignantes à la performance chez les cadres et le recours aux psychostimulants dans ces couches de la population. Selon une enquête réalisée à Los Angeles aux Jeux olympiques de 1984 par un médecin auprès de sportifs de haut niveau, 75 % d’entre eux déclaraient qu’ils continueraient à se doper combien même ils risqueraient de mourir dans l’année suivante.
Voilà le fond du problème, on ne peut pas empêcher les gens de s’autodétruire. Une répression conséquente du dopage nécessiterait le recours à des méthodes totalitaires, un système de surveillance de type policier.

Les bases d’une politique de prévention du dopage et de la toxicomanie dans les milieux sportifs sont une question très complexe. Le problème est politique.
Il y a là un travail politique et éducationnel à réaliser afin de proposer autre chose.
Dès lors que des gamins sont dans l’illusion qu’à travers les structures fédérales ils peuvent avoir une possibilité de réussir, ils sont pris dans une logique dont il sera très difficile de les sortir. Ceux que l’on pourra toucher, ce sont les gens qui sont borderline, qui reculent devant le prix à payer  : entraînement démentiel avec ou sans dopage quotidien.

Il faudrait proposer d’autres types d’activités physiques insérées dans un cadre culturel, promouvoir des activités ludiques, car le sport n’est pas le jeu.
On ne joue plus dans le sport. Privilégier la convivialité, la coopération ainsi que l’exploration de pratiques non standardisées en refusant l’agressivité est le résultat à tout prix. Il est nécessaire de réintroduire une dimension éthique.
@ P. M. – LILLE

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