La Voix des Sports - 09/10/2006 |
![]() |
Suspicion, non merci
EDITO
On le sait, la lutte contre le dopage progresse. Mais les tricheurs ont toujours eu un peu d’avance. À l’heure où l’on annonce l’arrivée du dopage génétique, où les contrôleurs vont adopter les méthodes de la police scientifique (l’ADN, c’est pour demain), où tout cela va-t-il nous mener ?
Il faut bien l’avouer, même le chroniqueur sportif y perd son latin. Lui qui aime tant s’enthousiasmer, jouer sur les émotions, il n’en finit plus d’entendre cette petite voix qui lui murmure : « Et si… ». Et si le sportif qui vient de lever les bras devant moi était un tricheur ? Terrible question qu’on ne devrait pas avoir à se poser. La suspicion règne et c’est devenu insupportable. On ne sait plus qui croire, et les champions que l’on devrait admirer doivent sans cesse se justifier. Drôle d’époque… Drôle d’époque où des médecins affirment que le sport de haut niveau n’est pas bon pour la santé. Il n’y aurait pas plus malade qu’un sportif de haut niveau ! À force de tirer sur l’organisme, à l’entraînement comme en compétition, les pathologies se multiplient. Il faut bien les soigner. Ce sont les fameuses Autorisations à Usage Thérapeutique. Un système qui permet de garder les gens en bonne santé pour les uns ; qui permet de tricher en toute légalité pour les autres. Où est la frontière ? Ces mêmes médecins pensent que la lutte contre le dopage est un fantasme. Qu’elle est coûteuse et que ces fonds devraient être employés à d’autres travaux de recherche. Sont-ils dans le vrai ?
Pourtant, la recherche a progressé en matière de dopage. De plus en plus de tricheurs ont été pris. Pas tous, c’est une évidence, mais l’étau se resserre.
Ce problème concernant tous les passionnés de sport, nous avons estimé que notre rôle était de participer au débat. C’est pourquoi La Voix des Sports présente ce matin dix idées pour lutter contre le fléau du dopage. Les médias sportifs ne doivent pas éviter ce débat. C’est une pierre comme une autre à l’édifice, mais c’est en agissant tous ensemble que le sport retrouvera ses valeurs et ses vertus essentielles.
Aujourd’hui, l’écart n’a jamais semblé aussi grand entre la base et l’élite. Posez-vous juste cette question : « Souhaitez-vous que votre enfant fasse du sport à haut niveau ? ». Combien de parents vont-ils répondre oui sans la moindre hésitation ? Et combien vont-ils répondre non, catégoriquement non ?
Parce que le sport doit retrouver son âme, parce que les champions doivent être des exemples pour la jeunesse et les populations, parce qu’on ne devrait pas avoir à se poser de questions sur leur santé, il faut entrer en résistance et dire non au dopage. Il faut cependant le faire intelligemment, en se posant les bonnes questions, comme le dit une expression à la mode. Et cette bonne question pourrait être la suivante : quel sport souhaitons-nous pour demain ? Un sport avec des athlètes réalisant des performances inouïes mais à la santé précaire ? Ou un sport permettant à chacun de se reconnaître dans les performances et les valeurs humaines des champions ? L’avenir nous dira si tout cela est compatible ou s’il faudra choisir son camp, soit Robocop soit M. tout le monde. De notre côté, nous voulons encore croire que des alternatives existent, que la base et le haut niveau peuvent cohabiter et vivre main dans la main.
Sébastien VARNIER














