La Voix des Sports - 09/10/2006 |
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Philippe LAMBLIN, Jean-Marie Leblanc et Arnaud Tournant ont en commun une forte personnalité et une passion dévorante pour le sport. Sans concession et en toute franchise, ces personnages incontournables du sport régional ont accepté de commenter nos dix propositions.
Proposition 1
– Philippe Lamblin : « Il ne me semble pas qu’en athlétisme le calendrier soit trop copieux. Ce n’est pas le cas dans certains sports, mais il n’y a pas de secret. On parle là de fédérations pour lesquelles le spectacle et l’argent passent avant tout… »
– Jean-Marie Leblanc : « Je pense que la situation n’est pas la même dans tous les sports. Dans les sports collectifs, football, basket, rugby, c’est un problème. J’ai été étonné de voir Tony Parker évoquer une surcharge du calendrier en basket. On a vraiment une impression de toujours plus. Si on court plus, on a aussi plus de chocs, plus de blessures, cela pose un problème médical. En revanche, d’autres sports ont beaucoup travaillé la question. Je peux parler du cyclisme. Depuis 1998, les distances et les difficultés sont encadrées. Un grand Tour, ce n’est pas plus de 3500 km. En 1950, c’était 4800 km. En 1980, 4600 km. Il n’y a pas plus de 21 jours de courses et les étapes sont limitées à 180 km.
Le cyclisme a planifié tout cela. Les classiques sont aussi plafonnées. Et aujourd’hui, un directeur sportif vous dira que la moyenne pour un cycliste, c’est 100 jours de course. Dans les années 80, Hinault ou Kelly étaient à 150. En cyclisme, je ne pense pas qu’il faille alléger davantage. »
– Arnaud Tournant : « En ce qui concerne mon sport, je ne trouve pas que le calendrier soit trop chargé. Il est simplement parfois mal pensé avec des calendriers nationaux et internationaux qui se chevauchent, ce qui laisse parfois peu de place au repos. Dans d’autres sports, c’est peut-être un peu plus étouffant. »
Proposition 2
– Ph. L. : « C’est une évidence, mais il ne faut pas que cela devienne un voeu pieux. Aujourd’hui, cela semble même utopique. Il faut des sanctions unifiées, on ne peut pas avoir deux poids deux mesures. On peut démarrer par un avertissement puis une suspension temporaire et après c’est la fin de la carrière. Il faut être répressif. Pour les sanctions financières, les organisateurs ne devraient plus payer sans avoir le résultat des contrôles. Je le dis, je me suis parfois fait avoir. C’est à nous d’être pro dans nos approches, de mettre des clauses dans les contrats. Le dopage, ce n’est pas que la sanction mais cette dernière devient perverse si elle n’est pas uniforme. »
– J.-M. L. : «
L’uniformisation des sanctions, il faut y venir. Il faut un front commun. J’approuve aussi les sanctions financières même si on n’a pas de prise sur tout. Les revenus des sponsors par exemple. Mais sur les gains lors des épreuves, on peut agir. Landis, par exemple, il n’a rien touché. Les coureurs auront leurs prix quand le classement du Tour sera homologué. Et pour cela, il faut attendre la fin de toutes les procédures liées aux contrôles. Le versement du prix doit être subordonné au résultat des contrôles. Si Landis est déclassé, et je pense qu’il y a de fortes chances qu’il le soit, son prix ira à Pereiro. Un contrat est un contrat. Je suis même pour une évolution a posteriori. Pour Armstrong en 1999, il ne s’agissait pas d’un contrôle, on ne peut donc rien faire. Mais ce serait bien de pouvoir agir a posteriori, ce serait une arme de dissuasion en plus. »
– A. T. : « Je suis plus que favorable surtout en ce qui concerne le remboursement des gains. Il est tout à fait logique que l’argent gagné malhonnêtement soit rendu. En revanche, je ne suis pas pour une sanction financière équivalente dans tous les sports car 5000 E pour un footballeur, c’est son argent de poche, alors que dans des disciplines peu médiatisées, c’est ce qui leur permet de vivre. »
Proposition 3
– Ph. L. : « Il faut même aller plus loin. Je suis pour des contrôles systématiques sur les athlètes qui déclarent forfait lors du mois qui précède la compétition. Il y a vraiment des forfaits étranges, des blessures qu’on ne voit pas. Beaucoup de forfaits sont des erreurs de dosage… Mais il faut une cohérence, un investissement du CIO, des États, de l’AMA. Même des médias : ce serait bien que La Voix des Sports informe les licenciés, les jeunes, des dangers de certains produits. Sans forcément être donneur de leçons. Mais chacun doit apporter sa pierre. Et n’oublions pas que la lutte contre le dopage, ce sont trois points essentiels : prévention, recherche et sanction. »
– J.-M. L. : « Bien sûr, cela existe déjà, mais est-ce vrai dans tous les sports ? J’en doute. Le principe doit être retenu. Si le contrôle inopiné est plus efficace, allons-y, mais il ne doit pas se substituer au contrôle en compétition qui reste important. Il faut resserrer les mailles du filet. Mais il faut jouer le jeu dans tous les sports. En cyclisme, les équipes doivent indiquer chaque mois à l’UCI où se trouvent les coureurs. C’est une arme de dissuasion. Mais je pense que ce sont de grosses responsabilités qui devraient être transférées à l’Agence Mondiale Antidopage. C’est aussi à travailler dans tous les sports et dans tous les pays. »
– A. T. : « J’y suis favorable car il est vrai qu’on ne peut pas faire mieux sur les compétitions. Il ne faut surtout pas s’arrêter et continuer la recherche. On sait que les gens qui trichent ne le font pas forcément en compétition, mais se dopent pour mieux supporter les charges d’entraînement. Alors pourquoi ne pas multiplier, en effet, les contrôles inopinés. On a bien dix minutes à y consacrer plusieurs fois dans l’année.»
Proposition 4
– Ph. L. : « Des fédérations ne jouent pas le jeu sur ces contrôles. Elles ne font pas de la lutte antidopage une priorité. Je n’ai plus vraiment de surprises sur les cas de dopage. Mais je me réjouis que cela devienne public. Je suis de plus en plus un défenseur du sport santé et de moins en moins un fervent de la compétition. Pourtant, j’ai beaucoup promu la compétition à une époque mais elle doit être une étape de la vie, pas toute la vie. Dans un monde parfait, des parents qui lisent La Voix des Sports et dont l’enfant est doué en sport, devraient pouvoir se dire, le haut niveau sera peut-être son avenir. Mais aujourd’hui, beaucoup de parents ont peur. Chaque fédé doit balayer devant sa porte, que ce soit sur son calendrier, sa gestion des contrôles, et des sportifs. »
– J.-M. L : « Oui, ce serait bien de faire des contrôles sanguins dans tous les sports. Les cyclistes ont été les premiers à donner leur sang, ce n’est surtout pas une manière de dédouaner ce sport, mais c’est en cyclisme qu’on a retrouvé très vite des choses dans les contrôles. Je ne trouve pas normal qu’il n’y ait pas eu de contrôles sanguins lors de la Coupe du monde 2006. »
– A. T. : « Je suis pour que tout le monde soit, en effet, soumis au même régime. Certains sports se contentent de tests urinaires alors que l’on sait qu’on trouve bien plus de choses dans le sang. Tous les sportifs ne sont pas logés à la même enseigne. Le vélo est pointé du doigt, mais s’il y a des cas qui sortent c’est parce que notre sport a su se prendre en main. L’athlétisme a également enfin compris qu’il fallait se mêler à la lutte. Des sports très médiatiques comme le football devraient penser moins à l’argent et davantage à la santé des gens. »
Proposition 5
– Ph. L. : « Ça peut être une idée, pourquoi pas ? Cela démontre bien que l’uniformisation est nécessaire et indispensable en matière de lutte contre le dopage. Si les règles ne sont pas les mêmes pour tous, les idées n’aboutiront pas. »
– J.-M. L. : « Là, je ne suis pas d’accord. Parce que cela induit une forme de tolérance. Ça veut dire qu’on accepte une fois, puis deux. Ce n’est pas une bonne idée. Avec tout ce qui a été découvert ces dernières années, je dirai qu’on ne peut plus pardonner. Il faut une tolérance zéro et un volontarisme féroce dans la lutte contre le dopage. »
– A. T. : « Je suis totalement défavorable à cette idée de permis à points. Pour moi, ça ne suffit pas. Je suis persuadé que celui qui a triché une fois recommencera. Un dopé déshonore son sport, déçoit ses supporteurs, ses partenaires. Un mec qui prend six mois de suspension, s’il a un peu de chance, ça tombera à une période creuse de son calendrier. Il faut montrer que le sport n’est pas un jouet et suspendre à vie dès la première infraction. Il ne faut plus être tolérant avec les sportifs. Il faut avoir conscience que tout le monde n’a pas la chance de faire de sa passion son métier. »
Proposition 6
– Ph. L. : « Tant qu’il n’y aura pas d’organismes indépendants, cela n’avancera pas. Je verrai bien cela sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé. Il faudrait être plus virulent qu’aujourd’hui et aller faire des contrôles dans tous les pays membres du CIO. Tout pays qui ne se soumet pas à la règle sort du CIO. Il y a des pays qui prônent la médaille comme un fait de guerre. Il faut aussi que toutes les fédérations adoptent ce système. Si une fédé refuse, elle aussi sort du CIO. Si elle préfère un sport spectacle sans limite, elle n’a qu’à créer un circuit parallèle comme aux États-Unis. Le mouvement sportif doit prendre ses responsabilités. Il faut savoir ce que l’on veut. Le sport à deux vitesses ne m’intéresse pas. D’ailleurs en ce qui me concerne, aujourd’hui, l’éducatif passe bien avant la performance. L’AMA va dans le bon sens mais les fédés font encore ce qu’elles veulent même si j’ai été content de voir qu’en haltérophilie, il y a eu des avancées. »
– J.-M. L. : « C’est l’un des grands enjeux de demain. Quand on aura une agence mondiale indépendante et universelle, qui réglementera tous les sports et tous les pays, qui appliquera partout les mêmes procédures, les mêmes sanctions, on aura fait un très grand pas. L’AMA se doit d’assumer toutes les responsabilités. Trop de fédérations essaient de conserver des prérogatives. »
– A. T. : « Je suis assez favorable à ce que ce soit un organisme indépendant qui puisse agir sur les contrôles, à condition qu’il ne puisse vraiment pas être influencé et que les règles soient bien définies au départ. Mais c’est vrai que ça éviterait que certaines fédérations protègent leurs intérêts. Je ne suis pas sûr, à titre d’exemple, que si Zidane avait été un jour convaincu de dopage, la fédération française de football l’aurait sanctionné car elle avait bien plus d’intérêt à le garder sur les terrains. »
Proposition 7
– Ph. L. : « Je suis d’accord. Cela devrait déjà être le cas. On peut là aussi se poser des questions, quand on voit comment certains sportifs, y compris dans mon sport, arrivent toujours à sortir des mailles du filet, on se dit que les tricheurs ont toujours autant d’avance sur la recherche et les contrôles. »
– J.-M. L. : « C’est un peu le même raisonnement que tout à l’heure. Au point où on en est, il ne faut pas hésiter. Ça peut paraître cruel mais on n’a plus le choix. Je sais que cela fait débat. Le temps de carrière est différent dans chaque sport. Deux ans de suspension, cela pèse lourd dans un sport, pas forcément dans un autre. Pour une première faute, il faut tout de même uniformiser, que cela soit clair pour tout le monde. Et en cas de récidive, effectivement, c’est la fin d’une carrière. J’en suis convaincu, la tolérance ça ne marche pas. »
– A. T. : « Il ne faut pas attendre la récidive. Il faut bien sûr avoir la certitude de la tricherie, mais si le dopage est avéré, il faut suspendre à vie tout de suite. »
Proposition 8
– Ph. L. : « C’est peut-être une décision difficile mais il faut l’appliquer. La sanction doit être commune. À l’encadrement, à l’équipe et même au club. Ça va loin, mais il faut avancer. Les clubs aiment bien profiter de l’image de leurs meilleurs sportifs. Et ça peut aussi faire réfléchir les tricheurs. »
– J.-M. L. : « Je suis pour. On sanctionne les tricheurs mais l’encadrement y est souvent pour beaucoup. Mais ici on touche un point sensible : l’incapacité du mouvement sportif à agir sur certains cas. J’aimerais aussi qu’on suspende les médecins, les pourvoyeurs. Les règlements sont toujours à la poursuite de nouvelles situations. On a sanctionné les coureurs, les membres des équipes mais les affaires reviennent. On y retrouve des gens de l’extérieur. Voyez le docteur Fuentes, il n’était membre d’aucune équipe. Il n’y a que la police pour agir sur ces personnes. Je déplore quand même que les conseils de l’ordre ne sanctionnent pas les médecins dopeurs. Il faudrait que tous les pays parlent d’une seule voix. Ce que l’on exige du mouvement sportif, on doit l’exiger des États. »
– A. T. : « Je ne suis pas forcément d’accord car dans certains cas de figure, je pense que les entraîneurs ou les autres dirigeants ne sont pas au courant de la démarche du sportif. S’il est prouvé que l’entraîneur a favorisé la démarche ou a incité le dopage, alors oui, il faut aussi le sanctionner. Et puis, comment appliquer cette mesure au sport collectif, ça me semble difficile. »
Proposition 9
– Ph. L. : « Le sport de haut niveau est-il bon pour la santé ? C’est aux athlètes qu’il faut poser la question. Mais quand on voit le nombre d’asthmatiques… Le sport, c’est un moyen, pas une finalité. Sinon, on va en crever. Dès qu’il n’est question que de gagne, la dérive est ouverte. C’est aussi aux fédés, aux clubs d’avoir de l’imagination, de proposer aux meilleurs sportifs des parcours professionnels. Si le sportif sait qu’il y a une insertion professionnelle après sa carrière, le rapport à la gagne est différent. Les fédés devraient rendre des comptes au ministère sur ce thème. »
– J.-M. L. : « Ma position a évolué. Avant je disais, si un sportif a une pathologie, il faut le soigner et autoriser une AUT. Mais ce système a été contourné, il y a eu des passe-droits. On autorise des tricheurs à tricher. La situation est telle aujourd’hui qu’on ne peut plus se permettre ce luxe, car on instaure une possibilité de tricherie. Je sais qu’il y a des théories, le sport de haut niveau ne serait pas bon pour la santé. C’est difficile le haut niveau. Mais il faut une égalité des chances au départ d’une épreuve. Les AUT, cela fosse l’égalité des chances. »
– A. T. : « Je suis assez favorable à une liste unique de produits dopants pour tous les sports. Je ne suis pas spécialiste, ni chercheur, mais je pense qu’à partir du moment où un produit est considéré comme dopant dans une discipline, il aura forcément un effet, même s’il est différent dans tous les autres sports. »
Proposition 10
– Ph. L. : « C’est une bonne idée, mais on attend parfois beaucoup de l’AMA. Quel est le poids du mouvement olympique dans tout cela ? Si une fédé préfère privilégier le sport spectacle, on la met en dehors du mouvement. La grande dérive, c’est que le sport, dans les manifestations à enjeux colossaux, ce ne soit plus du sport. Le mouvement sportif doit devenir crédible et remettre les choses dans l’ordre. Le sport, c’est en premier de la santé publique, ensuite de l’éducation, puis de la compétition et du spectacle. Est-ce que tout le monde souhaite que cela soit dans cet ordre ? »
– J.-M. L. : « Dans l’idéal, c’est très bien. Cela permet d’anticiper, de comprendre. Je suis pour si on agit de manière identique dans tous les pays, dans tous les sports. Ce serait une banque de données formidable pour la lutte. Il y a un suivi pointu en France, mais il est faux de dire que ce n’est pas le cas dans les autres pays. L’UCI, par exemple exige un suivi très poussé pour tous les coureurs. En France, on a peut-être le suivi le plus pointilleux, là aussi une uniformisation est nécessaire. »
– A. T. : « On aimerait bien sûr que le modèle français soit suivi partout à travers le monde. On ne se plaint pas d’avoir la meilleure lutte contre le dopage, mais on regrette qu’il n’y ait pas une égalité des chances dans les compétitions internationales. Le suivi longitudinal doit se généraliser au-delà des frontières françaises et du vélo. »














